Bouchons : y a-t-il des solutions ?

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L’agglomération toulousaine est attractive. Chaque année, elle accueille 20 000 nouveaux arrivants… et les voitures qui vont avec. Mais les infrastructures suivent-elles cette évolution démographique ? C’est le cœur du débat qui agite les politiques locaux et qui sera un sujet phare des prochaines élections municipales. La majorité actuelle a mis en place de nombreux dispositifs alternatifs à la voiture, dont le tramway (une deuxième ligne, reliant les Arènes au Palais de Justice inaugurée le 20 décembre prochain, ndlr), le vélôToulouse, des voies de bus en sites propres, la ligne Noctambus sans oublier le projet controversé du BHNS (Bus à Haut Niveau de Service) censé relier Plaisance-du-Touch à Matabiau d’ici 2017. Egalement dans les cartons, le prolongement de la ligne B de métro jusqu’à Labège prévu pour 2018. Le tout accompagné d’une politique favorable aux jeunes, avec un tarif préférentiel de 10 euros par mois (déplacements illimités) pour les moins de 26 ans. De quoi inciter à laisser sa voiture dans le garage. Ce que tout le monde ne peut, ou ne veut, pas faire. Pour l’opposition, cette politique se résume à « des petits projets qui ne sont pas à la hauteur des enjeux de l’agglomération », dénonce Jean-Luc Moudenc. Il avance que « d’ici moins de 30 ans, l’INSEE prévoit 500 000 habitants de plus. Or, le PDU (plan de déplacement urbain) actuel est clairement sous dimensionné. » En d’autres termes, « ce n’est pas un bout de tramway ou un BHNS qui vont régler le problème. »

Le grand contournement : un grand débat

Une des solutions proposées en son temps par Jean-Luc Moudenc pour fluidifier la circulation toulousaine était de construire un grand contournement autoroutier reliant « l’autoroute de Narbonne-Montpellier à celle de Paris-Bordeaux », explique l’élu. L’objectif était de désengorger le périphérique actuel en permettant aux poids lourds et plus généralement au « trafic de transit » d’éviter la rocade toulousaine. Projet « abandonné par la municipalité actuelle et qui n’a été remplacé par aucun autre. » Il sera relancé si Jean-Luc Moudenc est élu en mars 2014. Mais l’idée ne crée pas le consensus. Dans la tribune de notre édition précédente, le conseiller régional Didier Cujives n’a pas mâché ses mots sur la question : «  Pour mémoire, je rappelle qu’il y a eu un débat public sur le sujet en 2007, qui a conduit l’Etat à refuser ce projet en 2008. A cela s’ajoute que le fait d’augmenter l’usage de la voiture est contraire aux recommandations du Grenelle de l’Environnement. Quant à l’idée qui consiste à assener que cela réduirait le trafic de transit, il est  utile de repréciser que celui-ci ne concerne que 8% du trafic du périphérique. » (Tribune gratuite sur www.lejournaltoulousains.fr) Les Verts ne sont pas plus tendres envers ce projet : « C’est une fausse bonne solution, Jean-Luc Moudenc fait de la démagogie. Il oublie de dire que ce sera une autoroute payante et selon la commission nationale menée par le gouvernement UMP, cela ne permettrait d’absorber que 2% du trafic. Vu le coût énorme engendré, on ne pourrait pas développer d’autres transports en commun », plaide Antoine Maurice, candidat EELV aux prochaines municipales.

Quelles solutions ?

