Cité de l’Espace ; Bernard Burel tire sa révérence

Après 13 années passées à la tête de la Cité de l’Espace, Bernard Burel, 63 ans, s’apprête à quitter le siège de pilote pour une retraite bien méritée. Retour sur son parcours, ses souvenirs et ses projets à venir.

 
Bernard Burel, comment vous sentez-vous à quelques jours de votre départ en retraite ?
Je suis sur les charbons ardents pour finaliser certaines opérations qui arrivent. Mais je me sens bien car j’ai plein de projets personnels à mener, j’en ai encore les capacités physiques et intellectuelles. Pour que le jour venu, je puisse me dire que j’ai fait tout ce que je voulais dans ma vie. En tout cas, ces projets n’ont plus rien à voir avec le thème de l’espace ou de la diffusion de la culture.

Vous avez passé 13 années à la Direction Générale de la Cité de l’Espace. Comment avez-vous été impliqué au départ dans cette grande aventure ?

J’ai pris mes fonctions de Directeur Général adjoint des Services de la Mairie de Toulouse en septembre 1994 et, peu de temps après, on m’a demandé de préparer l’ouverture de la Cité de l’Espace, en prenant en charge tous les aspects administratifs, juridiques et financiers, et en participant au recrutement du personnel. J’y ai travaillé durant trois ans et au moment de l’ouverture en 1997, le maire de l’époque Dominique Baudis, m’a chargé d’en prendre la direction.

Aviez-vous une quelconque formation scientifique ?
Pas du tout ! J’ai découvert les thématiques de l’espace, de la diffusion de la culture scientifique, de la science et de la recherche. J’ai également touché aux domaines du tourisme, de l’industrie, d’éducation, du politique, de l’associatif… Car l’une des caractéristiques de la Cité est d’être au confluent de mondes différents. Notre rôle est de valoriser tout ce savoir-faire, tout ce potentiel, tout ce tissu extrêmement dense qui se rassemblent à la Cité de l’Espace.

 

« Le plaisir d’apprendre »

Diriger la Cité était donc pour vous un challenge ?
C’était un plongeon dans l’inconnu ! Et surtout une découverte permanente. C’est pour cela que j’ai pris beaucoup de plaisir à animer une équipe de gens très compétents et qualifiés. Mon rôle était celui de chef d’orchestre, de mise en cohérence, de mise en syntonie. J’ai été un homme heureux durant 13 ans et je remercie tous ceux qui m’ont fait confiance, à commencer par les quatre maires successifs de Toulouse : Dominique Baudis, Philippe Douste-Blazy, Jean-Luc Moudenc et Pierre Cohen.

Quelles sont les grandes évolutions que vous avez insufflées à la Cité durant toutes ces années ?

C’est un équipement qui a connu des développements importants et aujourd’hui, la Cité n’a rien à voir avec ses débuts. C’est un projet en évolution constante et c’est une chance car elle n’est pas restée figée : en 1998, arrivée de la station Mir, en 2000, construction du Terradome, en 2002, agrandissement de la surface des expositions permanentes avec une salle entièrement consacrée à la planète Mars, en 2005, grosse extension avec l’Astralia et le square des petits astronautes, en 2006, base des enfants pour les 6-12 ans… Il faut ajouter à cela un renouvellement de l’offre avec de nouvelles animations et attractions, ce qui a permis de maintenir une bonne fréquentation. Au départ, elle avait été estimée par des cabinets d’experts à 150 000 visiteurs par an. Aujourd’hui, elle est à plus de 175 000. L’an dernier, malgré la crise et la baisse du pouvoir d’achat, nous avons enregistré une fréquentation supérieure à l’année précédente. Donc, on est encore dans une dynamique de progression car la Cité de l’Espace regorge de potentiel et a encore plein de choses à faire.

