Ces clichés qui font Toulouse: Vous avez dit « pain au chocolat » ?

Ô Toulouse, chantait Claude Nougaro. Ses briques rouges, l’eau verte du Canal du midi et les mémés qui aiment la castagne… La belle image traditionnelle de cette ville au sang chaud. Aujourd’hui, deux Toulousains adoptifs, comédiens et trentenaires, racontent leur vision de Toulouse dans une web série qui fait le « buzz ». Deux épisodes sont déjà parus et le troisième est en route. TOU-LOU-SAINS, avez-vous le sens de l’humour ?

 

Mélissa Billard et Fred Menuet, deux acteurs qui jouent actuellement au café théâtre les 3T (rue Gabriel Péri), cartonnent avec leur « web-série 100% toulousaine ». « La vraie vie des Toulousains » et « La Parisienne débarque à Toulouse » ont été vues à elles deux plus de 400 000 fois. « Quand on a tourné la première vidéo, on s’est dit si on fait plus de 10 000 vues, on en fera une seconde », raconte Mélissa. Des attentes largement dépassées.

L’idée est venue sur scène. Les deux comédiens, co-auteurs et acteur du spectacle « 1 de perdu, 10 façons de se retrouver », ont pris l’habitude d’improviser de petites répliques qui font directement référence à des spécificités toulousaines : « Et à chaque fois, la salle  réagit très bien», témoigne Fred. Le concept est trouvé : le sujet est fédérateur et l’humour potache. Reste à définir les clichés dans lesquels tout le monde se reconnaît forcément un peu. « On était obligé de faire un clin d’œil à Airbus, à la chocolatine, au rugby » énumère Mélissa, « ce sont des choses évidentes mais c’est ce qui nous a sauté aux yeux quand on est arrivé sur Toulouse. » Critiqués par certains commentaires de ne pas être de « vrais » Toulousains, les deux acteurs ne sont pas non plus des petits nouveaux dans la ville. Fred, originaire de Vendée vit à Toulouse depuis onze ans, et Mélissa, Parisienne, depuis quatre ans. Ils se sont inspirés de leur histoire pour écrire certains passages. Par exemple, lui, a vécu quelque temps en Ariège, d’où les blagues sur les Ariégeois qui ponctuent les deux épisodes. Elle, a été frappée de voir les Toulousaines férues de rugby : « Lors d’une première soirée entre filles passée ici, je me suis dit : mais on va vraiment regarder le match ? En plus, elles connaissent les règles ! » Mais parmi les premières choses qu’ils ont remarquées, l’influence de l’Espagne dans le mode de vie toulousain, ressort. « L’ambiance festive, la vie en terrasse et les tapas », résume Fred. D’ailleurs le prochain épisode, qui sortira dans « maximum trois semaines » aura pour thème le monde de la nuit. Le texte est écrit, il ne manque qu’à tourner. Pour la première vidéo, les deux comédiens se sont débrouillés avec « les moyens du bord », en demandant à leur entourage de les assister dans le tournage. Pour le deuxième épisode, « il y avait une attente », alors ils ont fait appel à des professionnels « qui sont aussi des copains » comme le réalisateur Christophe Braillion et l’actrice Julie Safon. « Mais on tient à garder l’esprit fait à la maison », précise Fred.

« Toulouse a une image positive à Paris »

Comme une traînée de poudre, les vidéos se sont partagées sur tous les réseaux sociaux et ont même été visionnées à Paris. Didier Saboulard, président de l’association des Toulousains de Paris n’a pas de suite apprécié l’humour de Fred et Mélissa : « Quand je les ai regardés, la première fois, j’ai trouvé ça grossier et en plus ils n’ont pas l’accent. Après j’ai un peu changé d’avis, il faut vraiment les voir avec du recul. » Attaché à tout ce qui constitue « l’identité toulousaine », il a créé l’association pour garder le lien avec ses origines, avec le sud. Presque plus Toulousain qu’un Toulousain, il devient rapidement susceptible quand on s’attaque à ses racines : « Des fois, on me dit que j’ai un accent Marseillais, et quand je reviens sur Toulouse, on me dit que je n’ai plus l’accent, c’est le comble ! » Son accent, il y tient. Comme un petit rayon de soleil dans le ciel gris parisien. « Quand on l’entend, il fait envie car Toulouse a une image positive à Paris », explique Didier Saboulard. La ville et sa région représentent en effet « la qualité de vie, la tranquillité, le soleil et les soirées qui n’en finissent jamais », selon lui. On n’est pas si loin des petites vidéos humoristiques… Il reconnaît d’ailleurs que la vision de Toulouse est rapidement associée « au Stade Toulousain et à l’aéronautique.» Pour Thierry Sebbah, autre membre de l’association, il est quasiment impossible de trouver un défaut à Toulouse, « c’est la ville de province qui fait le plus l’unanimité à Paris », témoigne-t-il, « Marseille est marquée par l’insécurité, Bordeaux est considérée comme une ville trop bourgeoise, mais je n’ai jamais entendu une remarque négative sur Toulouse. » Lui, qui n’est pas natif de la région, et qui n’a vécu que quelques années dans la ville rose (jusqu’à 6 ans) explique cela par « l’épicurisme, la convivialité de la ville, les gens ont une philosophie de vie du bien vivre.»

Petit village chauvin ?

De Paris, tout semble parfait. Mais pour les nouveaux arrivants, la vie toulousaine n’est pas forcément facile à adopter. Emilie Ollivier, responsable communication de l’association AVF Toulouse (Accueil des villes françaises), peut en témoigner : « Il est vrai que les gens sont chaleureux et accueillants, on est vite copains mais il est plus difficile de lier des liens d’amitié. » Arrivée dans la ville il y a deux ans pour suivre son conjoint qui travaille dans l’aéronautique, elle n’a toujours pas trouvé d’emploi. En dehors du dynamisme généré par Airbus, le marché du travail reste compliqué dans la région. Emilie Ollivier n’est pas un cas unique. D’ailleurs l’association a créé un groupe « de jeunes femmes sans emploi qui ont suivi la mutation de leurs époux. » D’autres sont venus à Toulouse « pensant qu’ils trouveraient un travail facilement, et ont été un peu déconcertés. » Or, il est d’autant plus complexe de se faire  des connaissances lorsqu’on est au chômage. Un cercle vicieux qu’essaye de rompre AVF 31, en organisant des activités diverses (sportives et culturelles notamment). De manière générale, Emilie Ollivier constate que les Toulousains forment « une grande famille, dans un petit village où tout fonctionne par le réseau. Certains ont été pénalisés par des recruteurs car ils n’étaient pas d’ici, est-ce du chauvinisme ? Je ne sais pas, mais en tous les cas, il faut au moins deux ans pour s’intégrer à Toulouse. »

Coralie Bombail

 

liens utiles :

« Les Toulousains de Paris », parrainés par Vincent Clerc, font vivre la culture du Sud Ouest dans la capitale. Ils organisent en outre des actions caritatives au bénéfice des enfants malades. Plus d’informations sur : http://www.toulousains2paris.org/

AVF Toulouse accueille les nouveaux arrivants dans la ville rose. L’association regroupe aujourd’hui 430 adhérents et propose de nombreuses activités dans le but de créer un tissu social. Plus d’informations sur : http://reseau.avf.asso.fr/space/avf.toulouse

 



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