Café-Théâtre des Minimes ; «L’humour marchera toujours»

Le Café-Théâtre des Minimes a ouvert cette semaine une seconde salle de 200 places. L’occasion de revenir sur le succès de ce lieu culturel toulousain avec son directeur et créateur, Jamin Chtouki.

 
Jamin, vous êtes originaire de Belgique et aujourd’hui à la tête du café-théâtre des Minimes. Comment un comédien belge finit-il directeur de salle à Toulouse ?
J’ai démarré en Belgique dans un duo avec Alil Vardar, les “Fous Alliés”, que nous allons d’ailleurs reprogrammer aux Minimes cette année (jusqu’au 30 octobre, ndlr). Nous avons commencé par une scène ouverte organisée par un grand comique belge, Marc Herman. A l’époque, j’étais étudiant et nous reprenions avec Alil des sketches d’humoristes. Nous n’avions aucune formation artistique : moi j’étais destiné à travailler dans les assurances ou à percer dans le sport, et Alil n’a même pas son Bac ! Puis on a commencé à écrire nos propres textes qui ont plu au public. On a monté un spectacle complet qu’on a présenté par la suite au Festival d’Avignon. Pourtant, nous n’étions vraiment pas bons ! Mais on était enthousiastes, dynamiques, originaux. A force de travail et de rencontres, on a grandi pour au bout de 10 ans cartonner avec notre duo. Puis on s’est séparés après être arrivés à Toulouse, où nous avons connu un gros succès au 3T. Alil en a repris la direction avant de repartir. Moi je suis resté ici car j’adore Toulouse. Vous savez, en Belgique, il ne pleut qu’une fois dans l’année, à partir du 20 juillet… mais pendant 360 jours ! (rires). De comédien, je suis devenu metteur en scène puis auteur, producteur et enfin directeur de salle. Aujourd’hui, je ne me vois pas ailleurs qu’à Toulouse car même si je suis un saltimbanque, j’ai besoin d’un pied-à-terre avec ma famille.

Vous avez quitté le théâtre des 3T en 2006 après une année passée en tant que directeur artistique. Que s’est-il passé depuis ?
Je n’étais pas propriétaire mais, comme vous le dites, juste directeur artistique, ce qui fait toute la différence. Avec les propriétaires des lieux, nous avons eu des conflits d’opinion et à l’issue de mon unique saison aux 3T, j’ai été évincé. J’ai eu l’opportunité d’ouvrir ma propre salle et donc de lancer mes propres projets, au côté de Maïva Huguet (actuellement responsable communication du café-théâtre, ndlr) et de sa maman, malheureusement disparue depuis. J’ai trouvé un local aux Minimes qui était mieux qu’au 3T. La première année, suite à l’ouverture en novembre 2006, a été difficile, à la limite du dépôt de bilan, car nous n’avions pas de financiers. En tant que structure commerciale, nous n’avons droit à aucune subvention publique et les banquiers ne sont pas attirés par la culture. L’un d’eux m’a même dit qu’il me suivrait volontiers si je voulais ouvrir un camion de pizzas ! On a avancé tant bien que mal avec du personnel qualifié et une ambiance conviviale, qui est le maître mot de mon théâtre. A force de pugnacité, je suis tombé sur un financier qui nous a aidés et cela a tout décanté. J’ai obtenu les droits du “Clan des divorcés” et les Chevaliers du Fiel sont venus roder leur nouveau spectacle. La machine était lancée ! Il y a un vivier d’artistes dans le domaine de l’humour à exploiter dans la région, que l’on ne met pas assez en avant. Tout ce qui avait été envisagé a été mis en place : cours de théâtre avec des comédiens locaux, faire jouer des amateurs, privilégier la création… même si nous avons encore des projets dans les cartons.

 

«Un lieu convivial»

Et cette semaine, vous avez ouvert une seconde salle…
L’idée d’une deuxième salle me trottait dans la tête depuis un petit moment, à la fois pour des projets artistiques et financiers. J’étais bloqué avec une seule salle car j’étais partagé entre mes envies et mes obligations pour payer les charges et frais généraux. Des spectacles qu’on adore ne peuvent pas être forcément programmés car on ne peut pas prendre le risque qu’ils ne marchent pas. Quand nous avons eu l’opportunité d’ouvrir une seconde salle, on a foncé. On voudrait fidéliser notre clientèle et programmer des pièces ou des one-man shows novateurs, auxquels il faut laisser du temps.

