Brigitte Barèges; Remédier aux inégalités

S’il existe une ville où la journée internationale de la femme revêt un sens tout à fait particulier, c’est bien Montauban. Depuis 3 ans, y ont lieu “les Journées Olympe de Gouges” en hommage à l’auteur de la Déclaration des droits de la Femme et de la citoyenne.Toute une manifestation autour d’une «pionnière», d’une «visionnaire», à laquelle est attachée Brigitte Barèges, député-maire de Montauban qui elle aussi, se bat depuis toujours pour le respect des droits de la Femme.

 
Madame, vous qui avez œuvré pour les droits des femmes et l’égalité des chances entre les hommes et les femmes en tant que secrétaire de la Délégation de l’Assemblée nationale, quelle importance cette u-nique journée de la femme revêt-elle ?
Comme toutes les dates symboliques, la journée internationale de la femme n’a pas pour origine un seul fait historique. Elle symbolise les luttes, les revendications, les débats et le parcours silencieux de millions de femmes dans le monde entier. En 1857 et en 1911, à New York des travailleuses du textile protestent contre leurs mauvaises conditions de travail. Un événement particulier va marquer ces manifestations le 25 mars 1911, un groupe de manifestantes trouve la mort lors d’un incendie, n’ayant pu s’échapper à temps (les portes de l’usine étaient fermées pour que les travailleurs ne sortent pas avant la fin de leur journée de travail). Une autre référence historique importante, c’est bien entendu, la conférence internationale des femmes socialistes en 1910 à Copenhague où Clara Zetkin propose la création d’une journée internationale de la femme. Enfin, le 8 mars 1917 (23 février du calendrier russe) des femmes travailleuses sortent dans les rues pour déclencher une grève générale pendant la Révolution Russe. En un siècle et demi les femmes ont conquis l’égalité juridique et législative dans de nombreux pays du monde. Mais cette égalité reste à conquérir dans les faits. La journée internationale reconnue officiellement par les Nations Unies en 1977 et en France en 1982 est là pour nous rappeler les avancées des droits des femmes, mais surtout elle nous invite à réfléchir sur la condition de la Femme dans le monde entier. C’est une journée qui doit nous aider à dresser le bilan des progrès accomplis, identifier les difficultés à surmonter et se pencher sur les décisions à prendre pour améliorer la place des femmes dans notre société, qu’il s’agisse de la sphère privée ou professionnelle.

Pourquoi avoir mené ce combat ? Il vous tenait à cœur pour quelle raison ?

Le combat pour le respect des droits des femmes et de l’égalité des chances est un sujet qui m’est particulièrement cher comme tous ceux qui visent à protéger les opprimés. Avocat, j’aimais à défendre les femmes mais aussi les enfants victimes de violence. Comme l’écrit l’historien Olivier Blanc à propos d’Olympe de Gouges, «je me considère plus humaniste que féministe».
A l’Assemblée Nationale lors de mon premier mandat législatif, je faisais partie de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des hommes et des femmes et, à ce titre, j’ai  été désignée rapporteur du projet de loi sur les propos discriminatoires à caractère homophobe et sexiste dont le contenu figure dans les textes fondateurs de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité). En fait l’injustice, sous toutes ses formes, me révolte. Il n’y a aucune raison en effet, pour que les hommes et les femmes n’aient pas les mêmes droits.  

Pensez-vous que cette égalité des chances est pour demain ?
Pour demain, non, car hélas, il reste encore beaucoup à faire. Il faut rester vigilant, car nous sommes parfois tentés de considérer comme résolue la question des droits de la femme. Il n’en est rien : l’actualité médiatique nous rappelle à chaque instant le sort de millions de femmes blessées dans leur corps et leur esprit. Ensemble, nous devons intensifier nos actions pour que soient enfin reconnus les droits essentiels de la femme. Car une Nation qui ne s’interroge plus sur la place qu’elle réserve à la femme dans ses valeurs, comme dans son mode de vie, se condamne à l’égoïsme et au repli.

Quels seraient vos prochains chevaux de bataille en ce qui concerne les droits des femmes ? Que faudrait-il améliorer dans leur quotidien ?
Avec plus de 80 % de femmes actives, la France est l’un des tous premiers pays pour le travail des femmes. Elles ont déjà conquis une place essentielle dans tous les domaines de la vie économique, créant des entreprises, innovant, prenant des risques, prouvant quotidiennement leur talent à des postes de direction ou dans des métiers qui ont souvent été réservés uniquement aux hommes, y compris dans le sport (par exemple dans celui de “la voile en solitaire”). Je me suis toujours battue pour le respect des droits de la Femme et notamment dans le milieu professionnel. Aujourd’hui, à compétences égales, des inégalités salariales existent entre hommes et femmes. Il est donc indispensable de remédier à cette situation. Je tiens ici à souligner que la loi sur l’égalité salariale entre les femmes et les hommes que j’ai eu l’honneur de voter en 2006 à l’Assemblée Nationale, fixe aux partenaires sociaux l’objectif de supprimer les écarts de rémunération dans toutes les entreprises d’ici décembre 2010. Mais je pense aussi au combat que mènent de nombreuses femmes dans les quartiers sensibles qui se battent pour le respect, la laïcité et la liberté. Elles nous rappellent que rien n’est jamais acquis.

