Colomiers Gate : Un système en question

Colomiers, ville essentielle de la périphérie toulousaine, réputée pour son « bon vivre », commence à être également connue pour les affaires qui entachent sa vie politique. La municipalité actuelle, menée par le socialiste Bernard Sicard, successeur du mythe Alex Raymond, est en effet perturbée par de nombreux scandales. Un collectif d’habitants vient de  recourir à la justice, des élus aux nombreuses casquettes qui frôlent le conflit d’intérêts, des adjoints démis ou qui démissionnent, une gauche divisée à l’approche des municipales, des relations avec l’opposition complexes… La vie columérine est loin d’être tranquille. Dossier de Thomas Simonian et Coralie Bombail.

 

Le quartier des Ramassiers fait du bruit

Les habitants d’un nouveau lotissement dans le quartier des Ramassiers montent au créneau à l’encontre de la municipalité. En cause, le projet d’un dépôt de bus Tisséo qui est en train de se construire à seulement quelques mètres de leurs pavillons. Le problème est que la mairie n’aurait jamais prévenu les riverains de ce projet. « Au début, il était seulement question de construire une desserte pour les pompiers. Mais eux-mêmes n’ont pas été concertés et m’ont affirmé que cette voie ne changerait rien aux délais d’intervention » témoigne Rachid Baali, président de l’association « Habitants et riverains du quartier Ramassiers ». Pourtant le dépôt Tisséo faisait bien partie des desseins de la mairie. Et aujourd’hui, malgré les rencontres enfin engagées entre riverains et élus, les tractopelles ont envahi la petite impasse, « le rouleau compresseur » est en marche. L’association ne compte pas abandonner son combat : « On s’est endetté sur 25 ans pour habiter ici » signale Rachid. Les riverains ont deux principales revendications : déplacer l’entrée du dépôt de l’autre côté de la route principale, et mettre en place un mur anti-bruit pour lutter contre les nuisances du trafic. Il n’y a donc pas de rejet global du projet, « on accepte l’intérêt général », mais ces requêtes « permettraient que nos vies ne tombent dans l’intolérable.» L’association attend de la municipalité qu’elle « joue le jeu, pas seulement dans les mots mais dans les actes », car si le dialogue n’est pas fermé, les travaux suivent leur cours. Le seul levier aujourd’hui, si la concertation échoue, est le recours à la justice. « Notre avocate Maître Terrasse a intenté une action contre le permis de construire, nous sommes déjà en précontentieux.

Si cette procédure n’aboutit pas, nous n’hésiterons pas à porter l’affaire devant le tribunal administratif » explique le président de l’association. Les élus en charge du dossier à la mairie sont Karine Traval-Michelet, adjointe à l’urbanisme et au développement durable, ainsi que Louis Germain, délégué au Grand Toulouse au développement économique. Mais le problème est qu’ils n’ont pas qu’une seule casquette. En effet, Karine Traval-Michelet est également directrice Ressources et Moyens à la SMAT (Société de la Mobilité de l’Agglomération Toulousaine), maître d’œuvre des travaux. Tandis que Louis Germain est vice-président d’Oppidéa (société d’économie mixte d’aménagement de Toulouse Métropole). « On a l’impression que Monsieur Germain agit plus en promoteur immobilier qu’en élu » remarque Rachid Baali. Cela pose une difficulté par rapport au déplacement de l’entrée du dépôt, car le seul emplacement possible a déjà été vendu par Oppidéa pour y installer des bureaux d’affaires. Les zones d’ombre planent au-dessus de cette affaire d’autant que le dossier n’est jamais passé devant la commission d’urbanisme. «C’est un projet à 27 millions d’euros, il me semble que c’était légitime d’en discuter » remarque le porte-parole des riverains. Les élus de l’opposition par la voix du centriste Laurent Laurier, ont interpellé la majorité à ce sujet, lors d’un vœu au dernier Conseil municipal, qui a été rejeté. Le conseiller général Europe Ecologie – Les Verts, Patrick Jimena, soutient également les riverains du quartier contre ce projet. Preuve que «ce combat dépasse les clivages politiques» note Rachid Baali. Mais il faut dire qu’au sein du Conseil municipal, les relations sont complexes, non seulement avec l’opposition, mais également au sein de la majorité, qui a connu quelques déboires depuis quelques mois.

 