Quelles difficultés avez-vous dû surmonter ?
On a connu en 2002 les effets du 11 septembre et d’AZF avec l’annulation de réservations de groupes scolaires car la Cité était passée en plan Vigipirate rouge. Des groupes de séniors nous ont appelés pour nous dire qu’ils avaient peur du nuage rouge suite à l’explosion d’AZF. Les gens annulent mais on ne sait pas quand ils vont revenir. Des tour-opérateurs nous ont même dit : «On ne peut pas vendre des voyages à Beyrouth» ! Le dernier trimestre 2001 a été très mauvais alors que nous étions dans une croissance à deux chiffres. Nous avons remonté la pente malgré tout et, en 2003, la Cité a recommencé à progresser lentement et sûrement avec de nouveaux investissements qui ont permis d’accroître son attractivité et sa notoriété. Ce fut une époque, à l’unanimité des actionnaires publics ou privés, où il fallait déplacer le curseur et passer d’un centre de culture scientifique à un parc à thèmes ludo-éducatif, qui concilie connaissance et divertissement, plaisir et savoir. On pourrait reprendre à notre compte le slogan : «Le plaisir d’apprendre

 


Le souvenir du 10ème anniversaire

Selon vous, ce caractère de lieu ludo-éducatif, c’est ce qui vous différencie avec d’autres grands parcs à thèmes comme le Futuroscope ?
Tout à fait, c’est ce qui fait la différence. Au Futuroscope on voit de belles images mais on n’y apprend pas grand-chose. Nous répondons mieux aux attentes du public et notamment des familles.

Quel est votre plus beau souvenir ?
Le 10ème anniversaire de la Cité en 2007. La fête était très réussie et nous avons eu la chance de recevoir des visiteurs que nous n’avions pas l’habitude de croiser chez nous, socialement, économiquement et culturellement défavorisés. Le personnel s’est fortement mobilisé et les visiteurs ont eu le sentiment d’être bien accueillis. On est toujours heureux et fier lorsque le public est satisfait.

Que doit faire la Cité de l’Espace dans les prochaines années ?
Plein de choses ! J’aurais pu rester deux ou trois ans de plus avec autant de plaisir car des projets sont déjà sur la table. Par exemple, la refonte complète des expositions permanentes est prévue cette année. C’est ce qui constitue le cœur du réacteur nucléaire de la Cité de l’Espace et qui fonde sa légitimité scientifique. Ces expositions ont vieilli dans la forme et dans le fond, il faut les actualiser et les rendre plus accessibles à toutes les catégories de population. Il faut aussi créer un véritable parcours du visiteur car actuellement il est un peu livré à lui-même. Dans le futur, il sera plus accompagné par des parcours bien identifiés et complémentaires. D’ici deux ans, ce projet devrait être achevé à l’occasion de la conférence ECSITE (Réseau européen des centres et musées de sciences, ndlr) qui se tiendra à Toulouse. Elle réunira plus de 1 000 participants de l’Union Européenne et du monde, soit le gotha de la culture scientifique. La Cité de l’Espace se doit d’être à la hauteur.

 

« Tourner la page »

Connaissez-vous le nom de votre successeur ?
Bernard Reilhac, actuel Directeur Marketing Vente et Communication de la Cité, va assurer l’intérim puisque le maire de Toulouse Pierre Cohen souhaite se donner un peu de temps pour nommer officiellement un nouveau Directeur Général. Il désire lancer une étude sur la culture scientifique à Toulouse et la façon dont seront articulées les actions des pôles scientifiques existants et à venir : la Cité de l’Espace, le Muséum d’Histoire Naturelle, le Quartier des Sciences allées Jules Guesde, Aeroscopia à Blagnac, les équipements à Montaudran, le Cancéropôle… Mon successeur devrait être connu d’ici la fin de l’année.

Allez-vous garder un œil sur la Cité, même à la retraite ?
Je suis un homme qui sait tourner la page. Je me suis donné complètement avec beaucoup de plaisir et d’enthousiasme et ce sera à mon successeur et son équipe de faire tourner la Cité. De toute façon, elle en a les capacités et toutes les conditions sont réunies pour qu’elle continue à progresser.

Propos recueillis
par Sophie Orus


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.