 

Vous venez d’être nommée aux côtés de Patrick Devedjian, Parlementaire en mission pour conduire une évaluation sur le plan de relance. Comment considérez-vous cette nouvelle tâche ? Comme une reconnaissance ?
Notre Premier Ministre vient effectivement de me nommer Parlementaire en mission auprès de Patrick Devedjian, ministre chargé de la mise en œuvre du plan de relance, à l’échelle de 4 Régions : Midi-Pyrénées, Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes. Ma mission sera de favoriser son application rapide sur le terrain et de conduire une évaluation de ce plan. En Juin 2009, nous aurons l’occasion d’établir un premier bilan et de permettre ainsi le démarrage effectif des 1 000 premiers projets d’investissements retenus par le Comité Interministériel d’Aménagement et de Compétitivité des Territoires (CIACT). Au cours de cette période, je m’efforcerai de répondre aux deux exigences contenues dans ma lettre de mission : efficacité et célérité, car j’ai conscience de l’ampleur de la crise économique qui s’abat sur notre pays et de l’urgence qui s’impose à nous de la combattre par tous les moyens en préservant l’emploi.

Vous avez été élue première femme maire de Montauban. Quel souvenir gardez-vous de cette victoire ?
Un souvenir inoubliable : cela faisait 36 ans que la ville de Montauban n’avait pas connu d’alternance, je suis devenue, de fait, la première femme élue maire de Montauban. Au cours des premières réunions, je me suis surprise à remarquer que j’étais la seule femme présente, cela m’a rappelé mes débuts d’avocate, métier autrefois essentiellement exercé par des hommes. Lors des premiers entretiens d’embauche de mes collaborateurs, on m’avait conseillé de leur demander s’ils n’étaient pas gênés d’être dirigés par une femme. Puis consciente que cette question était ridicule parce que, de toutes les façons, le postulant ne me répondrait jamais oui, j’ai fini par ne plus poser cette question. D’ailleurs, elle ne me paraît plus d’actualité aujourd’hui.

Comment arrivez-vous à conjuguer vie politique, professionnelle, familiale ?

J’ai réussi à conjuguer vie professionnelle, vie familiale (j’ai 3 enfants) et vie politique durant plusieurs années, à l’époque où je n’exerçais aucun mandat. Mais dès que j’ai été élue maire, puis député, j’ai souhaité me consacrer exclusivement à l’exercice de mes mandats et n’exerce donc plus mon métier d’avocat, à ce jour.

Montauban a fêté la femme ce 8 mars. En quoi est-ce important pour votre ville ?

Le 3 novembre 1793, Olympe de Gouges, née Marie Gouze, est guillotinée, condamnée par un tribunal révolutionnaire pour avoir osé écrire, dans un dernier pamphlet, que chaque département doit pouvoir choisir sa forme de gouvernement (s’opposant ainsi à l’indivisibilité de la République). Déçue par la Déclaration des droits de l’homme de 1789, Olympe de Gouges répond à ce texte en rédigeant la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Les femmes, dit-elle, ont «le droit de monter sur l’échafaud, elles sont donc en droit de monter à la tribune». Inspirée par la philosophie des Lumières elle prône aussi une «chaîne d’union fraternelle» entre femmes, qu’elles soient «femmes publiques» ou «femmes de la société». Figure de proue du combat pour l’émancipation des femmes, cette pionnière se bat sur tous les fronts, avec bon sens et modération. Dénonçant l’esclavage, militant en faveur de la création d’un théâtre national pour les «auteures», elle défend le droit au divorce, celui des filles-mères et des prostituées. Elle propose un nouveau contrat social dans lequel elle demandait déjà que les enfants puissent porter le nom de leur père ou de leur mère (en France, cette loi entre enfin en vigueur au 1er septembre… 2003 !). «Pensez à moi et souvenez-vous de l’action que j’ai menée en faveur des femmes, je suis certaine que nous triompherons un jour !» écrit Olympe de Gouges. C’est pourquoi cette journée internationale de la femme revêt un sens tout à fait particulier pour la ville de Montauban qui l’a vue naître. C’est d’ailleurs pour rendre un hommage à cette femme de conviction et à son engagement politique que la ville de Montauban organise depuis 3 ans, des “journées Olympe de Gouges”, événement culturel où conférences, expositions et documentaires sont programmées sur le thème des droits de la femme dans le théâtre qui porte désormais son nom.

Y a-t-il une femme que vous admirez ? Pour quelle raison ?

Olympe de Gouges fut une pionnière et une visionnaire à bien des égards. Par les nombreux combats qu’elle a menés avec courage et conviction contre toutes les formes d’inégalités, elle reste le symbole emblématique de la révolte contre les injustices et de la libération des femmes. Cela lui a d’ailleurs coûté la vie. Elle force donc l’admiration pour avoir eu le courage d’aller au bout de ses convictions.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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