Claude Nougaro…; Mieux vaut tard que jamais…

Malgré les apparences de ce 3ème millénaire et bien loin des fastes organisées ces dernières années autour de son personnage, de sa force d’écriture bien particulière, de son talent aux multiples facettes, les Toulousains ne se sont pas toujours enorgueillis d’être fan du “Sage des Minimes”.

 

Oui du sage, car même si cet humaniste éclairé aura toujours su que les mots ciselés dans le cœur de la pierre prendraient, tôt ou tard, le pas sur les maux de l’asphalte qui marquent nos débats et compriment nos ébats… Il aura fallu un certain “Nougayork” 1985, le travail incessant et la simplicité volontaire d’une Hélène Nougaro son épouse, d’un fan de toujours Yvan Cujious, plus quelques inconditionnels, pour que le talent d’écriture, la voix rocailleuse, le swing unique, la personnalité de cet artiste, de cet être rare éclaire en permanence les pavés et les murs de la cité rose.

 


Du côté du Capitole et comme toujours quelques âmes sensibles peu emplies de “partages” voudront opposer son jazz des rues noires et sombres des bas quartiers de Harlem aux “belle vocce” des “rigoletti” milanais. Mais il ne leur opposa jamais qu’il était bien de chez eux avec un père, Pierre Nougaro, chanteur d’opéra et une maman italienne Liette Tellini, professeur de piano et même premier prix au conservatoire. En maintes occasions, il joua de cette omission volontaire, pour aller plus loin que le doigt du simple l’avait montré, porter plus haut la voix de la rue, dénoncer, à travers ses chansons le quotidien des perdus, des fragiles. Oui, au gré de ses chansons, sa façon de les vivre, d’en exposer et d’en exprimer les rythmes, il nous aura permis dégrainer sa vie au fil de notre quotidien. Nous aura entraînés sur sa mosaïque de notes blanches et noires, pour marquer à son tempo et en filigrane le rythme de nos passions, de nos joies comme de nos angoisses. Un frère des bons et mauvais moments, des nuits à la belle étoile et des matins difficiles, des fêtes de familles et des souvenirs à deux comme, pour moi, un certain Olympia de 1969.

 


Autant de repères marquants qui nous rappelleront, chanson après chanson, syllabe après syllabe, note après note que nous y étions : qu’il est à jamais une part de nous mêmes. Nous, qui n’aurons pas attendu 1988, l’année où il sera récompensé par les Victoires de la musique du meilleur album et du meilleur artiste, rien que ça, pour l’avoir dans nos tripes. Pour exprimer et défendre sa couleur, ses couleurs, nos couleurs : celles de la différence et du savoir supérieur que nous n’étions plus seuls. Il était là à défendre cette France génération plurielle qui s’annonçait déjà et qui aujourd’hui vit et revit et espère à travers ses textes…

 

Claude Nougaro un être rare comme il en existe peu. Oui, un être rare à défendre, à promouvoir encore et encore ; à porter toujours plus haut… Une lumière, pour comprendre, partager et amadouer le quotidien ; imaginer le demain…

André G. Gallego


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