Canton de Blagnac – Bernard Keller ; Une identité forte

35 000 emplois pour 36 000 habitants. Un bilan plus que flatteur pour le canton de Blagnac et son conseiller général sortant Bernard Keller, de nouveau en campagne.
Dynamisme, équilibre, qualité de vie sont la marque de fabrique du candidat PRG, qui pour ces cantonales, a reçu l’investiture du PS et le soutien du MoDem.
Face à lui, six adversaires, le spectre à la fois d’un deuxième tour
et de l’abstention. Mais c’est avec sérénité que Bernard Keller, à la tête du canton depuis 1998, poursuit son engagement, aux côtés de sa suppléante, Nadine Frappier, adjointe au Maire de Beauzelle. Interview.

 
Bernard Keller, dans quel état d’esprit abordez-vous ces cantonales ?
Avec une certaine sérénité mais aussi avec le sérieux qui prévaut à chaque élection.

Comment selon vous cette élection se profile-t-elle ?
C’est la première fois depuis une dizaine d’années que des cantonales ne sont pas couplées avec une autre élection à caractère local, comme des municipales ou des régionales. Je crains par conséquent l’abstention. D’autre part, étant donné que nous sommes à un an de la présidentielle, il est possible que les électeurs veuillent faire de ces cantonales, un sondage grandeur nature.

Justement, quelle est votre réaction au sondage qui donnerait Marine Le Pen gagnante au premier tour des présidentielles ?
Ce sondage ne me surprend qu’à moitié. Les Français ont pris l’habitude d’exprimer ainsi leur mécontentement. J’espère en tous les cas que ce score ne se vérifiera pas sur Blagnac.

Mais ne reflète-t-il pas tout de même une certaine morosité et la perte des repères pour les Français entre la droite et la gauche ?
Il démontre l’échec de Nicolas Sarkozy. Lorsqu’il a été candidat, le président de la République a ratissé sur les thèmes chers au Front National. Tout en maniant la carotte et le bâton, il n’est arrivé à aucun résultat et cela radicalise les positions de Le Pen.

Pensez-vous que la gauche est responsable de cette montée du FN ?

Ce qui est clair, c’est que la gauche affaiblit Nicolas Sarkozy. Où sont les résultats sur les promesses qu’il a faites ? Où en est-on du «Travailler plus pour gagner plus ?» de la sécurité, de la justice ? Il y a quelques semaines, les magistrats sont allés manifester. Cela ne s’était jamais vu ! Cette insatisfaction déplace une grande partie de l’électorat sur le FN. Quant à dire, que cela pourrait profiter à la gauche, rappelez-vous 2002 ! Cela n’a pas vraiment été le cas !

 

La victoire n’est jamais acquise !

Pour revenir à l’élection cantonale, l’opinion a tendance à penser que contrairement aux nouveaux, les candidats sortants haut-garonnais ne mènent pas de véritable campagne de terrain… Considérez-vous la victoire d’ores et déjà acquise ?
Elle n’est jamais acquise ! Et en ce qui concerne la campagne, je peux vous dire que les camarades socialistes sont avec moi sur le terrain puisque j’ai la double investiture. Je fais d’ailleurs une réunion de clôture de l’avant premier tour à Blagnac le 17 à l’auditorium et j’aurai à mes côtés le maire socialiste de Beauzelle, le maire radical de Mondonville et le maire centre divers de Cornebarrieu. Les réunions publiques, je les ai faites. Par contre, hier (dimanche 6 mars, ndlr), j’ai remis des coupes aux 21 km de Blagnac et il n’y avait pas un seul candidat ! J’étais seul. La veille, j’ai fait 90 km à vélo, je ne les ai pas vus non plus. Dimanche prochain, je fais la randonnée mondonvilloise et je suis presque sûr que ce sera pareil…

Les Verts mènent une campagne assidue…
Pas plus assidue que moi, j’insiste ! Elle est différente. Eux distribuent du papier sur le marché, moi j’y fais mes courses ! (Rires)

Leur entrée au Conseil Général de Haute-Garonne serait-elle une avancée ?
J’aurais mauvaise grâce à dire que ce ne serait pas bien de les y avoir. Ils sont dans la majorité du maire que je suis. Je les côtoie par ailleurs à la communauté urbaine du grand Toulouse. Cela ne présenterait aucun désagrément.

 

Recentralisation

Vous avez six concurrents à ces cantonales. Il y aura certainement un deuxième tour…
Oui, il y aura une dispersion des voix qui me paraît peu propice à une élection au premier tour à laquelle j’aurais pu rêver. Il est dommage que la gauche se divise, ici comme ailleurs. A force, cela peut avoir un certain risque.

