Cette monnaie qui fleure bon l’éthique…

Il y a un an, le portefeuille des Toulousains s’enrichissait d’un nouveau moyen de paiement… Le Sol violette. Cette monnaie complémentaire et locale, fait des émules depuis le 6 mai 2011. Elle a pour but de renforcer les structures respectueuses de l’homme et de la nature et de relocaliser l’économie tout en impliquant les citoyens.

Né à l’initiative de Patrick Viveret, ancien conseiller à la Cour des comptes, le sol violette est le fruit d’un rapport sur les nouvelles formes de richesse. Dans cet opus, réclamé par Lionel Jospin une dizaine d’axes de travail étaient mentionnés pour produire des formes de richesse inédites et respectueuses des humains comme de la nature : avec par exemple la création d’une monnaie complémentaire à valeur ajoutée sociale et environnementale. De ce rapport est née une réflexion globale et la formation d’un groupe de travail qui a œuvré pendant plusieurs années à la formalisation d’une monnaie complémentaire. Le projet a enfanté plusieurs monnaies dont le Sol violette. «Ce n’est pas simplement une monnaie locale, car il ne s’agit pas de revenir au Moyen âge ! La dimension de monnaie complémentaire est essentielle : le Sol violette permet en réalité de garder l’euro et de l’enraciner sur un territoire afin qu’il circule à travers un réseau vertueux», explique Patrick Bosqué, coordinateur Sol Midi-Pyrénées et administrateur du mouvement national Sol. Déjà actif à Lille -les précurseurs en région- mais aussi à Nanterre et Grenoble, le Sol est aussi en construction à Lyon. Aux écorchés du passage à l’euro voire à ceux qui sont restés en ancien franc, l’utilisation du Sol reste simple : la parité s’établit à 1 sol pour 1 euro.

 Ne pas se substituer à l’euro

L’idée ? Se réapproprier l’euro. «Le Sol ne tend pas à se substituer à l’euro ! Nous souhaitons qu’il soit attaché à un territoire et qu’il serve d’abord l’économie réelle avant de servir la spéculation internationale» Faire une place au Sol violette dans son portefeuille, c’est donc tenter de consacrer une partie de ses revenus à des achats respectueux des humains et de la nature tout en s’assurant que sa monnaie restera dans un réseau local d’entreprises qui portent les mêmes valeurs. A la clef ? Grâce aux cotisations des solistes (voir encadré), l’ouverture d’un compte épargne solidaire, dont les fonds placés seront clairement affectés à du microcrédit à destination de foyers en situation d’exclusion sociale ou pour financer des projets liés au développement durable. La recherche du profit n’étant pas une fin en soi, les acteurs commerciaux engagés jouent la carte de la complémentarité et non celle de la concurrence. Parmi eux, un bon nombre d’Amap, biocoop et épicerie solidaires, mais aussi certaines associations et lieux culturels*. Pour l’instant intra muros, le Sol violette est en passe d’être utilisé dans toute l’agglomération.

Les Sols violette voient la vie en rose

D’autres monnaies complémentaires existent sur le sol français, notamment «l’abeille» à Villeneuve sur Lot. D’ailleurs un «Réseau des monnaies complémentaires locales» existe mais il n’est pas relié au mouvement sol : «La différence majeure est que les Sols sont convertibles les uns avec les autres dans un souci de création d’un levier national pour que les citoyens puissent se réapproprier la monnaie.» Un soliste toulousain pout donc passer quelques jours à Grenoble et troquer ses Sols violette contre des Sols alpin. Après un an en circulation dans les rues de la ville rose, le Sol violette est déjà un succès : «Nous attendions 150 solistes après un an d’utilisation et en recensons déjà 800. Quant aux commerçants partenaires, ils viennent à nous et demandent à rentrer dans le réseau ! La trentaine attendue s’est rapidement transformée en près d’une centaine… Et le Sol tourne 4 à 5 fois dans l’année, soit 2 fois et demie plus que l’euro.» Il faut dire que tout concourt à inciter les solistes à dépenser leur jolis billets. Car si les Sols ne sont pas utilisés dans les trois mois suivant leur acquisition, il faut alors s’acquitter d’une petite taxe de 2% pour le remettre en circulation. Un procédé bien rôdé qui motive à la consommation locale et responsable et évite la thésaurisation. «Le Sol est un levier sur la finance, il relocalise les transactions pour lutter contre la financiarisation de l’économie».

 «Faire de son argent un bulletin de vote»

Aujourd’hui plusieurs axes de travail sont à l’étude pour pallier aux dysfonctionnements et continuer à semer l’éthique grâce à ces billets fleuris. «Nous tentons d’élargir le cercle des partenaires afin de permettre aux commerçants d’utiliser leurs Sols directement via leurs fournisseurs. En outre, nous travaillons à l’information des salariés, afin de les voir rapidement accepter une partie de leur paiement ou de leurs frais en Sols violette. Enfin nous proposons à nos partenaires de ne plus faire de remise mais d’offrir des sols. Ces pistes d’amélioration nous permettent d’envisager 1200 solistes pour fin 2012 et 130 à 140 commerçants.»

*(pour télécharger la liste des partenaires : http://www.sol-violette.fr/)

3 questions à… Jean-Paul Pla, Conseiller municipal délégué à l’Economie sociale et solidaire.

Jean-Paul-Pla

Une monnaie complémentaire et locale c’est quoi ?

C’est une monnaie non capitalisable, qui ne peut pas être spéculée. Orientée vers des achats éthiques, respectant plusieurs critères, c‘est aussi une monnaie fondante qui perd de sa valeur si elle n’est pas dépensée au bout de trois mois. Monnaie appelée à circuler -différence majeure avec l’euro qui ne tourne que deux à quatre fois en un an- le Sol est appelé à circuler 4 à 6 fois l’année, soit trois fois plus vite que l’euro.

Qui sont ces commerces qui acceptent le Sol ?

Les entreprises partenaires sont engagées dans une démarche éthique, soucieuse des salariés et de l’environnement. Ils s’engagent à respecter les critères spécifiés dans une charte préalablement signée. Le Comité Local d’Agrément du Sol (CLAS) mène par ailleurs un suivi régulier de chaque partenaire.

Le Sol violette a-t-il de l’avenir ?

Sans aucun doute car de nombreux commerces demandent à participer et nous commençons à toucher de nouveaux publics, comme les étudiants ou encore les retraités. Aujourd’hui les solistes viennent de tous horizons : âges, sexes et catégories socioprofessionnelles confondues. Ainsi plus de 120 familles précaires font partie du mouvement grâce à la mairie qui offre 30 sols par mois à une trentaine de foyers défavorisés. L’idée ? Leur donner accès à un autre moyen de consommation. Ce n’est pas juste une monnaie de connaisseur, c’est une monnaie toulousaine ! Economiquement les choses peuvent être différentes dans l’échange, grâce au Sol : et les gens se retrouvent au centre du développement économique. Et non l’inverse. 

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