Ci-git le duc de Montmorency

Duc de Montmorency

Il est pour le moins superbe le duc de Montmorency dit Montmorency II selon le mode royal, descendant d’une  illustre lignée rivale des Condé, filleul du Roi Henri, maréchal  et pair de France, menant pour le roi de retentissantes victoires contre le huguenot devant ré dans le midi et au Piémont.

Un Grand de France

  Superbe, paré comme on dit de tous les avantages en fortune, châtelain d’Ecouen écrin des œuvre de Palissy et de Goujon et de sûre réputation, portant beau, l’épée alerte, autant dire bretteur fameux doté, s’il en était besoin, d’un mariage sincère avec  une Marie-Félice des Ursins aimé de lui et lui d’elle comme étayant déjà sa légende.

Et sur les portraits qui respirent de noblesse, le cou entouré joliment de dentelle, le pourpoint lamé de cuir qui le rend opulent, le visage en angles, aux traits fermes avec le regard du guerrier mais aussi de l’homme capable de nobles sentiments. Surtout dans le crayon de Dumontier, plus doux ; ombré de pastel.

D’autant qu’il est non seulement bien en cour mais favori de tous. Sauf que la querelle s’installe entre lui et Richelieu, d’abord sourde puis déclarée. Jusqu’au jour où il va vers lui pour faire fléchir son pouvoir, en des négociations qui n’aboutissent pas.

Ce qui lèse sa majesté

 Il se passe quelque chose que l’on n’imagine pas, qui rebute l’histoire ; comme une défaillance dans cet homme entier et savoureux qu’est Montmorency. Déjà Gaston est en rébellion contre son royal frère. Lui, un Orléans. Il s’est campé dans les Ardennes. Ses factieux, tout juste de quoi se sentir entouré d’une armée, tout comme lui, ne pensent qu’en découdre. Mais Orléans ne se suffit pas à lui seul. Face aux forces du roi il se sait fragile. Il cherche des alliances. Il croise enfin Montmorency pour engager une expédition, le sachant en bute avec le cardinal. Il le convainc de s’allier à lui et de prendre les armes.

Montmorency se dit servir le roi quand Richelieu sera déchu. Il s’engage en paroles donne l’accolade au félon et peu après  rassemble ses troupes. Puis il gagne le Languedoc bivouaque au fort de Brescou, près d’Agde, rallie au passage toutes les populations ; ainsi que la noblesse du Vivarais et campe à Bagnols, enfin erre un temps par la région ; sans coup férir.

De son côté, le roi fait diligence. On le sait à Pont St Esprit en compagnie de la reine et du Cardinal.  Le maréchal de la Force œuvre tant et si bien que Bagnols déserté entre temps par Montmorency, cède sous la prise. Pour sceller la victoire, deux factieux de renom, le vicomte de Lestange et monsieur d’Entreygue sont exécutés à la mode du temps, ce qui veut dire la hache. Et, par un retournement prévisible, comme qui dirait un vent contraire, le peuple va vers le roi tout contrit et repentant et demande grâce. «Vive le roi et miséricorde !» est poussé par tous.

Quand les armes se retournent contre ceux qui les fourbissent

 L’issue qui ne fait aucun doute s’essaie pourtant à faire tourner l’histoire devant Castelnaudary. Les armées royales sont de loin aguerries et en plus grand nombre que celle des félons qui rassemblent tout juste quelques milliers dont la plupart n’est guère rompue au maniement des armes et ignorante de stratégies.

Le maréchal lui-même s’y égare et se fait prendre en embuscade, isolé de ses troupes comme il arrive dans le mouvement ; quand il franchit un fossé sous son cheval arabe grêlé de balles. L’affrontement, dit-on, a été bref : tout juste la moitié d’une heure.

Montmorency s’affaisse. Il tombe sous sa bête et son sang part de partout. Il en a la bouche maculée. Il est aussitôt capturé. On dénombre plus tard dix-sept blessures autant par balles que par l’épée, dont certaines sont fichées dans le corps. On doute qu’il y survive. On lui détache la cuirasse et on lui sort son collet de buffle puis, on l’installe sur une échelle couverte de peaux et ainsi le convoi s’achemine jusqu’à une tente.

A l’issue du sort

 Sans doute Montmorency s’est-il remis assez de ses blessures pour être emmené, les yeux bandés dans une voiture aux rideaux tirés et mis en forteresse à Lectoure, le temps d’instruire son affaire et de décider de son sort dont l’issue ne fait aucun doute. Pour autant, un ballet diplomatique s’engage entre les Capitouls qui tentent de sauver leur gouverneur et le roi, puis entre le Richelieu et le félon Gaston qui, lui, a sorti ses épingles puis, entre la reine qui s’interpose sans succès auprès du roi et la duchesse de Montmorency qui supplie sa majesté pour faire fléchir la décision dont l’arrêt semble inflexible. Richelieu veut frapper haut et fort pour décourager le crime de lèse-majesté. D’ailleurs Montmorency fait amende honorable et se bat autant de fois la coulpe, non pour atténuer le verdict ou tenter la clémence mais en homme d’honneur qu’il est ; il se sait condamnable.

  Juste avant l’heure dernière

 Il écrit à Marie-Félice une lettre dans laquelle il parle de repos de l’âme, du doux sauveur, et de son amour constant, autant de lui que d’elle, conjugué. Il lègue à ses proches les chefs d’œuvre d’Ecouen, de Palissy, de Goujon et de Victor Cousin et pour ainsi entrer en dévotion.

Au matin du trente octobre de l’an 1632 comme dit la plaque de bronze sous l’arche du Capitole, dans la cour dite de Henri IV aux murs constellés de fleurons et de blasons de pierre, avec de part et d’autre des croisées pleines de regards plongeants et, tout en haut le rectangle du ciel ; après que l’échafaud a été dressé et les clous enfoncés dans les planches, on voit venir un homme aux mains liées avec seulement sur lui un caleçon et une chemise dont bouffent les manches. On lui bande les yeux et on enlève dans le cou le trop de cheveux qui pendent. Après un bref entretien avec le prêtre chargé de l’absoudre, l’homme déclare tout bas à celui qui l’attend et dont la lame luit «Fait vite ton affaire». L’assemblée de soldats, de dignitaires et ceux qui regardent aux croisées est étreinte par les derniers gestes du bourreau. Parmi eux plane un silence pénible juste avant que Montmorency installe son chef sur le billot. Et, quand le sang jaillit une rumeur de réprobation se propage et des sanglots grelottent. Puis, les portes sont ouvertes pour que la foule pressée devant, se rue vers l’échafaud. On assiste alors à des scènes étranges, tandis que le corps du supplicié est enfoui dans une voiture, des gens essuient pieusement le sang frais pour en faire des reliques. D’ailleurs, il se fait entendre sur lieux mêmes et plus tard en  coulisses à la cour, que Montmorency est mort comme un saint.

J.R.G.



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