Changement climatique : à Toulouse ça chauffe aussi

Le réchauffement du système climatique est sans équivoque. L’Hexagone comme le reste du monde a compris et commence à réaliser que le ciel peut jouer favorablement ou non sur l’humeur et la santé de ceux qu’il arrose. Quelles sont aujourd’hui les particularités météorologiques de Toulouse comparée au reste du territoire français ? Et quels effets menacent l’agriculture, la faune, la flore et le paysage de la région ?  

«Le réchauffement observé sur la France (0,9°C) est un peu supérieur à celui remarqué à l’échelle de la planète (de l’ordre de 0,7°C) sur le 20e siècle», annonce Serge Planton responsable de l’Unité de recherche climatique au Centre de recherches de Météo-France, cette différence s’explique par le fait que les océans qui couvrent 70% de la surface de la Terre se réchauffent moins vite que les continents.» Ce qui est plus surprenant, c’est que le grand sud ouest est la zone qui s’est le plus réchauffé. On peut dire qu’au cours du 20e siècle la température moyenne de la région Midi-Pyrénées a augmenté d’environ 0,1°C par décennie, soit un peu plus que la moyenne française. «On a pu montrer que l’effet d’assèchement des sols est plus importants dans le sud ouest, ce qui peut expliquer en partie que le réchauffement est plus fort qu’ailleurs», ajoute Serge Planton.

L’année 2003 deviendrait une année banale

Bien d’autres facteurs attestent du changement climatique. «Sur la période 1951-2000, on dispose de longues séries d’observations qui permettent de constater une diminution du nombre de jours de gel en hiver et une augmentation du nombre de jours où la température dépasse 25°C en été». On remarque par ailleurs, que l’été se réchauffe plus que l’hiver et cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir d’hiver froid, car l’échelle du réchauffement porte sur plusieurs décennies. «Les événements de grand froids comme celui connu cette année ne sont pas exceptionnels, c’est arrivé plusieurs fois sur le dernier demi siècle et cela n’indique rien de particulier.» Par contre les vagues de chaleur, qui seront plus fréquentes, plus longues et plus intenses, accentueront cet effet de contraste saisonnier. Si bien qu’à l’horizon 2050 on peut imaginer qu’un été comme celui de l’année 2003 sera, au minium, la norme. Les sécheresses quant à elles seront 50% plus longues et les pluies intenses proportionnellement plus fréquentes. «Attention on parle de redistribution de la pluie, ce qui veut dire que les précipitations ne vont pas augmenter, il pleuvra différemment, par à-coups», précise Serge Planton. Si l’évolution des précipitations est assez incertaine en hiver, en été elles tendent à diminuer de 10 à 45% et de 30 à 60% selon la gravité des scénarii. Effet collatéral : en 2090, le risque d’incendie que l’on connaît dans le sud de la France sera étendu à toute la France. Par contre pas de tempête à l’horizon : tornades et autres violents orages ne sont pas un signe du climat détraqué, aucun indicateur de montre de lien de cause à effet.

Mutation des paysages et migration des espèces

D’ici la fin du siècle, le changement climatique devrait donc bouleverser les modes de vie et les paysages du midi toulousain. Selon les scénarii, on prévoit 2 à 2,5°C supplémentaires pour le cas le plus optimistes, et 4° à 4,5°C pour le plus pessimiste. Dans tous les cas, Toulouse devra faire face en été au manque d’eau et à la chaleur. On peut se projeter vers un climat semblable à celui du sud de l’Espagne. Ces prévisions, élaborées suivant le modèle du CNRM, laboratoire de recherche de Météo France et utilisées pour les scénarii du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), conduisent les scientifiques à étudier la faune et la flore de demain, car le changement climatique aura un impact indéniable sur le paysage. On peut imaginer une mutation de la végétation vers un panorama représentatif de la Provence, qui s’inviterait dans le sud ouest de manière progressive : chênes verts, et oliviers remplaçants la végétation du midi toulousain. Dans les Pyrénées : épicéas, pins et aulne tendent aussi à disparaître. Enfin, les poissons d’eau froide sont menacés : l’éperlan, l’alose ou encore le flet supportent mal les eaux chaudes et risquent d’aller brasser rapidement vers d’autres flots. Les experts s’attendent donc à des changements importants concernant plusieurs espèces migrantes.


Toulouse sur les traces de Montpellier

En utilisant les données de 14 stations météorologiques représentatives du Grand Sud de la France, l’étude Climfourel, menée depuis 2008, par des chercheurs de l’INRA de Montpellier et Toulouse montre l’extension du climat méditerranéen au-delà de Toulouse et Millau. Le réchauffement climatique aurait donc tendance à déplacer lentement les climats vers le nord. Conclusion : Toulouse est maintenant caractéristique du climat méditerranéen, ce qui est exceptionnel. C’est le premier changement si rapide apparu sur le dernier millénaire.

Quel visage aura la ville de demain ?

Acclimat est un projet de recherche mené depuis deux ans pour trouver des pistes d’adaptation des villes au changement climatique. Il engage le CNRM et des laboratoires scientifiques de calculs mais aussi architectes, géographes, socio économistes et agences d’urbanisme à se pencher sur la ville du futur. L’évaluation scientifique, à l’aide d’indicateurs multicritères, entend répondre aux questions que pose la ville durable : Quels matériaux utiliser ? Quelle politique d’aménagement ? Comment construire les bâtiments, les quartiers et la ville de demain afin de répondre en termes de confort, de sécurité et d’économie d’énergie face au changement climatique ? Premières réponses en 2013.

 

Les Pyrénées sous surveillance

Dans son rapport de 2007, le Giec a identifié les zones montagneuses comme des espaces particulièrement sensibles au changement climatique. En 2010, l’Observatoire Pyrénéen du Changement climatique a donc été créé afin de comprendre les évolutions du climat et d’engager études et réflexions pour en limiter les impacts. L’idée ? Elaborer des stratégies d’adaptation pour protéger au mieux les espaces naturels les plus vulnérables aux caprices du ciel.

 

Aurélie Renne



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