Chambre de Métiers et de l’Artisanat 31 ; Pierre Pérez tire sa révérence

Il est une figure incontournable de la vie entrepreneuriale toulousaine. A la tête de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Haute-Garonne depuis onze ans, Pierre Pérez quittera ses fonctions de président en novembre prochain. Mais ce n’est pas pour autant que la retraite a d’ores et déjà sonné pour ce presque septuagénaire qui a toujours mené de front et avec passion d’innombrables activités. Animé par le travail, l’amour, le militantisme et la fidélité, ses multiples entreprises ont toujours été couronnées de succès : Une carrosserie qu’il fonde en 1967, puis six ans plus tard, le Cled (Comptoir languedocien d’équipement et de distribution), ainsi qu’un réseau de franchises de pose de pare-brise, A+ Glass, en 1993. Aujourd’hui «cet être vrai, sans artifices, à la fibre humaniste» comme le décrivent ses proches, se tourne vers une autre forme de créations et d’expression : après l’écriture en 2006, la sculpture façonne désormais l’avenir de Pierre Pérez, qui avant tout, conserve cette liberté d’être, de penser et de parler que les Toulousains lui connaissent et reconnaissent. Interview.

 
Pierre Pérez, en novembre prochain, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Haute-Garonne aura un nouveau président. Est-ce pour vous un départ à la retraite ?
Absolument pas ! Dans le mot retraite, il y a retrait et je me retirerai lorsque je partirai les deux pieds devant ! Quand j’ai été élu en 1999, j’ai dit que je ne ferais que deux mandats. Aujourd’hui je tire donc ma révérence.

Les retraites justement, sont au cœur de notre actualité. Quelle vision avez-vous du traitement de cet épineux dossier ?
C’est un dossier comme la France entière le sait, qu’il fallait ouvrir. Je serais pour une égalité parfaite entre le public et le privé. Il ne peut y avoir d’un côté, une France qui a la sécurité de l’emploi et dont la retraite est calculée sur les 6 derniers mois d’activité et de l’autre, une France qui doit faire face à l’instabilité de l’emploi, et pour laquelle en plus, la retraite est calculée cette fois sur les 25 meilleures années. Par ailleurs, il est inadmissible que les syndicats ne se soient pas penchés là-dessus plus tôt.

Pourquoi ne l’ont-ils pas fait selon vous ?
Parce que les fonctionnaires font également partie de leur “clientèle”.

Vous qui êtes le porte-parole des artisans, que disent-ils à ce sujet ?
Ils sont au même régime que les salariés depuis 1973 et n’ont jamais rien attendu de personne ! Ils souhaitent que nous défendions les carrières longues, dont ces jeunes qui ont commencé à 15, voire 14 ans, et que les années d’apprentissage fassent partie du calcul des mensualités ; ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

La CMA ne doit pas être une administration

Quelle mesure phare en faveur des artisans et pour laquelle vous vous êtes battu, aura-t-elle le plus marqué votre mandat ?

J’ai tenu à ce que la Chambre de Métiers ne soit pas ressentie comme une administration mais bien comme un outil géré par et au service des artisans ; qu’ils soient porteurs de projet, ou dans le cadre du développement de leur entreprise, d’une transaction, ou de difficultés qu’ils rencontrent avec les organismes bancaires ou sociaux. Pendant les onze ans de ma présidence, j’ai reçu tous les artisans qui le souhaitaient, quelque soit leur problématique.

Cette fonction va-t-elle vous manquer ?
Je n’ai pas pour habitude de rouler toujours les yeux dans le rétroviseur ! Par contre, de toutes les fonctions que j’ai assumées tant au plan national que local, c’est celle qui m’aura le plus passionné.

Pour quelles raisons ?
Parce que comme je vous le disais, cela m’a permis d’être en contact direct avec les artisans et de pouvoir répondre au mieux à leurs besoins.

Pourquoi n’avez-vous jamais envisagé un 3ème mandat ?
Je pense que l’un des défauts français, est de nous croire indispensables. Une fonction telle que celle de Président de la Chambre de Métiers doit être vécue comme une course relais. On passe la main à un porteur d’idées nouvelles. Il ne faut surtout pas que ce soit “sa chose”. Ce n’est pas ma Chambre de Métiers, c’est la Chambre de Métiers et de l’Artisanat et je pense que celui qui va s’engager pour le prochain mandat, le fera avec la pugnacité qui a été la mienne.

 

Une autre vision de l’entreprise artisanale

Vous avez déclaré un jour «vous élever contre tout ce qui va à l’encontre de votre famille», c’est-à-dire les artisans. Allez-vous persévérer dans cette forme de militantisme ? De quelle manière ?
Chaque fois qu’il le faudra ! Je demeure dans les rouages de l’artisanat au niveau régional puisque je reste président régional de la Confédération Nationale de l’Artisanat, des Métiers et des Services. Comme la CNAMS est une organisation syndicale, je conserve toute ma liberté d’expression ! Chaque fois que je me rendrai compte que des annonces gouvernementales vont à l’encontre des intérêts de l’artisanat, j’userai de ma plume et de ma voix.

Quel dossier regrettez-vous ne pas avoir mené à termes ?
Un premier tout d’abord qui n’est pas simplement local mais national : c’est le dossier qui concerne les conjoints d’artisans. Il faut arriver à ce que ces derniers puissent avoir un statut digne de ce nom. Arriver aussi, même si cela sera difficile à relever au plan local, à ce que les organismes bancaires aient une autre vision de l’entreprise, une autre approche financière. Pendant la crise, un certain nombre d’entre eux ont suivi mais beaucoup trop ont laissé les artisans sur la touche.

Des banques à visage humain ?
On ne peut pas demander à un financier d’avoir une vision humaine des choses ! (Rires) Mais qu’il comprenne mieux ce qu’est une entreprise artisanale. Certes l’artisan a des devoirs mais il ne faut pas employer avec lui les méthodes que l’on emploie avec la grande entreprise.

Tout être humain doit s’exprimer

Quel message voudriez-vous passer aux artisans ?
Il est très clair : pour être un chef d’entreprise artisan, il faut plus que jamais arriver à embrasser plusieurs métiers, chaque fois que cela est possible : il y a d’abord le côté technique, puis managérial quand on a des salariés, la gestion, sans oublier tout ce qui est du ressort du marketing. Vous savez, c’est très beau de produire, mais si on ne sait pas vendre… Un artisan doit avoir la tête mieux faite que le chef d’entreprise d’une PME qui peut s’adjoindre les services de collaborateurs performants. Lui doit arriver à tout maîtriser.

Parce qu’il est seul ?
Absolument ! Mais, je vous dirai que le roi est seul. Tout le monde l’est. Or l’artisan ne doit pas hésiter à s’entourer de conseils et à miser un maximum sur la formation.

Président de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Haute-Garonne était une fonction à temps plein. Par quoi allez-vous la remplacer ? On vous connaît une passion pour l’art, et plus particulièrement la sculpture. Pourquoi ce choix ?
Et pourquoi pas ? Peut-être suis-je un homme d’expression ? Quoiqu’il en soit, je considère qu’un être humain doit s’exprimer par tous bords. Je l’ai un peu fait avec l’écriture (Pierre Pérez est l’auteur d’“Eclats de Pierre”, un recueil de 366 formules lapidaires paru en 2006 aux Editions Ixcéa, ndlr) et là je me suis orienté vers la sculpture. Je travaille le bronze. Cette matière me parlait depuis longtemps. Il fallait juste que je prenne le temps et là je profite de ce passage pour le combler. C’est passionnant.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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