Cinéma; C’est l’histoire d’un manque…

Antoine de Caunes était à Toulouse la semaine dernière pour présenter son dernier film, événement de cette fin d’année : «Coluche, l’histoire d’un mec». Le réalisateur était accompagné par François-Xavier Demaison, époustouflant dans le rôle de l’humoriste disparu.
 


C’est l’histoire d’un mec qui a marqué à jamais la société, la politique et le spectacle des années 1980. Un mec à la trajectoire unique et à l’irrévérence légendaire. A l’automne 1980, cela fait déjà deux ans que Coluche triomphe tous les soirs au Théâtre du Gymnase et que ses sketches sont diffusés et repris dans les cours de récréation, les bancs de l’université, les cafés, les salons ou les usines. Les opprimés rient de leurs oppresseurs et les oppresseurs d’eux-mêmes. Mais un jour, la petite frappe de Montrouge décide d’investir la tribune politique lors des élections présidentielles tant attendues de 1981. Une blague, une boutade qui va vite se répandre comme une traînée de poudre et faire du bouffon de service, le nouveau porte-parole de tout un pan de la société. Quelques mois de campagne burlesque qui vont confronter l’humoriste à la triste réalité et à ses propres travers. Une aventure humaine qui va transformer Coluche à jamais. C’est cette période historique pour la France qu’Antoine de Caunes a décidé de décrire dans son dernier long-métrage : «Je voulais casser l’image d’Epinal et montrer un personnage plus complexe. Ce n’est pas une hagiographie de Coluche mais un film de fiction avec la mise en avant d’un point de vue. Pour moi, il n’aurait jamais monté les Restaus du Cœur sans cette expérience des élections présidentielles. Il a compris comment se servir du politique. Ce fut un moment de bascule complète, pour lui et la société. C’est à la fois une période qui l’a profondément marqué, avec une dépression à la clé. Dans “Tchao Pantin”, quelques années plus tard, on ne retrouve pas le Coluche-clown mais un mec qui s’est minéralisé, qui a gagné en profondeur et perdu en insouciance.»

 

Une prestation bluffante

A l’aide d’une biographie complète, de documents, d’images d’archives et de témoignages de proches, Antoine de Caunes dresse le portrait d’un homme de conviction, écrasé sous le poids des sondages qui lui donnaient jusqu’à 16 % d’intention de vote. Un homme à la vie dissolue rythmée par la drogue et l’alcool mais qui a toujours su conserver une liberté de ton jamais égalée : «C’est l’une des questions que soulève le film : qu’a-t-on fait de cette liberté depuis 25 ans ? Il a introduit une forme de subversion avec un commentaire politique derrière. Aujourd’hui, il y a plein d’humoristes mais il n’y a plus d’incarnation.» Antoine de Caunes relate également dans son film les pressions qu’a subies Coluche lors de la campagne et les raisons de son retrait avant le premier tour : «Toutes les menaces évoquées sont réelles : les lettres, les intimidations, les appels anonymes, les tags sur sa maison ou l’assassinat de son régisseur. Jacques Attali prétend qu’il n’a jamais été mandaté par Mitterrand pour inciter Coluche à renoncer. Mais tous les témoignages disent le contraire !»
Et pour incarner Coluche, le réalisateur n’a pas hésité longtemps et a jeté son dévolu sur le comique François-Xavier Demaison. Entraîné durant des mois par le coach de Marion Cotillard dans “La Môme”, l’humoriste a subi une transformation physique et a réussi à prendre la posture, les mimiques et la voix de Coluche, à tel point que certaines scènes du film semblent être tirées d’images d’archives : «J’ai fait un véritable travail d’acteur sans tomber dans l’imitation. Je suis allé le chercher de l’intérieur : ingurgiter des heures et des heures de DVD puis les digérer pour qu’il en reste quelque chose de naturel. J’ai composé mon Coluche. Derrière la statue, il a fallu regarder l’être humain, avec ses innombrables qualités, son intelligence instinctive, sa capacité à catalyser la connerie à la française et à mettre le doigt là où ça fait mal. Mais aussi l’humaniser avec ses excès, sa démesure. A la fin du film, ça le rend encore plus attachant.»

 


Terriblement contemporain

François-Xavier garde du tournage aux côtés de vieux amis de Coluche un souvenir impérissable : «On ne sort pas indemne d’une aventure avec un personnage aussi exceptionnel. Son insolence m’a fait du bien sur le plan humain. J’ai gagné en courage et en culot dans mes spectacles.»
Mais le film d’Antoine de Caunes démontre également à tous les spectateurs que la société et la politique n’ont pas beaucoup changé depuis 25 ans. L’histoire de Coluche est terriblement contemporaine : «Le film serait tombé à point nommé pour les dernières élections mais il prend une résonance incroyable aujourd’hui. Le climat de résignation est le même. Les gens se sentent écrasés par le pouvoir, sans alternative possible. C’est une pi-qûre de rappel d’un personnage qui s’est levé avec cette insolence, sans stratégie», expli-que le réalisateur. Pour François-Xavier Demaison, les leçons à tirer du parcours de Coluche sont essentielles : «Lors des projections en avant-première, on se rend compte que le public est ému et que les jeunes ont envie d’en découdre, de réfléchir sur leur engagement politique. C’est un message de liberté qui leur fait du bien.» Un message de liberté qui sonne comme un terrible manque. Allez, «Salut mon pote !»

Sophie Orus

Coluche, l’histoire d’un mec
Avec : François-Xavier Demaison,
Léa Drucker, Denis Podalydes
Sortie nationale le 15 octobre


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