Chacun y va de sa proposition, mais les programmes électoraux n’étant pas encore révélés au grand jour, certains cultivent le mystère… « Notre projet en matière de transports sera révolutionnaire et peu coûteux », promet Hervé Boco, chargé du projet de la candidate UDI, Christine de Veyrac. Beau programme… Mais encore ?  « Le doublement des rames de métro, favoriser l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite, redéfinir des lignes de bus pour qu’elles rejoignent plus facilement le métro » compteront parmi les propositions de la candidate. « Des idées, il y en a beaucoup. Encore faut-il qu’elles soient réalistes au niveau budgétaire et nous tiendrons compte de cette contrainte », précise Hervé Boco. Jean-Luc Moudenc n’est pas beaucoup plus précis. Outre le grand contournement, il revient sur les projets lancés lors de sa mandature « qui ont été retardés ou annulés », mais son programme « ne sera pas un copié-collé de l’époque, des solutions nouvelles seront proposées le moment venu. » Les Verts sont plus loquaces sur ce sujet, qui est au centre de leurs préoccupations. Toujours dans une position délicate –un pied dans la majorité, un autre en dehors- ils évoquent leur vision d’une politique « plus ambitieuse », sans pour autant renier totalement le bilan de la municipalité actuelle. Parmi leurs idées, « mettre en place en coopération avec la Région, des Tram-Trains dans l’agglomération (ndlr), augmenter le nombre de lignes Linéo à douze d’ici la fin du prochain mandat, instaurer un ticket unique de transports étendu à l’ensemble du réseau TER et des bus Arc en ciel du Conseil général », cite Antoine Maurice, qui n’oublie pas les modes de déplacement « doux », dont le vélo. « Nous voulons développer un réseau express vélo, un REV (sorte d’autoroute cycliste sécurisée, ndlr), qui permet de réduire les temps de trajet », indique l’écologiste. Cette idée, inspirée des initiatives danoise, allemande ou belge, part du constat qu’un nombre important de personnes prend la voiture pour des trajets de moins de 5 km. La majorité actuelle a également des solutions à faire valoir, qui s’inscrivent dans la continuité des projets déjà lancés. « L’objectif est de poursuivre le maillage du réseau en surface sur un territoire le plus large possible. Les projets à venir complèteront ce réseau petit à petit, comme la prochaine ligne de Tramway ou le futur BHNS Portet-sur-Garonne /Oncopole », avance Joël Carreiras, adjoint au maire en charge du budget et vice-président de Tisséo. Autre réalisation attendue pour 2017 à Toulouse : le téléphérique ou « l’aérotram », qui reliera l’Oncopole à l’université Paul Sabatier. « C’est une solution innovante qui permettra de transporter 7000 personnes par jour, pour un coût beaucoup moins élevé que le tramway », souligne l’adjoint.

« Je suis serein sur notre bilan »

Pour l’équipe en place, l’heure est au bilan en vue des prochaines élections municipales. « Il est difficile de mesurer l’impact des mesures que nous avons prises sur la circulation car il faut au moins quatre ans pour voir si tel ou tel dispositif fonctionne », reconnaît l’élu. Aujourd’hui, la part de la voiture correspond à 74% des déplacements dans l’agglomération. « On voudrait faire baisser ce taux à 70% d’ici 2020, faire évoluer la part des transports en commun de 16 à 23% et celle des transports doux de 5 à 10% », détaille-t-il. Si les chiffres ne sont pas encore très glorieux, Joël Carreiras souligne un point positif : « La fréquentation du réseau de surface a augmenté de 54% depuis 2008, preuve que nous avons fait de bons choix ». Le tram est en revanche légèrement à la traine avec 25 000 voyageurs par jour, « mais je ne suis pas inquiet, avec l’urbanisation qui va se développer sur les quartiers de la Cartoucherie et d’Andromède, ce chiffre va vite augmenter. » De manière générale, il insiste sur la volonté politique de faire des transports une priorité, en avançant que la subvention de la communauté urbaine à Tisséo a « augmenté de 200% » par rapport au mandat précédent. Si Joël Carreiras se dit « serein sur notre bilan », il restera à convaincre les Toulousains dans la prochaine campagne de terrain.

L’œil de la rocade

Ces deux dernières semaines la rocade toulousaine en a fait râler plus d’un. Et pour cause, certains jours il a fallu plus de deux heures à certains automobilistes toulousains pour rallier Toulouse Nord à Blagnac. Pourtant des opérateurs très discrets veillent sur le périphérique à la manière de big brother et tentent chaque jour de faire sauter le bouchon. Rencontre.

