Bilan 2008; Moins de délinquance, plus de violences

La Haute-Garonne enregistre un bon bilan pour l’année 2008 en termes de lutte contre la délinquance, notamment grâce à l’arrivée des Unités Territoriales de Quartiers. Mais les violences volontaires et les escroqueries financières persistent.

 
«Je suis satisfait du travail des services de sécurité en 2008. Les objectifs fixés ont été dépassés, à savoir la mobilité des agents et la multiplication des interventions, un plus gros travail de la police scientifique, une baisse des violences urbaines en zone police et des cambriolages en zone gendarmerie.» Le préfet de région Dominique Bur se félicite du traditionnel bilan dressé en fin d’année sur les chiffres de la délinquance dans le département de la Haute-Garonne. En effet, la délinquance générale a baissé de 7,64 % en zone police et de 4,86 % en zone gendarmerie. Celle de proximité (vols, cambriolages, destructions et dégradations) chute de 20,40 % et les objectifs en termes de violence urbaine sont plus qu’atteints : «Nous avions fixé une baisse de 3 % et nous arrivons en fin d’année à une diminution de 21,25 %», constate le préfet.
Véritable fléau en 2007, les cambriolages sont en net recul avec une mobilisation accrue des gendarmes : -32,3 %. «Nous occupons mieux le terrain et mettons l’accent sur certaines périodes de l’année. Pour les fêtes de fin d’année, pas moins de 350 gendarmes ont été déployés la nuit», explique le colonel Segura, commandant du groupement de gendarmerie de la Haute-Garonne. «D’autre part, nous avons neutralisé l’essentiel des cambrioleurs car ils ne sont pas nombreux sur le territoire. Ce sont des spécialistes qui cumulent plusieurs délits.»

 

Des chiffres truqués ?

Ces chiffres encourageants ne doivent cependant pas masquer les difficultés du département en termes de sécurité. La Haute-Garonne pointe toujours à la 13ème place sur 96 pour son taux de criminalité. «Quand on se penche sur la délinquance, on voit que la violence augmente entre 8 et 12 % chaque année», constate le maire de Toulouse Pierre Cohen. Pour les syndicats de police, il est facile de faire bonne figure : «On peut faire dire ce que l’on veut aux chiffres. Par exemple, une voiture volée et incendiée ne part pas forcément dans la catégorie des violences urbaines mais dans celle des faits élucidés car on a retrouvé le bien du propriétaire !», confie un membre de l’Unsa Police. «D’autre part, chaque fonctionnaire a reçu des objectifs individuels qu’il est obligé de remplir s’il ne veut pas être pénalisé dans la suite de sa carrière. Or, on ne doit pas faire de la rentabilité avec la délinquance.»
En 2008, les autorités relèvent d’ailleurs deux points noirs en nette augmentation : les atteintes volontaires à l’intégrité physique et les escroqueries financières. Dans le premier cas, les menaces de violence augmentent de 23,73 %, ce qui traduit un climat de plus en plus délétère. Autre phénomène en forte hausse, les violences intrafamiliales : «Le ministère a beaucoup communiqué et les services sont ouverts au dialogue. La société est plus décomplexée et les gens avouent plus facilement être victimes de violence», explique Luc Escoda, secrétaire régional d’Alliance Police. Mais pour le procureur de la République Michel Valet, «l’impact des interventions des autorités ne se traduit qu’à court terme et de façon très limitée.» Les arnaques financières font quant à elles la une des journaux ces derniers mois mais loin des affaires Kerviel ou Madoff, les escroqueries à la carte bancaire, à l’héritage ou aux faux billets progressent de 16,95 % en 2008 dans notre département. «C’est la solution de facilité, avec Internet. Et aujourd’hui, si on doit mal tourner, il vaut mieux devenir escroc ! C’est moins dangereux et pénalement, on ne prend pas de très lourdes peines», constate Luc Escoda.

 

Le bon travail des UteQ

Les violences persistent donc en Haute-Garonne et à Toulouse particulièrement, devenant la priorité du Parquet : «Il ne faut surtout pas tomber dans le triomphalisme et demeurer vigilant. Nous essayons de faire passer en comparution immédiate les auteurs de crimes et surveillons de près les mineurs. Ils étaient 3 000 impliqués dans des infractions pénales l’an passé, c’est considérable.» Si le climat de violence est latent, les bons chiffres en matière de délinquance sont à mettre sur le compte de l’arrivée des UteQ dans les quartiers sensibles de Toulouse. «Une soixantaine de policiers est venue en renfort en septembre dernier pour renouer le contact avec la population et patrouiller. Nous constatons moins de véhicules incendiés et d’attaques contre les policiers», déclare Jean-Paul Breque, directeur départemental de la sécurité publique. Courant mars, ce sont 100 agents supplémentaires qui constitueront la compagnie de sécurisation sous le commandement du chef de la police. Ces effectifs devraient remplacer à terme les CRS dans les quartiers de Toulouse et interviendront dans la lutte contre la délinquance, sans toutefois assurer les missions de maintien de l’ordre.
Pour les agents sur le terrain, la présence des UteQ est bénéfique mais à relativiser : «Désormais, la police est présente partout et à tout moment dans les quartiers sensibles. Le problème, c’est que ce système ne fait que déplacer la délinquance», constate Luc Escoda. «Les effectifs sont là mais les moyens ne suivent pas. On nous a baissé le budget de fonctionnement de 20 %. Par exemple, les voitures ne sont pas venues en même temps que les UteQ !» Pour l’Unsa, l’Etat est en train de mettre en place une «police low cost». En attendant, comme le relève Luc Escoda, «sur le terrain, rien ne change en termes de violence à l’encontre des agents. L’activité des services pour enregistrer les plaintes tourne toujours autant.»

Sophie Orus


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