Ça fume chez les buralistes !

Tous les dimanches à partir du 5 décembre, les buralistes en colère vont bloquer l’accès aux frontières espagnoles afin de protester contre la fin des restrictions en matière d’importation de tabac.

 
Ils sont en colère et n’ont pas l’intention de «l’écraser» ! Les buralistes du Grand Sud protestent contre la fin probable des quotas en matière d’importation de cigarettes via l’Espagne. En effet, les 8 et 9 décembre prochains, les députés devront se prononcer sur cette mesure, sous la pression de Bruxelles qui pointe du doigt une exception bien française. «Cette décision ne nous enchante pas mais nous sommes obligés de l’appliquer faute de quoi la France sera condamnée par la cour de justice des communautés européennes», se justifiait le ministre de la Santé, Xavier Bertrand. Déjà atteints par les augmentations régulières du prix du tabac, les buralistes ont décidé de faire front face à cette nouvelle annonce : «Depuis des années, le gouvernement français a mis en place une politique de santé très dure vis-à-vis du tabac, ce que nous comprenons», explique Gérard Vidal, président des buralistes de Haute-Garonne. «Mais sous prétexte de vouloir faire plaisir à Bruxelles, il met à mal les professionnels implantés aux frontières. S’il n’y a plus de limitation, on peut dire qu’il y a contradiction et que la politique du gouvernement est hypocrite.»
Aujourd’hui, le paquet de cigarette le plus vendu en France coûte 5,90 euros contre 3,85 en Espagne. Depuis 2003, le prix a augmenté de 50 %, sans pour autant diminuer le nombre de fumeurs qui se rabattent sur le Pas-de-la-Case, le Perthus ou Bossost : «Un paquet sur quatre jeté dans les rues n’a pas été acheté en France», dénonce Gérard Vidal. «Il y a quelques semaines, un trafic a été démantelé à Toulouse. En quelques mois, des vendeurs à la sauvette avaient empoché 400 000 euros avec des paquets de cigarettes importés ! Il faudrait sérieusement songer à une harmonisation des prix en Europe.»

 

100 fermetures en Haute-Garonne

Pour les buralistes du Grand Sud, le manque à gagner se fait déjà sentir depuis plusieurs années et les fermetures de magasins s’enchainent : en Haute-Garonne, on compte 350 professionnels et une centaine a déjà plié boutique depuis 2003. Sur l’ensemble du pays, ce sont 600 fermetures dont 300 dans les zones transfrontalières. Beaucoup pensent à diversifier leur activité mais les missions de service public promises par le gouvernement en 2003 peinent à se mettre en place.
Afin de montrer leur mécontentement, les buralistes prévoient des opérations escargot tous les dimanches à partir du 5 décembre aux abords des frontières espagnoles, à Saint-Béat, au Perthus et dans le Pays Basque. Les commerçants interpellent également les députés qui voteront le texte la semaine prochaine. «Tout le monde est perdant dans cette histoire car l’Etat taxe jusqu’à présent à hauteur de 81 % sur le prix du paquet, ce qui lui rapporte chaque année 13 milliards d’euros. Avec la fin des restrictions et la multiplication de réseaux parallèles, l’Etat va perdre de l’argent», conclut Gérard Vidal. Les semaines à venir s’annoncent donc tendues pour les buralistes qui après le vote des parlementaires devront faire face à une nouvelle mesure actée pour début janvier : l’apposition “d’images chocs” sur les paquets de cigarettes.

Sophie Orus


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