Cantona et Mary Poppins

Comme sur les poutres de Montaigne, l’actualité, les chroniques, les interviews semblent donner le “la” d’un contexte politique, économique et social en crise à la veille d’un Noël marqué par une neige inattendue et un froid sibérien au moment même où de Paris à Strasbourg en passant par Toulouse les “chalets” de la “sur- consommation” font leur apparition sur des places qui ne le méritaient pas… dans l’histoire de nombre de villes qui les accueillent.

 
Pour Marcel Gauchet, nous connaissons «une crise économique profonde qui fait ressortir au grand jour ce que personne n’ose trop dire : nous assistons au déclassement de l’Europe et au déclassement de la France à l’intérieur du monde occidental lui-même en perte de vitesse». Et de déplorer que «la chambre à air soit irrémédiablement crevée» rendant inutile et pathétique «la bataille farouche des colleurs de rustine» avant d’affirmer que «c’est notre civilisation dans ses règles de fonctionnement actuelles qui n’est pas durable». De son côté Renaud Camus (qui vient de faire paraître “l’Abécédaire de l’Innocence”) dénonce et déplore la «déculturation» marquée notamment par «l’abolition de toute hiérarchie au sein des arts et des pratiques culturelles» ; Emmanuel Todd craint, quant à lui, que «l’absence de solution économique à la crise, dans des sociétés dont les équilibres psychiques et idéologiques se seraient détériorés très au-delà du stade actuel, pourrait peut-être entraîner la montée d’une véritable violence internationale» ; Hervé Juvin accroît le pessimisme ambiant et la qualification de la crise en soulignant que «la colonisation interne de nos cerveaux, de nos vies, de nos relations et de nos imaginaires par l’économie financière nous a rendu sourds à l’insécurité de la rue et des routes, insensibles à la défiance qui multiplie les badges les codes et les visiophones». Enfin Éric Cantona, fait la une des médias en lançant un appel pour que les gens retirent leur argent le 7 décembre et déclare notamment : «La révolution aujourd’hui se fait dans les banques. Tu vas dans la banque de ton village et tu retires de l’argent. Et s’il y a vingt millions de gens qui retirent leur argent, le système s’écroule.» Il n’est pas sûr, souligne P.A. Delhommais que «Cantona réussisse là où la faillite de Lehman Brothers, les défaillances de la Grèce et de l’Irlande ont pour l’instant échoué». Mais voilà que ressurgit au-delà de l’affrontement des deux “Présidents” en Côte-d’Ivoire, au-delà de la candidature de Ségolène Royal faisant accélérer l’histoire au sein du PS, au-delà des sérieux dégâts de la géopolitique mise à nue par Wiki Leaks posant le problème du rôle de la presse (imprimer ce qui était tu) et de la transparence absolue dans une démocratie où la Raison d’État peut emprunter parfois le chemin des messages diplomatiques – jusque-là secrets – le spectre de la panique bancaire : pas l’émeute du film de Walt Disney “Mary Poppins” mais celle de l’Allemagne et des États-Unis des années 1930. En effet, la crainte c’est la réalité et (peut-être surtout) l’image de nouveaux “bank runs” aux conséquences dévastatrices pour l’économie. Faut-il dès lors face à “Éric le Rouge”, et alors que l’opuscule “l’insurrection qui vient” connaît un succès croissant que le Président Sarkozy, comme Franklin Delano Roosevelt en 1933 décrive le plus simplement du monde le métier de banquier : transformer des dépôts à court terme en prêts à long terme. Faut-il aussi rappeler avec Robert Misrahi que «l’émergence du malheur n’est pas la conséquence de la démocratie mais l’expression de l’insuffisante application de ses principes.»

Stéphane Baumont


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