Grâce et disgrâce

Le système Sicard supporte mal la contradiction. « Si on n’est pas dans la ligne, on subit le joug » témoigne Laurent Laurier, élu de l’opposition. Et cela que l’on soit à gauche ou à droite. Récemment, c’est François Dumas qui en a fait les frais. L’adjoint aux affaires scolaires a été démis de sa délégation en décembre dernier pour être allé à l’encontre de sa majorité sur le dossier de l’école et de la rentrée 2013. Une fissure dans la majorité, déjà affaiblie en 2011 par l’affaire Bégué. Christophe Bégué, était le troisième adjoint au maire en charge des affaires générales et des ressources humaines. Suite à sa défaite aux dernières élections cantonales, face au vert Patrick Jimena, il décide de démissionner du Conseil municipal. Mais ce retrait soudain paraît suspect aux yeux de l’opposition, comme de l’opinion columérine. Nous avons d’ailleurs croisé des habitants relayant des rumeurs inquiétantes… « On a demandé des explications officielles sur son départ. Comment peut-on quitter son poste et sa délégation, des émoluments confortables, pour une seule défaite électorale ? Ca ne paraît pas plausible » soulève Laurent Laurier. « La mairie a simplement répondu que c’était personnel » poursuit-il. Un climat de suspicion, nourri donc par des rumeurs sous fond de détournements, se fait jour dans la ville. « La théorie est partie d’employés municipaux qui auraient constaté des anomalies dans les comptes de l’association des employés municipaux (équivalent d’un Comité d’entreprise dans le privé, ndlr) », révèle l’élu. Aujourd’hui, rien n’est prouvé car « on ne peut pas avoir accès aux comptes de l’association qui ne fait pas partie de la mairie. En revanche, comme elle bénéficie d’une subvention importante, elle est obligée d’avoir recours à un commissaire aux comptes. Nous avons demandé à voir son rapport, mais il n’est pas disponible, alors qu’il est censé l’être six mois après avoir été rendu » explique Laurent Laurier. Déterminé à éclaircir cette situation, le groupe Colomiers à cœur a écrit une lettre au procureur de la République et à la chambre régionale des comptes « pour les inviter à se renseigner ». Mais il semble que « rien n’ait bougé depuis. » Au regard de cette « théorie », la question qui se pose est : Christophe Bégué a-t-il vraiment démissionné ou l’a-t-il été ? Une certitude, au PS 31, le dossier Bégué rend mal à l’aise : « Soit vous avez des faits et je vous réponds. Soit vous n’avez que des rumeurs, et elles ne m’intéressent pas » nous répond sèchement Joël Bouche, premier secrétaire départemental. Pour rappel, au moment des faits, Christophe Bégué était secrétaire de la section de Colomiers et membre du bureau national : « Il n’a pas renouvelé sa demande pour faire de nouveau partie de nos instances. Il n’a plus de responsabilités au sein du PS » a tenu tout de même à préciser le patron du PS haut-garonnais.

 

Les bons éléments

Malgré les « affaires » qui affaiblissent l’image du Conseil municipal et de la politique en général, tout n’est pas à critiquer. « Il faut savoir faire la part des choses, certains font du très bon travail » tient à rappeler Laurent Laurier. En témoigne l’association le Moulin des savoirs, qui existe depuis seize ans à Colomiers. « Nous, nous sommes en relation avec Thérèse Moisan (déléguée au lien social, à l’emploi et à l’animation socio-éducative des quartiers, ndlr), qui est une femme engagée et efficace. Il n’y a pas de fausses promesses avec elle. Quand on demande quelque chose c’est oui ou c’est non, les choses sont claires » raconte Nassera Benaïssa, coordinatrice de l’association. Le Moulin des savoirs a pour vocation de permettre un échange de connaissances et de compétences entre les personnes intéressées. Elle organise de nombreux événements socio-culturels dans les quartiers, et a besoin pour cela, de moyens. Si les subventions accordées par la mairie sont gelées, « notre situation s’est globalement améliorée car nous avons des salles à notre disposition, on ne paie pas le loyer de notre local, et si on a besoin d’une aide exceptionnelle, on sait qu’on pourra faire appel à la mairie » précise-t-elle.

 

Le cas Patrick Jimena

Patrick Jimena, seul conseiller général écologiste (EELV) de Haute-Garonne, élu sans doute suite aux rumeurs qui ont parcouru la ville, tient sa permanence dans une caravane. « Quand on n’a pas de groupe politique, on ne nous accorde pas de moyens » explique-t-il. Une façon différente de faire de la politique et d’envisager le lien avec la population, qu’il doit à une mise à l’écart forcée. Aujourd’hui, son véritable regret est de ne pas pouvoir travailler de concert avec la mairie. « Au lendemain de mon élection au Conseil général, j’ai envoyé une lettre au maire de Colomiers. Je lui indiquais de respecter les électeurs, les valeurs de la République et lui demandais de travailler ensemble pour la ville. A ce jour, j’attends toujours une réponse à ce courrier. C’est une bien curieuse attitude, loin du respect et des propositions de dialogue tant promus par Bernard Sicard » regrette le conseiller général. Il constate également être exclu de « nombreuses manifestations locales». Le 27 mars prochain, le groupe Europe Ecologie – Les Verts de Colomiers, va se réunir afin de déterminer sa position pour le futur scrutin municipal. Alain Refalo (porte-parole EELV) soutient cette semaine sur notre web tv (www.lejournaltoulousain.fr) une candidature Jimena. Mais il y a également l’inconnu François Dumas, qui aurait provoqué son départ de la majorité municipale, pour légitimer une possible candidature… Le jeune espoir du Front de Gauche, Rémi Vincent, réfléchit aussi à un investissement dans cette ville, et discute déjà avec tous ces rebelles de la gauche columérine. Un rassemblement est-il envisageable pour faire tomber le système ? Les prochaines semaines vont être déterminantes.



UN COMMENTAIRE SUR Colomiers Gate : Un système en question

  1. Anne Onyme dit :

    Connaissez-vous Plaisance du Touch et son maire élu depuis 30 ans maintenant ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.