Au diable préjugés, si la ribambelle de klaxons laisse parfois croire à un laisser-aller côté bitume, il n’en est rien. Car le périf toulousain a ses maîtres et ils veillent au grain selon un découpage un peu particulier. Globalement, la rocade ouest est gérée par la Dirso (Direction interdépartementales des routes du Sud-Ouest) quand le côté Est est aux mains d’ASF, ou plutôt de Vinci Autoroute. Entre les deux, le cœur des automobilistes balance… de plus en plus doucement. « Nos missions communes consistent en l’exploitation, l’entretien des routes et les interventions nécessaires sur le réseau. » Concrètement ce sont une cinquantaine de caméras côté ouest, des capteurs camouflés dans la chaussée -tous les 500 mètres côté ouest et tous les kilomètres côté est- qui permettent d’avoir l’état du trafic en temps réel toutes les minutes. « Grâce aux données collectées, on est capable d’extrapoler pour constater les bouchons, mais on n’arrive pas encore à les prévoir ! » explique un responsable à la Dirso. La mission de ces professionnels du bitume est alors d’informer l’usager via les panneaux à messages variables sur la rocade, les sites internet, les systèmes embarqués et la radio. « Le constat que l’on fait aujourd’hui, c’est que nous sommes sur une rocade en limite de saturation, au maximum de la capacité offerte. Cela se traduit par un chiffre clef : la section la plus chargée, est celle comprise entre Bordelongue et l’échangeur de Purpan. On est à 40.000 véhicules/jour. C’est énorme : sur une autoroute à trois voies, pour écouler toutes ces voitures, la vitesse optimale du flux est de 50 à 70 km/h. » D’un point de vue global aujourd’hui le flux de voitures s’autorégule, c’est-à-dire « qu’en limitant sa vitesse, on parvient à écouler le flot de voitures, mais dès qu’il y a un petit souci, on est immédiatement dans un régime de bouchons. On n’a plus les capacités nécessaires pour écouler l’ensemble du trafic» indique-t-on à la Dirso. Ce responsable précise que les Toulousains doivent s’attendre à au moins deux journées de ce type dans la semaine. Pour tenter d’enrayer ce phénomène, quelques outils dont un premier réflexe bien intégré de la Dirso et Vinci Autoroute : travailler ensemble afin d’éviter la rupture d’informations d’une concession à l’autre. De plus un partenariat avec le PC Capitoul qui gère les feux de la ville de Toulouse permet notamment à Vinci autoroute de les solliciter en cas de saturation d’une bretelle pour qu’ils accélèrent les fréquences des feux et que la retenue se résorbe.

 Faut-il s’inquiéter ?

Si des travaux achèvent aujourd’hui le passage de la rocade en deux fois trois voies, cela ne règlera clairement pas tous les problèmes. On risque même un « appel d’air » d’après la Dirso qui a lancé auprès de cabinets d’études spécialisés quelques pistes à creuser pour optimiser l’utilisation de la rocade :

-régulation dynamique de vitesse (baisser la vitesse à 80 km/h ?)

-régulation d’accès (systèmes de priorité pour faire rentrer les véhicules par paquets)

-affecter des voies au covoiturage ou aux transports en commun

 En chiffres

- 18km : la longueur moyenne d’un bouchon dans la partie Ouest de l’agglo 

-34 km : la longueur moyenne de la rocade

-3000 : le nombre d’événements perturbants par an (accidents, fermeture d’autoroute, objets qui trainent, etc.)

- 120 000 : le nombre de voitures circulant en moyenne sur la portion Est chaque jour.

 

 Conseils :

-si l’on peut décaler son départ d’un quart d’heure plus tôt ou plus tard

-pratiquer le covoiturage (on observe que le taux d’occupation des véhicules est en grande majorité limité à une personne) ou le stop « organisé » avec le site Rezopouce.fr

-Louer un vélo pliant à la Maison du vélo, une solution peu coûteuse et pratique

-Prendre l’habitude de s’informer au quotidien avant le départ et adapter son itinéraire notamment grâce aux nouvelles technologies :

Les Applis IPhone : mobus toulouse, « Toulouse bouge », Bus 3, etc.