Quatorze candidats à ce scrutin sont Sans Etiquette. Que pensez-vous de leur engagement ?
Comme n’importe quelle autre, cette élection est importante et je pense que certains y vont uniquement pour faire de la représentation, en se disant que peut-être, ils pourront avoir plus de poids au scrutin suivant. C’est dommage parce qu’une élection, c’est sérieux. Et il me semble qu’il faut y aller quand on a des chances de résultats pour pouvoir assumer de vraies responsabilités dans les affaires locales.

Vous évoquiez le fort risque d’abstention. Est-ce parce que les Français sont lassés de voir toujours les mêmes aux commandes ?
C’est possible. Je fais d’ailleurs partie de ceux qui sont persuadés de la nécessité de revoir complètement le fonctionnement de nos institutions territoriales. Mais la maladresse fondamentale de Nicolas Sarkozy a été de poser d’abord le problème de la fiscalité. Quelle erreur ! Je me flattais d’avoir un territoire marqué par le dynamisme de son industrie. Mais c’est l’Etat qui va décider dans sa magnanimité de péréquation, à qui il va redistribuer la Taxe Professionnelle. C’est ni plus ni moins une recentralisation. Avec cette nouvelle forme de fiscalité, on a coupé le cordon ombilical de la relation citoyenne de l’entreprise avec son territoire.

 

Dynamisme, équilibre de développement, qualité de la vie

A ce propos, le Conseil Général de Haute-Garonne serait le 10ème le plus endetté de France…

Oui mais il a une capacité d’autofinancement que beaucoup d’autres n’ont pas. Tant que l’on investit sur l’avenir, même si on fait un petit peu payer aux générations suivantes les services, les équipements qu’on leur a apportés, j’estime que ce n’est pas complètement dénué de sens.

Les Conseils Généraux ont en leur sein très peu de femmes. Faut-il y remédier ?
Bien sûr. La parité érigée en loi a pour moi un côté stupide mais elle a permis de faire arriver les femmes où elles en sont aujourd’hui. Il est clair qu’il y a une inadéquation dans la représentation de l’électorat. Qui plus est, non seulement il n’y a que des hommes mais en plus, il y a une surreprésentation du monde rural au détriment des femmes et du monde urbain.

Quelles sont vos motivations pour le canton dans les trois ans qui viennent ?

Je voudrais d’abord rappeler qu’on a oublié que ce canton, pris essentiellement sur le canton XIII de Toulouse, n’existait pas avant que j’en devienne le conseiller général. Il a fallu lui donner une identité et un certain périmètre d’existence et j’ai le sentiment sans fausse modestie d’y avoir participé, de lui avoir donné cette identité forte en termes de dynamisme – 35 000 emplois pour 36 000 habitants – d’équilibre de développement, et de qualité de la vie. Il va falloir poursuivre dans cette direction.

 

DSK, candidat en 2012 ?

Comment faites-vous pour convaincre ?
Je vois toujours le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. C’est mon tempérament. Je vois toujours un aspect positif aux choses. C’est une caractéristique du monde économique, et heureusement d’ailleurs ! Sans cela, il n’y aurait pas de créateurs d’entreprises, de preneurs d’initiatives. Dans le milieu de l’aéronautique que je connais bien, on prend des risques. Qui aurait cru par exemple il y a 40 ans qu’Airbus serait le premier constructeur mondial ? Il fallait être fou. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut mettre ensuite en convergence tous ceux qui ont besoin de réaliser une partie du projet. Dès qu’il y a cette convergence, le reste suit naturellement. Seul on n’est rien.

Ce scrutin cantonal est le dernier avant la présidentielle. Quel est votre candidat en 2012 ?

DSK. C’est celui qui me paraît le plus proche de la philosophie politique des radicaux de gauche. C’est un républicain de gauche, un démocrate. Il est réaliste économiquement. Mais ce que je déplore, c’est que dans le parti socialiste, il y ait des rêveurs de la société socialiste au sens marxiste du terme. Qu’on le veuille ou non, l’économie est mondiale, le développement est planétaire et les travers sont doubles : le risque du totalitarisme marxiste dont on a vu l’échec cinglant avec l’Union soviétique, et celui de l’ultralibéralisme financier, dont les effets auraient pu être dévastateurs sans interventionnisme puissant de grands pays, comme les USA mais aussi le FMI. Avec un homme comme Strauss Kahn, on devrait pouvoir instiller une plus grande conviction à nos partenaires européens d’abord, de l’obligation d’ingérence de la puissance publique dans le monde économique. A condition de construire une véritable Europe politique ! Et je pense qu’un homme comme lui, a les qualités pour y arriver. Et puis la stature qu’il a acquise au FMI lui donne une dimension internationale que n’a pas Nicolas Sarkozy.

Vous pensez que DSK va se présenter ?
L’autre jour à la télé, j’ai vu un candidat. Je pense qu’il va se présenter. Je vous dirais même que je le souhaite.

Propos recueillis
par Claire Manaud

Canton de Blagnac
Beauzelle, Blagnac,
Cornebarrieu, Mondonville


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