Brigitte Barèges ; « Je suis mieux placée que Martin Malvy »

Dans une région à très forte dominante socialiste, son combat en est véritablement un. D’autant que depuis plusieurs semaines, les jeux sont annoncés comme d’ores et déjà faits et que des querelles intestines ont agité en Haute-Garonne son propre camp. S’appuyant sur sa gestion montalbanaise qu’elle met en avant, Brigitte Barèges, “BB”, comme elle se nomme elle-même, croit en sa chance car elle sait avoir les arguments et l’expérience pour faire vaciller la majorité sortante.

 
Brigitte Barèges, comment pouvez-vous légitimer votre ambition de conquérir la région alors que vous avez eu beaucoup de mal à vous imposer à Montauban ?
Je crois avoir eu le mérite de gagner Montauban en 2001, alors que personne ne m’attendait, avec une triangulaire avec le FN au second tour. C’est vrai que j’ai conservé Montauban de justesse en 2008 mais dans un contexte assez défavorable pour le parti politique que je représente. Donc je considère comme un succès d’avoir conservé Montauban.Vous y sentiez-vous à l’étroit ?
Pas du tout. Je pense qu’il y a un vrai défi pour notre région. Les enjeux européens, la réforme des collectivités territoriales vont lui donner encore plus de poids. A ce titre-là, je considère qu’il ne fallait pas laisser passer ce rendez-vous électoral. Ce qui m’a déterminée à me présenter, c’est l’injustice. Je subis sur la ville de Montauban, aussi bien de la part du Conseil général que régional, une politique de petits copains, de clientélisme, de saupoudrage en direction de ceux qui votent dans leur sens. C’est scandaleux ! Ce sont des gens qui n’ont que le mot “démocratie” à la bouche, qui veulent donner des leçons dans tous les domaines, mais en réalité il n’y a pas plus hégémoniste, plus despotique. Je vous donne un exemple : il paraîtrait que la CGT a fait pression pour que je n’aille pas visiter une entreprise de Haute-Garonne que je ne nommerai pas. Alors qu’à l’inverse, Martin Malvy s’est invité dans une entreprise de bâtiment de ma ville, dirigée par des amis politiques. Ils étaient très gênés mais je leur ai dit de faire ce qu’ils avaient à faire. Voyez, nous n’avons pas du tout la même approche. Pour moi, le combat politique doit être à armes égales. Or aujourd’hui on est dans l’iniquité totale aussi bien sur la gestion des collectivités que sur la gestion médiatique. J’ai bien conscience d’être la femme à abattre de Midi-Pyrénées mais nous allons essayer de changer les choses, de prendre cette région pour montrer ce que nous pouvons faire.

 


Toulouse a perdu de sa superbe

Que reprochez-vous à la gestion de Martin Malvy ?
Qu’il n’y ait justement pas de gestion, pas de bilan. Cela fait douze ans que cette personne est à la tête de cette région. Des défis majeurs auraient dû être relevés.

Lesquels ?
Sur l’aménagement du territoire par exemple. On n’a pas pensé qu’en laissant débouler cinq autoroutes qui viennent de tout Midi-Pyrénées, le périphérique toulousain serait saturé aux heures de pointe. On aurait dû penser bien avant à un schéma régional d’aménagement du territoire avec une complémentarité entre la route et le rail, bien cadencé avec de vraies gares multimodales sécurisées à quinze ou vingt kilomètres de Toulouse. Il faut penser aussi à cette agglomération toulousaine qui va continuer à enfler, et accompagner ce développement métropolitain dont nous bénéficions tous. D’autant que Toulouse a perdu de sa superbe, de son influence au profit de Bordeaux. Mais il ne faut pas désertifier encore plus nos territoires ruraux. Nous avons besoin de garder de la vie économique dans nos départements car il y a là des savoir-faire, des entreprises en demande d’aménagement du territoire, d’accessibilité, de très haut débit… C’étaient les promesses de 2004 du candidat Malvy. Il ne les a pas tenues. Qui plus est, Martin Malvy n’a pas tellement l’habitude que l’on parle de son bilan. Je le regrette.

Justement, Martin Malvy dit que les élus UMP contestent sa politique une fois tous les 6 ans. Que lui répondez-vous ?
Je ne suis pas conseillère régionale sortante. Je me suis plainte de sa politique à mon niveau et chaque fois, j’ai obtenu ce que je voulais parce que je lui ai tenu tête ! Martin Malvy n’aime pas le conflit. Quand j’ai commencé à évoquer le contrat d’agglomération de Montauban, quand j’ai dénoncé sa politique clientéliste sur la fiscalité, entre autres, je me suis rendue compte qu’il aimait bien enterrer les choses, calmer le jeu. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a cette image de bon grand-père de famille. Mais je ne veux pas juger les hommes, je veux juger la gestion, le résultat.

 

Mieux redistribuer l’argent

Mais que font les élus UMP à la région ?
(…) Je ne veux pas critiquer… En tout cas, pour ma part, si je ne suis pas élue à la présidence de la région, je n’y resterai pas. J’ai le courage de le dire. Etre dans l’opposition pour ne rien faire, pour émarger, ce n’est pas ma façon de voir les choses.