Les sites internet : Mobi phone (tisseo), Toulouse déplacements, etc.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Aurélie Renne et Coralie Bombail



10 COMMENTAIRES SUR Bouchons : y a-t-il des solutions ?

  1. STEELSCOOTERSHOP dit :

    Il y a également la solution de transport deux roues motorisées pour ceux ne pouvant pas faire le trajet à vélo ou avec les transport en commun (trajet de 10 à 30Km, pb d’arret de TC etc, etc).
    Aujourd’hui il existe des solutions de scooter fiable, sécurisés, économique…

    Une alternative aux bouchons !!!!

  2. mouret dit :

    Que nos axes soient équipé de d’immenses tapis roulants exit la pollution et autres bouchons. Ça relancerait les grands travaux, pourquoi pas des autoroutes sur ce modus opérandi..?

  3. PIECOUP dit :

    Moudenc peut toujours donner les explications qu’il veut. Son Maître Baudis a tout fait pour ne pas aller vers une logique d’agglo pour ne pas perdre son petit pouvoir. Résultat, un petit métro qui ne sort pas de Toulouse et des dettes monstrueuses.
    On peut dire qu’il n’était vraiment pas visionnaire et encore moins urbaniste. Résultat : 15 années de retard.

  4. JEAN dit :

    Nos édiles ne sont pas visionnaires.Il y a plus de 20 ans que l’on parlait d’un second anneau de rocades…mais au nom de l’écologie les propositions n’ont pas été suivies.Toutes les grandes métropoles ont pratiquement doublé leurs rocades: Bordeaux, Montpellier…les élus de gauche comme de droite n’ont rien prévu et renforcent seulement les transports en commun…pourquoi se déplacent-ils avec des voitures de fonction et chauffeur ?
    Nous allons doucement vers une asphyxie de l’agglomération et personne ne se soucie de faire les réserves foncières pour l’avenir des déplacements…

  5. JEAN dit :

    BOYCOTTONS le centre de Toulouse et faisons vivre l’extérieur…celalamènera peut être à la raison

  6. Claude Doussiet. dit :

    Les socialistes et les écologistes toulousains n’ont pas de quoi être très sereins!!! La façon dont ils ont négligé, par purs dogmatisme et idéologie la circulation automobile sur Toulouse et sur l’agglomération, mérite un carton rouge vif!!! Et M. Cohen persiste dans bricolage, le nez sur ses travaux urbains et dans son manque de vision pour l’agglomération toulousaine. Nous y reviendrons.

  7. L'autre son de cloche toulousain dit :

    Le plus triste est que ni les uns ni les autres n’ont , à 4 mois des élections, réellement de projet alternatif COHERENT pour Toulouse. Ils auraient du y travailler (avec de vraies compétences!) depuis des années! Alors aujourd’hui l’opposition se tortille toujours, ils balancent n’importe quoi et nous font croire, sur le ton de la gravité qui masque l’incompétence qu’ils ont quelque chose sous le coude…Avec une telle opposition Pierre Cohen peut hélas dormir tranquille…
    On ne corrige pas en quelques mois plus de 15 ans de “conneries” souvent faites en toute complicité ! Et Dominique Baudis n’y est pour rien…les “conneries” sont venues depuis!

  8. Claude DOUSSIET dit :

    Les socialistes et les Verts n’ont pas de quoi “être sereins”. Ils faudra qu’ils rendent des comptes d’avoir , par dogmatisme et idéologie négligé la circulation automobile dans l’agglomération..Nous en reparlerons…

  9. L'autre son de cloche toulousain dit :

    Curieux que certains commentaires ne soient pas acceptés! Va-t-il falloir tourner “correctement” en rond sur toutes les questions de fond toulousaines…Les Toulousains apprécieront!

  10. stephane dit :

    une gare de train, metro ou tram dur le site Airbus eviterait bien des bouchons !

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