La programmation sera donc encore plus riche cette saison ?
On va rallonger le temps de programmation de nos spectacles avec entre les pièces, un one-man show ou autre chose de différent pendant une semaine. Avec cette salle de 200 places, on va pouvoir faire plus de scènes “découverte” comme pour Ary Abittan, petit protégé de Gad Elmaleh.

Pour les novices, comment définiriez-vous un café-théâtre ?
Quand on a créé le lieu, on a hésité sur le nom. En fait, le terme café-théâtre correspond à notre identité. Je me revendique comme un amuseur public, je ne suis pas un comédien de Théâtre avec un grand “T”. Le café-théâtre est un lieu convivial, avec un bar où l’on peut consommer, des chaises, des tables. En même temps, nous disposons d’une salle de 200 places, on est loin du petit boui-boui !

Le café-théâtre des 3T, le 57, les Chevaliers du Fiel qui vont ouvrir prochainement une salle à Toulouse… Comment vivez-vous cette concurrence ?
On se tire la bourre de façon cordiale, on reste attentifs à ce que font les autres. C’est important de se remettre en question. On va essayer de monter des partenariats avec les Chevaliers du Fiel. La concurrence est saine tant qu’on se respecte. Par contre, c’est vrai qu’il y a beaucoup de salles qui ouvrent mais Toulouse a une population qui explose chaque année. Je mise là-dessus. Et puis il va y avoir un écrémage naturel : ceux qui sont attentistes et assistés, qui ne vont pas s’adapter en changeant leur fonctionnement, vont chuter. Tous les vieux soixante-huitards directeurs de salles commencent à partir et des trentenaires arrivent pour avancer. Le changement de mairie a déjà élagué pas mal de choses car la gauche n’aide pas la culture. Ils ne financent pas les projets qui les intéressent avec une subvention mais avec une aide matérielle, contrairement à la droite.

 

«Diffuser les créations»

Sentez-vous qu’aujourd’hui les gens ont besoin de rire pour s’évader d’un quotidien difficile ?
L’humour marchera toujours. Mais rire lorsque les temps sont difficiles, est encore plus important. Les gens se font chier au boulot, dans leur vie, la télé ne propose que des émissions nases… Le seul refuge qu’ils ont trouvé est le rire. Ce qui est paradoxal car les comiques sont aujourd’hui bridés. A la télé ou à la radio, il n’y a plus une seule émission d’humour.

Que nous conseillez-vous cette saison au café des Minimes ?
Tout ! (Rires) On a essayé d’être variés. “On s’aime boudu con” est une pièce bien toulousaine basée sur des saynètes, mais qui reste compréhensible par un large public. “Ma sœur est un boulet” est une pièce jouée par un trio. “Le mariage nuit gravement à la santé” est du vaudeville, un Feydeau moderne. Je vous conseille aussi Ary Abittan, dans son spectacle poétique : il a un énorme potentiel, dans la veine d’un Gad Elmaleh. Nous innovons avec Carrington-Brown, un spectacle d’humour musical. Nous proposons également “Faites l’amour avec un belge”, dans lequel je vais jouer et où les personnages sont inversés : le mari est romantique et la femme va voir le foot et boit des bières. C’est de l’humour absurde et décalé. Enfin, “Un homme vite” est un trio de nanas, ce que j’aime beaucoup car les dialogues sont crus mais pas vulgaires. On se rend compte que les femmes sont parfois plus lourdes que les mecs quand elles se retrouvent entre elles. Chaque année, on crée un festival autour de la Journée de la Femme mais on galère à trouver des artistes féminines. Il existe pas mal de solos mais elles ne sont pas médiatisées. Celles qui se démarquent sont celles qui sont originales et qui n’essaient pas d’imiter les mecs. Il faut plus de talent chez une femme car c’est plus difficile pour elle de percer.

Quels sont vos projets à long terme ?
Nous souhaiterions diffuser toutes les pièces en France et dans les pays francophones. Nous aimerions également les diffuser de par mes connexions au Maroc, qui est une terre à défricher. Créer des équipes qui vont monter les pièces avec des artistes locaux, comme nous avons fait à Toulouse.

Propos recueillis par Sophie Orus

Café-Théâtre des Minimes
6 rue Gélibert et 77 avenue des Minimes
31200 Toulouse
05 62 72 06 36


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