Brigitte Barèges ; Martin Malvy au-dessus des lois ?

C’est du moins ce que l’on pourrait penser au vu des éléments et de la décision qui aura été rendue favorablement au Président de la Région Midi-Pyrénées… En effet, le Conseil d’Etat vient de valider les résultats des élections régionales de 2010 en Midi-Pyrénées en rejetant les recours du Front National demandant leur annulation. Avec pour conséquence première d’imposer à Brigitte Barèges, sa principale opposante et dans le délai d’un mois, d’abandonner l’un de ses trois mandats ; à savoir de maire de Montauban voire de députée de Tarn-et-Garonne ou de conseillère régionale. Mais l’élue UMP en profite pour pointer du doigt ce que l’on pourrait appeler deux poids deux mesures, en matière de respect de la législation électorale…

 
Brigitte Barèges, le Conseil d’Etat a rejeté le recours contre l’élection régionale de mars dernier. Vous a-t-il aujourd’hui notifié de sa décision ?
Non, je n’ai rien reçu à ce jour (à l’heure où nous imprimons ces lignes, ndlr). Monsieur Martin Malvy, qui a fait cette annonce à la presse vendredi (7 janvier, ndlr) bénéficie apparemment d’informations privilégiées avant tout le monde… Et je précise que contrairement à ce que j’ai lu dans la presse locale, ce n’est pas moi mais le Front National qui à l’époque, a engagé ces recours.

Cette décision vous place aujourd’hui en cumul des mandats. Avez-vous pris votre décision quant au mandat que vous allez abandonner ?
Non, j’ai un mois pour le faire. Ce que je peux vous dire en revanche, c’est que je voudrais conserver le mandat utile. Mais cette décision, je ne suis pas seule à la prendre.

Si vous abandonnez votre mandat de conseiller régional, cela ne va-t-il pas enfermer l’opposition dans un ronronnement préjudiciable pour toute ambition de reconquête ?

Je ne veux pas polémiquer d’autant que je n’ai rien à dire sur le mandat précédent car je ne faisais pas partie de cette équipe. Mais il est vrai que ces six dernières années, l’opposition ne s’est pas trop faite entendre. Or celle-ci doit servir d’aiguillon, être constructive, tout en marquant sa différence. Depuis cette élection, même si nous avons approuvé 80 % des décisions qui ont été prises, lors de chaque assemblée avec force d’arguments, nous rappelons au Président Martin Malvy qu’il manque d’ambition sur des sujets fondamentaux pour notre région.

Des postes trop importants pour qu’on les brade

Dans le cas de votre retrait régional, qui serait le nouveau leader de votre groupe “Osons Midi-Pyrénées” ?
Nous allons débattre de cette question avec les élus de mon groupe, mais soyez assurés que je continuerai à être très présente sur le plan régional et ne manquerai pas de préparer l’avenir avec mes amis. 2014, ce n’est pas si loin.

Vous aviez déclaré il y a quelques mois que vous préfèreriez garder la région…
Oui parce que je suis une élue locale. Je me sens plus motivée par des actions concrètes sur un territoire régional, comme je le fais à Montauban depuis dix ans. Ce qui m’intéresse c’est d’agir, d’essayer de faire avancer les choses. Ce que l’on fait à l’assemblée est intéressant aussi. C’est peut-être moins concret, plus intellectuel même si cela prépare le reste. Et puis on porte aussi la voix de la région, la voix du terrain. Ce n’est pas rien.

