Colocation: 13 à la douzaine

Une règle d’or en colocation : être suffisamment tolérant pour accepter la vie avec d’autres

En cette période de pré-rentrée universitaire où le marché de la colocation bat son plein, le site appartager.com a élaboré son baromètre éponyme. A Toulouse, ce site compte plus d’un millier de demandeurs, dont près de 58% d’étudiants. Quant au profil type du coloc toulousain : c’est une jeune fille de 21 ans, qui paie environ 350€ de loyer pour un 4 pièces. Alexandre, qui vient de débarquer à Toulouse a choisi de partager un toit avec son meilleur ami. D’après lui, c’est assez facile aujourd’hui de dégoter un appartement à louer à plusieurs : « Les propriétaires jouent de plus en plus le jeu, parfois les annonces indiquent clairement « colocation acceptée » ». Et si Alexandre est un novice de la colocation, ce n’est plus le cas de Pierre*, qui a adopté ce système depuis 16 ans ! A aujourd’hui 36 ans, il partage son toit avec 10 acolytes… et pas des moindre : « Nous avons une maison de 500m2, composée de 11 chambres et de 800m2 de jardin sur deux niveaux ». Le tout situé à Saint Cyprien pour la modique somme de 650 euros chacun : « Nous proposons un forfait all inclusive comprenant loyer, factures, wifi, courses alimentaires et autres (du jambon au shampoing ndrl) ». Le concept semble fonctionner à merveille. Le secret ? Le rodage vraisemblablement, puisque quelques déconvenues ont servi au noyau du groupe à élaborer une technique de casting : « Les gens visitent, si cela leur plait on les convie à un repas avec tout le monde, pour voir si le feeling passe. » Mais avant ça il faut montrer patte blanche : être  non-fumeur, ne pas avoir d’animal (ni d’enfant !) et se situer dans une tranche d’âge similaire (20-40). « Nous avions accueilli un colocataire qui prétendait avoir arrêté de fumer, résultat, il s’est mis à enfumer toute la maison à coup de deux paquets de cigarettes par semaine. » Inutile de dire que la cohabitation fut brève. En tout, ce sont plus de cent colocataires qui ont déjà habité cette maison.

« A Toulouse il y a certaines colocations qui prennent place dans de vieux logements, qui ont l’avantage d’avoir un grand nombre de pièces et un cachet indéniable, tout en étant en plein centre-ville », explique Philippe Jardel, créateur toulousain de sharemyflat.com, un site web gratuit dédié à la colocation, dans le monde entier, « la seule façon d’habiter en hyper centre à prix raisonnable, et sans avoir à hypothéquer sa famille sur 3 générations, c’est bien la colocation ». Déçu par des années d’utilisation de sites mal conçus, peu intuitifs et payants pour la plupart il met sur pied ce site permettant de filtrer les résultats d’une recherche en fonction de nombreux critères, dont certains « absolument inédits, tels les conditions administratives requises, le type de logement, les commerces alentours… ». Félicien Cassan, l’un des trois habitants d’une colocation à Arnaud Bernard confirme cet accès facilité au charme de l’ancien en centre-ville : « On paie 410 euros chacun pour plus de 110m2 dans un vieil immeuble de caractère avec parquets et poutres. On a même une quatrième pièce pour héberger les amis ou faire un studio de musique. » A Toulouse si la colocation se pratique dans tous les quartiers, les plus plébiscités semblent les mêmes que dans l’immobilier traditionnels: l’hyper centre, ainsi que les quartiers desservis par le métro et les alentours des facultés.

Le piège à éviter : chercher sa coloc trop tôt

Au-delà de l’avantage financiers indéniable, beaucoup recherchent la colocation pour l’état d’esprit qu’il véhicule : « En arrivant on a juste des colocataires et rapidement ce sont des copains puis des amis », explique Pierre Noual. Ce qui découle sur de sympathiques traditions : à Saint-Cyprien, les 11 colocataires se réunissent tous les ans mi-décembre pour fêter Noel avant l’heure, ouvrant foie gras et champagne autour d’une table aussi large que l’amitié qui les réunit. Bien-sûr les couacs existent aussi dans la colocation, Félicien Cassan évoque d’ailleurs « la coloc’ hystérique qui déjeune et dîne dans sa chambre, puis filme quand tu mets de la musique pour montrer les bandes aux proprios. Un enfer ! »

Pour trouver appart ou coloc à son pied, les astuces fusent et surprennent parfois : surtout se fier au feeling avec les habitants et non au lieu et contre toute attente de pas s’y prendre trop tôt, car les chambres se libèrent peu avant la rentrée. Les sites internet dédiés sont nombreux, parfois très spécialisés comme colocatrice.com (pour les filles uniquement). Le bon coin et autres sites de petites annonces diffusent également kyrielles de messages plus croustillants les uns que les autres pour qui cherche une chambre ou un colocataire. L’heure est à la quête d’un toit à partager pour les étudiants toulousains, mais attention car ils ne sont plus les seuls sur le marché, aujourd’hui les actifs de plus de 35 ans, les séniors et les familles monoparentales ont aussi peur de se retrouver isolés et besoin de partager certains frais. De nouveaux colocataires potentiels…

 

Selon appartager.com l’offre globale en colocation a baissé de 16% en 2013 alors que la demande reste constante. Le problème ? Un marché de l’immobilier qui tourne au ralenti mais aussi l’absence totale de cadre juridique dédié à la colocation, ce qui explique la frilosité de certains propriétaires. Pourtant la colocation semble vouée à encore se développer, notamment grâce à la nouvelle loi Duflot adoptée au parlement qui ferait évoluer la clause de solidarité garantissant jusqu’alors les bailleurs contre les impayés. En cas de colocation, celle-ci serait limitée, libérant le colocataire de cette clause s’il était remplacé.  

Aurélie Renne

*Ce prénom a été modifié



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