Si vous êtes élue, quelles seront vos priorités ?
L’un des vrais défis majeurs au côté de l’aménagement du territoire, c’est l’économie. Aujourd’hui Martin Malvy dit «L’emploi, ce n’est pas moi, c’est l’Etat». C’est en tout cas, notre priorité. J’ai eu la chance l’an dernier d’être parlementaire en mission désignée par le premier Ministre pour suivre le plan de relance et essayer d’accompagner nos secteurs les plus en crise tels que le BTP. L’Etat a injecté un milliard d’euros en Midi-Pyrénées au titre du plan de relance, tout confondu, pour les routes, le rail, l’université, les logements sociaux… Ca a plutôt bien marché. Quand l’Etat met un maximum d’argent sur un secteur en souffrance, on évite ce que l’on voit de l’autre côté des Pyrénées, en Espagne. Sans parler de la Grèce ! C’est grâce à Nicolas Sarkozy si l’on a évité le pire. Mais cette crise est toujours là, cette campagne me l’a révélé. Dans tous les secteurs, il y a une vraie angoisse et dire aujourd’hui «Je n’y peux rien», c’est dramatique ! Si Martin Malvy ne sait pas faire, je me propose d’y aller ! Ce que je dénonce, c’est le sel que l’on distribue n’importe comment, sans réfléchir aux priorités, le gaspillage. Son journal de campagne est un catalogue de bonnes intentions mais on ne peut pas tricher avec les chiffres !
400 millions d’euros, soit 40 % du budget régional sont consacrés à la formation professionnelle. Là pour le coup, ce n’est pas du saupoudrage ! Mais j’aimerais savoir pourquoi par exemple, les professionnels de l’auto ne trouvent pas de chauffeurs poids lourds ? Il y a vraiment une inadéquation entre l’emploi et la formation.
Je “flingue” également ces agences régionales avec leurs noms ronflants : Midi-Pyrénées Innovation, Midi-Pyrénées Expansion… qui comme par hasard, ont à leur tête, M. Cujives, M. Malvy ; des élus régionaux qui doivent émarger… Et à l’arrivée, que distribue-t-on aux entreprises pour les soutenir ? Même pas 11 % pour Midi-Pyrénées Expansion, même pas 25 % pour Midi-Pyrénées Innovation. Ce n’est pas notre politique. Moi c’est l’efficacité, le pragmatisme. Nul besoin d’augmenter les impôts, il suffit de mieux redistribuer l’argent. C’est ce que je fais à Montauban depuis neuf ans. Pour moi la politique, c’est de l’action avant tout. Et puis comme on n’a que quatre ans, il faut être efficace rapidement.

 

La lutte des classes, la lutte des places

Mais si la réforme des collectivités territoriales passe, ne craignez-vous pas que celle-ci freine vos ambitions ?
Mais non ! Je vous en supplie, ne relayez pas ce faux message ! Comme la gauche ne veut pas que l’on parle de son bilan, son premier enjeu de bataille depuis six mois, c’est cette réforme, qu’au passage, ils avaient appelée de leurs voeux quand ils étaient aux affaires, à l’époque de Chevènement et compagnie ! Cette réforme vise tout simplement à simplifier le mille-feuilles administratif dont la France est championne du monde. Mais comme ici, mis à part l’Aveyron, les élus sont tous à gauche, ils sont vent debout parce qu’ils voient bien qu’ils vont perdre toutes leurs prérogatives. L’avantage de cette réforme, applicable en 2014, c’est que l’on va arrêter d’être tout le temps en période électorale. Nous aurons deux rendez-vous démocratiques : tous les cinq ans, on élira le président de la République et les députés et tous les six ans, les maires et les conseillers territoriaux qui seront à la fois les représentants des départements et des régions. Ce qui représentera une économie en termes d’indemnités d’élus, ainsi qu’un gain en termes de lisibilité, d’efficacité sur le terrain. Car lorsque tous les conseillers territoriaux de nos huit départements parleront enjeux régionaux, ils le feront avec le même langage. Ils seront sans relais, en lien direct avec les préoccupations. La gauche est toujours dans la culture de l’affrontement, la lutte des classes, la lutte des places. Nous, sommes dans l’efficacité, l’union.

Vous considérez votre bord politique comme un atout pour la région ?
Oui. Pour un maire comme moi, très isolé dans une hégémonie de gauche, être le VRP de ma ville m’a beaucoup servi. J’ai pu aller taper aux portes des ministères pour recevoir des aides que je n’obtenais pas des collectivités. Et c’est bien ce que je compte faire si je suis élue.
De grands enjeux sont devant nous : l’Etat va emprunter plusieurs milliards d’euros pour permettre aux collectivités et aux entreprises volontaires de relever les défis de demain : sur les transports, les énergies renouvelables, le numérique, l’aérospatial, l’aéronautique, l’université, la recherche… Sur tous ces sujets, Midi-Pyrénées a été trop absente alors qu’il y a un vrai potentiel. On a pris du retard et je pense que je serai mieux placée que Martin Malvy pour récupérer le plus possible d’argent de ce grand emprunt. 