Le désistement de votre mandat de députée de Tarn-et-Garonne entraînerait une législative partielle et un risque pour l’UMP ?
Oui, ce serait peut-être ennuyeux pour le parti que je représente, puisque nous sommes en région, peu nombreux. Sur les huit départements de Midi-Pyrénées, il y a trois autres députés UMP – Carayon (Tarn), Marc Censi et Alain Marc (Aveyron) – ainsi que deux sénateurs radicaux valoisiens – Aymeri de Montesquiou (Gers) et Alain Chatillon (Haute-Garonne). S’il y avait une législative partielle pour me remplacer, cela ne signifierait pas que nous perdrions cette circonscription. Mais il est notoire de reconnaître que dans notre région, il nous est plus difficile de nous faire élire qu’ailleurs. Sans oublier qu’un député a deux rôles : il travaille à Paris à l’élaboration des lois mais en circonscription également pour expliquer et promouvoir la politique du gouvernement. C’est important d’avoir des relais sur le terrain. Ce genre de postes est trop important pour qu’on les brade. C’est en fait la discussion que j’ai eue en juin avec le Président de la république et nous allons en reparler très prochainement.

Quoiqu’il en soit, vous ne “lâcherez” pas Montauban ?
Non, je l’ai toujours dit. C’est mon mandat de cœur, le premier.

 

Revoir la loi

Par ailleurs, vous avez déclaré regretter que dans cette affaire, le Conseil d’Etat ait fait l’impasse sur le premier tour des élections régionales…
Même s’il n’est pas d’usage de commenter les décisions de justice, on se doit quand même de porter quelques réserves à cette décision. En effet, à l’origine, le rapporteur public, chargé de l’instruction du dossier pour la cour, avait retenu un élément qui lui paraissait suffisamment important pour qu’il demande explicitement aux juges qu’il soit examiné : l’inéligibilité de Mme Delga, actuelle vice-présidente du Conseil régional, et de M. Houi, aujourd’hui directeur général adjoint du Conseil régional. Alors aujourd’hui, je ne peux que regretter en effet que les juges se soient contentés d’apprécier cette élection au regard des éléments du seul second tour alors que le recours ne portait que sur le premier tour. Ce choix des juges gomme en effet la portée du recours, qui était notamment motivé par la présence au premier tour sur la liste de Martin Malvy d’une de ces personnes au moins qui, selon les requérants, n’aurait pas dû y figurer en raison de sa qualité de cadre salarié de la collectivité régionale, ce qui est strictement prohibé par la loi. Je considère que ce choix pose un problème de morale politique car il pourrait laisser penser que, dans ce type d’élection, dès lors que l’écart de voix n’est pas extrêmement réduit (pour qu’une élection soit annulée, il faut que des anomalies aient été constatées au cours de la campagne ainsi qu’un faible écart de voix, ndlr), tous les excès sont permis, y compris au mépris manifeste des lois et règlements. Cette décision ne tend qu’à renforcer ma détermination à faire que la politique change dans notre région.

Vous dénoncez également des “pratiques” similaires en Ile-de-France et en Midi-Pyrénées…
En tout état de cause, l’insistance avec laquelle M. Malvy a évoqué cet arrêt suffit à montrer la fébrilité dans laquelle vivait l’exécutif régional qui mesurait le risque de voir retenus par les juges des griefs dont certains étaient similaires à ceux évoqués contre l’élection de M. Jean-Paul Huchon en Ile de France. Je pense à ce propos que Monsieur Huchon va être déclaré inéligible et que cela fait peur aux socialistes. En effet, la règle légale veut que durant les douze mois qui précèdent l’élection, quelque soit la collectivité que vous présidez, vous vous absteniez de vous servir des moyens de votre collectivité pour faire votre campagne. J’y suis très attentive à Montauban. Je ne fais pas d’éditos sur le journal municipal, je ne mets même pas ma photo. Quant aux communications que nous faisons, elles le sont à titre très informatif. C’est très rigoureux et même contraignant. Or Monsieur Malvy ne s’est pas privé de continuer à faire ses éditos très politiques sur les différents journaux de la région. Il y a eu des campagnes de promotion avec notamment celles concernant les grands sites touristiques, ou les transports. C’est anormal et nous l’avons mis en avant devant le Conseil d’Etat. En tant que députée, je veux m’en émouvoir et ne manquerai pas de faire une tribune sur ce sujet. Peut-être faut-il revoir la loi…

Propos recueillis
par Claire Manaud


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