Ce Toulousain qui fait décoller les autos

Un scientifique toulousain planche depuis plusieurs années sur un concept révolutionnaire de voiture volante. Nommé Xplorair, l’engin remplacerait dans un futur hypothétique nos tacots actuels. Longtemps perçu comme un doux rêveur, le bonhomme aujourd’hui soutenu par de nombreux partenaires, rafle le gros lot, avec une subvention d’un million d’euros par la Délégation générale pour l’Armement (DGA).

«J’ai toujours eu des projets de ce genre en tête : petit, j’étais fasciné par les fusées, j’en ai construit des tas. Je crois que je suis né avec l’idée Xplorair, mais quand on est ingénieur, c’est un peu plus facile… » Ingénieur Ensica de formation, militaire et pilote d’avion par le biais de son expérience à la DGA, Michel Aguilar conjugue aujourd’hui passion et savoir-faire dans l’ébauche d’un drôle d’engin volant qui pourrait bien supplanter la voiture du particulier. N’en déplaise à ceux qui, campés sur la terre ferme suivent d’un œil sceptique les pérégrinations du scientifique, celui-ci profite désormais d’une coopération industrielle et de financements importants. C’est en 2002 que notre Géo Trouvetou local esquisse les premières ébauches d’Xplorair.«Les calculs de faisabilité se sont enchaînés et une maquette a vu le jour en 2006. Mais le monde de l’aéronautique est très conservateur et je crois que j’étais en avance sur mon temps, on ne me prenait pas au sérieux. Récemment tout s’est subitement débloqué». Aujourd’hui alors que le projet est bien avancé, c’est un véritable consortium que le visionnaire a mis en place, autour de la PME Comat Aérospace, d’un laboratoire poitevin du CNRS et d’un grand motoriste français. «J’ai fini par convaincre les gros bras ! Et une convention a été signée avec la DGA en novembre 2011. Elle ouvre vers un financement permettant la validation de la chambre de combustion du thermo réacteur». Pierre angulaire de l’engin, le thermo réacteur doit permettre des gains de consommation de 15 à 20% : «Avec les technologies actuelles, on ne peut plus faire d’économies… Ce thermo réacteur est une rupture technologique ! J’ai d’ailleurs déposé tous les brevets correspondants, car c’est clairement le propulseur du futur.»

Demain tous pilotes ?

Mais attention, l’inventeur ne s’arrête pas là. Loin de lui l’idée d’aller polluer en altitude. «L’une de mes exigences de base est de faire fonctionner Xplorair au biocarburant ! De toute manière, nous sommes tous face à la même difficulté : il faut trouver un carburant de 3ème génération.» Michel Aguilar a longtemps espéré faire voler Xplorair au tournesol, ce rapport au soleil trouvant résonance à ses yeux… Mais la voiture du futur devrait finalement voler à base d’algues conditionnées génétiquement pour produire des huiles énergétiques. Mieux encore, certains aménagements intérieurs tels que la planche de bord, les sièges ou encore les revêtements acoustiques pourraient être fabriqués à base d’agro matériaux. «La masse est l’ennemie de l’aéronautique», ajoute-t-il, «or ces matériaux sont bien plus légers que l’aluminium.» Ce tacot de une à quatre places, à faire pâlir les plus belles berlines, pourrait décoller verticalement, voler à 2500 ou 3000 mètres d’altitude afin de permettre plusieurs niveaux de circulation. Enfin elle filerait à 200 ou 300 km/h pour une autonomie de 500km. «On accède à la troisième dimension, on peut imaginer des rocades à étages ! Plus de problème de circulation.» Car Michel Aguilar insiste, Xplorair se destine à tout un chacun. Le prix public ? 50 000 euros, soit le coût d’une berline haut de gamme. L’idée est belle et bien de démocratiser la voiture volante et non le brevet pilote ! Que les plus frileux se rassurent, le parachute est prévu… bien qu’à entendre notre visionnaire, la machine est plus que fiable : «Dans l’aéronautique 73% des incidents sont dus à l’erreur humaine, la technique, c’est encore le plus sûr. Pour piloter Xplorair, rien de plus simple et je tiens à ce que monsieur-tout-le-monde puisse s’installer au «volant» : tout sera programmé, il n’aura qu’à pianoter sa destination sur un clavier, le reste sera pris en charge par le système de navigation Galiléo.»

Une commercialisation pour 2019

«D’ici un an, nous aurons la validation du thermo réacteur. Fin 2013, il sera utilisable dans l’aéronautique.» Ensuite il faudra compter deux ans pour fabriquer un prototype volant : «Je compte sur un coup de pouce financier de la recherche européenne, qui soutient les projets de véhicules monoplace… Si j’ajoute le temps de fabrication et de fiabilisation via de nombreux essais, nous devrions pouvoir présenter Xplorair au salon du Bourget 2017 !» Pour une mise sur le marché vers 2019. Le temps que le concept rentre dans les esprits formatés à la circulation terrestre… Et notre savant Cosinus a tout prévu : «En 2050, il faudra plusieurs niveaux pour circuler, on est projetés dans le cinquième élément ! J’imagine tout à fait que chacun décolle de son jardin. Il faudra juste adapter les ronds points en transformant la partie centrale en aire d’atterrissage par exemple.» Ou comment le rêve de tous ceux qui, coincés dans les bouchons regardent le ciel d’un air pensif, prend son envol…

Aurélie Renne



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