Comment empêcher l’uberisation des journalistes ?

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Les médias sous-traitent de plus en plus leur contenu à des autoentrepreneurs. Une pratique illégale qui prive le journaliste d’une grande partie de ses droits, lui inflige des cadences infernales et le contraint à des entorses déontologiques…

L’uberisation des journalistes s’est emballée avec l’arrivée de quelques nouveaux médias. Pour rédiger leurs articles, les Melty.com, Combini.com ou MinuteBuzz.com ont systématisé le recours aux autoentrepreneurs : « C’est une main d’œuvre bon marché et corvéable à merci, qui ne bénéficie pas de la convention collective des journalistes », fait remarquer Sophie Eustache, membre du collectif des Journalistes atterrés et auteur d’une enquête sur ces sites « d’info-divertissement », comme elle les appelle. En perdant leur statut de salarié, les autoentrepreneurs perdent aussi leurs congés payés, leur complémentaire santé, et leurs droits à la retraite, à la formation professionnelle, aux indemnités de licenciement, au chômage, etc.

De plus, la pratique est illégale dans les médias, puisque le journaliste ne peut qu’être salarié, d’après la loi de 1935 et l’article L. 7112-1 du code du travail. L’employeur risque la requalification de la collaboration en CDI, un redressement de l’Urssaf et une condamnation pour travail dissimulé. Ce qui ne dissuade pas certains patrons de la presse traditionnelle, qui regardent avec envie ce nouveau modèle économique : « Par des montages de sociétés alambiqués, il peuvent multiplier les sous-traitants et diluer leur responsabilité en cas de constat de fraude », déplore Sophie Eustache.

« On oblige les journalistes à accepter n’importe quoi »

L’uberisation des journalistes a des conséquences notables sur la qualité de leur travail : « En les mettant en concurrence, on les soumet à la dictature de l’audience et on les oblige à accepter n’importe quoi ». Y compris des articles dont on ne distingue pas la frontière entre information et publicité. La course à la productivité les contraint aussi à bâcler leurs articles et les faibles niveaux de rémunération à ne plus compter leurs heures.

Pour freiner le mouvement, Sophie Eustache prône une meilleure information auprès des journalistes,. « Surtout les jeunes, qui méconnaissent leurs droits et sont les plus nombreux parmi les précaires. » La plupart ne savent pas que leur employeur contrevient à la loi et qu’ils peuvent saisir l’inspection du travail. Pour ne pas être isolée, la Journaliste atterrée a choisi de travailler au sein d’un collectif de pigistes : « Cela permet d’être solidaires les uns des autres et de dire non quand il le faut. » Enfin, devant des mouvements comme celui de la rédaction d’iTélé l’an dernier, elle reste optimiste sur la capacité de résistance de sa profession.

 

Sophie Eustache est invitée au débat public organisé par le Syndicat national des journalistes, ce mercredi 4 octobre, à 20h30, au cercle Duranti de Toulouse



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