 

Gérard Onesta n’est pas vert…

On prévoit pour cette élection, une abstention supérieure à 50 % au 1er tour…
Tant mieux. Cela nous fait des réserves de voix.

Mais n’est-ce pas le fait d’alliances électoralistes que les Français ne supportent plus, comme vous l’avez fait avec le PRG Thierry Deville ?
Je considère que l’abstention est due au désintérêt, au manque de culture politique. On ne sait pas à quoi sert la région. D’où l’importance de la réforme dont nous venons de parler. Quant à ceux qui me reprocheront Thierry Deville, ils voteront FN. Tant pis ! C’est dommage mais j’espère qu’ils voteront utile au second tour. Je ne regrette pas l’ouverture. Thierry Deville est l’un de mes poids lourds, il pèse sur la ville, il a ses réseaux. C’est un redoutable orateur. Il a encore plus de fougue que moi. L’adversité nous motive. Vous savez, j’essaie très sincèrement de fédérer des énergies, des talents autour d’un projet parce qu’il y a de vrais enjeux. Il y a des gens honnêtes partout et il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Non, je ne regrette pas ce choix stratégique, même si je sais qu’un jour, Thierry Deville voudra peut-être briguer le poste de député que j’occupe actuellement. Et alors ? Je ne vais pas me pérenniser dans un mandat. La différence entre Picquet, Onesta, Malvy et moi, c’est que eux, n’ont vécu que dans la politique, alors que j’ai été 30 ans avocat avant de faire de la politique.

Quelle sera votre stratégie au second tour ?
Je me présente, figurez-vous ! Je compte persévérer ! (rires)

Quid d’une association avec le MoDem ?
J’ai de bons rapports avec Arnaud Lafon. Il est pris en otage par son patron national qui ne veut pas d’alliance avec l’UMP. J’appellerai au vote utile comme je l’ai fait à Montauban en 2001.

Prendrez-vous des MoDem sur votre liste ?
Non. La stratégie d’alliance a été faite au premier tour et cela ne changera pas entre les deux tours.

Mais vous ne rejetez pas par la suite Europe Ecologie ?
Gérard Onesta a très mal vécu que je lui tende la main, alors que nous pourrions avoir des accords de gouvernance suivant le nombre de sièges des uns et des autres. Après tout, nous ne sommes pas si éloignés que cela, sauf qu’il est rouge et pas vert.

La tête de liste Haute-Garonne d’Europe Ecologie dit de vous que vous êtes «une caricature du libéralisme»…
Oui, mais cela n’est pas un programme ! J’ai bien compris que leur programme majeur à tous, c’est tout sauf “BB”. Sauf que le sortant, ce n’est pas moi et que j’ai un vrai programme. Sur le développement durable et l’énergie, ces sujets environnemen- taux que l’on possède bien en tant que maire et député, on peut faire très bien au niveau de la région. Si Gérard Onesta ne veut pas de nous, nous ne ferons rien ensemble. Ce n’est pas grave…

La transparence pour tous les candidats

Vous avez reçu tout récemment le soutien de Dominique Baudis. Qu’est-ce que cela représente pour vous ? N’est-il pas un peu tardif ?
C’est une belle image. J’ai beaucoup d’admiration pour Dominique Baudis. Je l’ai soutenu comme je l’ai fait pour Christine de Veyrac aux Européennes. Je joue toujours le jeu de la famille… C’est lui qui m’a conseillé d’être tête de liste en Haute-Garonne. Je lui ai proposé d’être dernier sur notre liste mais il m’a mise en garde contre d’éventuels problèmes avec “l’autre camp”… C’est d’ailleurs à l’occasion de cette campagne que j’ai découvert cette culture des clans en Haute-Garonne. Je la trouve lamentable. Et je n’oublie rien…

Dès 1992, avec l’ex-juge Thierry Jean-Pierre, vous participez dès à la création de l’association Forum Démocratie Justice. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
La transparence a été la raison première de mon engagement en politique. Ce principe suppose en particulier que nos concitoyens aient le droit de connaître la situation patrimoniale de leurs élus. Pour ma part, parce que je n’ai rien à cacher et que je considère qu’il s’agit là d’une obligation morale. A chacune des élections où j’ai été candidate que ce soit aux municipales ou aux législatives, j’ai été amené à publier mes revenus et finalement quoi e plus normal. De la même manière, pour cette campagne électorale, chacun pourra consulter sur mon site internet l’état de mes revenus. Ainsi, dans le même souci de transparence, je demande à tous les candidats aux élections régionales en Midi-Pyrénées d’en faire de même, de publier leurs revenus. Il est temps de faire de la politique autrement en Midi-Pyrénées. Cet exercice démocratique y participe.

Propos recueillis
par Claire Manaud
 
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