« C’est pas nous »

Régulièrement on leur dit que rien ne va s’arranger et qu’ils vont connaître des années noires. A mon avis il n’y a rien de mieux à faire pour remonter le moral des jeunes. Leitmotiv : Ils ne disposent pas de marge de manœuvre. Il leur est difficile de trouver un emploi stable et lorsqu’ils travaillent ils se voient forcés de payer pour leurs parents et de cotiser pour une retraite qu’ils n’auront pas. Je résume à grands traits, puisque je ne tiens pas compte de toutes les autres contraintes imposées par la génération précédente. A bien entendre ce qui se dit un peu partout, nous, les enfants nés après la guerre, – les baby-boomers – sommes responsables de tous les maux de la Terre.
Nous avons vécu dans l’insouciance, les “trente glorieuses”, ces années 60 à 90 où toutes les richesses ont été mises à sac. A noter que je mets dans le même pot, les baby-boomers et “les soixante-huitards”. Ces derniers ne sont qu’un échantillon de farfelus, dangereux idéalistes. Dans tous cas, accuser cette génération dans son ensemble consiste à faire abstraction de l’héritage laissé par les parents – les prédécesseurs des baby-boomers – et de l’évolution sociologique des dernières décennies. Il est vrai que chaque génération peut se contenter de maudire la précédente pour justifier de ses difficultés. Je ne crois pas que ce soit la solution. Cela étant, les baby-boomers sont en droit de rappeler qu’ils n’y sont pour rien, puisqu’ils ont trouvé la situation en l’état.

 

«Je ne pense qu’à moi»

Qui avait décidé, pour eux, de la retraite par répartition ? Qui leur a imposé sans qu’ils puissent choisir la capitalisation ? Qui a créé la sécurité sociale ? Qui a mis en place et organisé les syndicats tels qu’ils le sont encore aujourd’hui ? Qui s’est mathématiquement trompé en payant une retraite dès sa mise en place, à ceux qui n’avaient jamais cotisé, laissant déjà le poids de cette dette aux générations suivantes ? Ce sont ceux qui sont nés – et survécu – à la guerre qui ont imaginé tous les mécanismes sociaux, politiques, économiques dans lequel s’est glissée la génération suivante qui, selon une expression à la mode n’a vécu que sur le “je ne pense qu’à moi” sans se préoccuper de la suite. Le reproche que l’on peut adresser aux baby-boomers tient à une connivence idéologique plutôt qu’à une participation réelle aux leviers politiques qu’ils ne maîtrisaient pas dans les années 70. Ils avaient de 20 à 25 ans en 68 ! Ils ont passivement adhéré aux idées parentales en mettant Mitterrand au pouvoir, vieux cheval de retour de la IVème République. (Ministre de l’Intérieur en 1954 : «l’Algérie restera Française»). Que la situation soit claire : Il est à mon sens aussi injuste d’accuser la génération de la guerre que de vouloir absolument tomber sur ceux nés après la débâcle. Cette référence à l’histoire n’est pas neutre. Elle est indispensable pour comprendre la volonté de ceux qui ont voulu construire un système nouveau dans un horizon qui était pour le moins, bouché de tous côtés.
 
L’histoire répondra à la question

L’épopée communiste était en plein développement tandis qu’il convenait de repousser les assauts de l’oncle Sam qui mettait son poids dans la balance. Dans le même temps la Guerre froide tonnait aux portes de la plupart des pays d’Europe qui parallèlement essayaient de démêler l’écheveau dit “colonial”. L’Inde, le Congo, l’Indochine, l’Algérie, l’Angola et d’autres nations émergentes réclamaient leur indépendance, ruinaient l’économie chancelante des nations qui avaient connu la guerre, amputaient la jeunesse et les espoirs de cette génération née avant la guerre et qui voulait… la paix à tout prix. Des moments de troubles dans une période trouble. Il fallait vite répondre aux difficultés intérieures et aux exigences des peuples. Les parents des baby-boomers ont-ils bien fait en agissant de la sorte, imposant une nouvelle organisation sociale et dilapidant les conquêtes ? Dans le temps, l’histoire répondra à la question. Les reproches, les regrets ou les remords ne changeront rien à leurs agissements. Dès lors, les baby-boomers se sont vus infligés des diktats qui n’étaient pas les leurs. Les aménagements dont ils ont hérités sont venus, insidieusement, se heurter à la mondialisation. Arrêtons la mise en œuvre des guerres intergénérationnelles et reconnaissons simplement que chaque génération doit relever ses propres défis.

Une société de paix

C’est d’ailleurs ce que fait la génération d’aujourd’hui – ceux qui ont entre 25 et 40 ans – en sauvegardant, envers et contre tout, une certaine croissance, la culture de leurs ancêtres, l’environnement, construisant l’Europe dans un monde en mouvement. Il est sûr que la jeunesse est actuellement confrontée aux difficultés de l’emploi, à la dette, à des obligations qui demanderont des efforts et des économies d’échelle. Mais il n’en est pas moins vrai que ce n’est pas en traitant les prédécesseurs de “profiteurs”, en conservant des structures désuètes, en multipliant les lamentations, les doutes, voire les constats d’échecs à l’égard de la génération qui décline, qu’on donnera courage et volonté à ceux qui montent au front. Donnons aux jeunes une image positive de l’avenir et pour ce faire il nous appartient de leur faire confiance. Ainsi, à son tour, “la nouvelle géné”, fera  naître des lendemains d’espérance. Un dernier point : La génération des “c’est pas nous” qui va laisser les commandes, a tout de même bâti une société de paix entre les peuples pour le bien de ceux qui allaient les suivre. Rien que cela, “ça vaut”, non ?

Gérard Gorrias


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