Christophe Lèguevaques / Affaire des surirradiés de Rangueil

Quelle a été votre réaction lorsqu’on vous a sollicité sur cette affaire ?

J’ai d’abord été désemparé car c’est un dossier très technique. Il a fallu que j’apprenne des notions de physiques et de médecine pour rédiger la plainte. C’est une affaire complexe, car les mondes de la physique nucléaire, du juridique et de l’hôpital n’ont pas l’habitude de communiquer entre eux. Mais c’est très intéressant car on doit faire appel à notre inventivité et à notre créativité pour que vérité soit faite. Ce qui m’intéresse dans ce genre d’affaire, c’est de suppléer à l’inaction des pouvoirs publics.

 

Comment prépare-t-on ce genre de dossier ?

C’est un énorme travail. Il faut une équipe qui tient le coup car tout le cabinet a été mobilisé. Traiter 65 dossiers d’expertises en un minimum de temps, je n’aurais pas pu le faire tout seul. On a formé des gens juste pour travailler sur ces dossiers. On a dû se fournir en logiciel adapté, mettre en place une veille téléphonique pour être toujours joignable par les victimes. Cette implication a été très appréciée par les patients, mais ça a été un peu déstabilisant pour le reste de nos affaires.

 

Christophe Lèguevaques/Affaire des surirradiés de Rangueil

Retenez-vous un temps fort en six ans de procédure ?

La rencontre avec les victimes lors des nombreuses réunions avec l’association SOS irradiés 31. Ces rendez-vous nous ont permis d’échanger, de préparer nos attaques, mais surtout d’apprendre à nous connaître. Nos relations dépassent les simples rapports avocats-clients. Depuis six ans qu’on les accompagne, on les connaît bien ! On ne traite pas ce genre de dossier comme on traite des divorces à la chaîne.

 

Est-ce facile de prendre de la distance par rapport à cette affaire ?

Un bon avocat sait prendre du recul. Mais des vies ont été détruites, et on ne peut pas voir les gens comme des numéros de dossier. Comme il n’y a aucune jurisprudence, cette affaire offre une matière nouvelle. Il faut réinventer le droit, ça vous prend complètement ! Mais le travail a payé. Aujourd’hui, 80% des victimes ont été indemnisées, et je suis en train de me battre pour que l’affaire soit portée devant le tribunal correctionnel afin que les responsables soient condamnés. C’est-à-dire le radio physicien, le constructeur de la machine et le CHU, qui tous, à des degrés différents, sont fautifs. J’irai jusqu’au bout.

Coralie Bombail

Les surirradiés de Toulouse : toujours pas de procès

Entre 2006 et 2007, 145 patients de l’hôpital de Rangueil traités pour des tumeurs cérébrales, sont victimes de sur-irradiations, suite à un mauvais réglage d’un appareil de radiochirurgie. En janvier 2008, Me Christophe Lèguevaques, avocat de l’association SOS Irradiés 31, dépose une série de plaintes contre X. Il représente au total, 80 des 145 sur-irradiés de Rangueil. Aujourd’hui, la majorité des victimes ont été indemnisées par l’assurance du CHU. Mais l’affaire n’a pas été portée devant le tribunal pénal. Le parquet de Toulouse a rendu, le 28 septembre dernier, un réquisitoire de non-lieu au juge d’instruction. Me Lèguevaques demande un renvoi devant le tribunal correctionnel, et se dit prêt à aller jusqu’à la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris, si sa requête est refusée.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.