Bienvenue à l’école 2.0

Au diable encriers, craies et tableau noir, l’école rentre définitivement dans l’ère du numérique ! Tableaux blancs interactifs, réseaux sociaux et tablettes numériques déferlent sur les bancs de l’école qui prend alors une toute autre saveur… Rencontre avec la classe de demain.

En décembre 2012, Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale l’avait clairement annoncé : l’heure est à « la refonte de l’Ecole de la République ». Il ajoutait « on n’est pas là pour s’abrutir devant des écrans mais il faut les utiliser pour progresser dans les apprentissages ». Selon l’étude Pisa de l’OCDE, l’Hexagone serait plutôt mauvais élève, occupant la 24e place sur 27 concernant l’utilisation du numérique dans l’éduction. Ce constat amer a suscité dans les plus hautes sphères l’élan d’un grand coup de pied dans la fourmilière scolaire… Et l’académie de Toulouse sort son épingle du jeu puisqu‘elle a été choisie pour être pionnière en terme « d’école connectée » (avec Versailles et Poitiers). A partir de cette semaine, trois établissements de l’académie (Le collège Jean-Pierre Vernant à Toulouse, le collège Carnot à Auch et le collège Auriol à Villeneuve-Tolosane) vont tester le soutien scolaire en ligne. A raison de deux heures chaque semaine, les élèves travailleront -accompagnés d’un professeur référent – les matières dans lesquelles ils ont des difficultés. Jusqu’ici rien de nouveau. Pourtant ils pourront se connecter sur une plateforme web afin de réaliser des exercices personnalisés. L’avantage majeur ? Cet outil leur reste accessible à distance, le soir et le weekend. L’idée étant de favoriser l’autonomie de l’élève… La plateforme utilisée est fournie et alimentée par le Cned, qui met également à disposition un « tuteur Cned » à distance pour aiguiller l’élève qui débute. «Nous attaquons la phase d’incubation », indique Christophe Piombo, conseiller TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement) auprès du recteur, « l’objectif visé est que le tutorat numérique concerne 1000 établissements et 30000 élèves de l’académie d’ici la rentrée 2013.» Gérard Figuier, principal du collège Jean Pierre Vernant bien qu’un peu bousculé par la nouveauté ajoute : « C’est encore tôt pour se prononcer, mais sur le principe c’est très bien car la mise à disposition de cette plateforme permettra nous l’espérons de favoriser -dans un premier temps dans les matières principales (français, mathématiques, anglais)- l’autonomie dans le travail de l’élève, de gommer certaines fragilités et surtout de motiver au travail ! »

De petits journalistes en herbe…

Une initiative qui en rejoint bien d’autres. Car à ce jour l’académie de Toulouse semble plutôt bien placée en termes de connexion scolaire… Par exemple, des dizaines d’élèves ont déjà pu s’approprier l’utilisation de tablettes tactiles. A commencer par les collègues d’Auch et Tarbes depuis 2011, puis Albi, Gaillac et le collège Bellefontaine à Toulouse depuis le début d’année. Denis Demersseman, principal de l’établissement explique : «  nous expérimentons actuellement le cours à 100 minutes et cherchons donc de nouveaux outils pour une pédagogie différenciée. L’utilisation de ces tablettes peut être une piste très intéressante… » Laurent Vilda, professeur d’espagnol dans l’établissement revient à ses premières expériences avec la classe : « J’ai proposé à mes 3e un webquest sur l’art nouveau et Gaudi. Ils devaient répondre à plusieurs questions en cherchant d’un part dans leur manuel et d’autre part sur la tablette. Il est clair que les recherches numériques les ont plus motivés ! » A la clef, outre une manière ludique d’étudier pour les élèves (sur un support « qu’ils connaissent et maîtrisent »), un panel de possibilités s’offre aussi aux professeurs : « c’est encore trop récent mais j’ai pensé à utiliser la fonction caméra pour que les élèves se filment lors de petites pièces de théâtre par exemple, l’idée étant de favoriser le retour sur pratique et l’auto évaluation pour améliorer, la tenue, la prononciation etc… On peut aussi les faire travailler comme de petits journalistes en herbe, avec un travail d’enquête individuel pour une mise en commun finale, facilitée par le matériel (on peut connecter les tablettes à l’écran principal ndrl) » poursuit Laurent Vilda. Loin de se cantonner à cette nouveauté, le professeur a déjà une autre idée derrière la tête : « J’aimerais utiliser les réseaux sociaux avec ma classe pour correspondre avec les élèves de Torrelodones, avec qui nous sommes jumelés. » Une mutation des méthodes scolaires qui n’est pas sans rappeler celle des tableaux blancs interactifs présents dans un nombre grandissant d’écoles depuis plusieurs années. Dans l’académie de Toulouse, c’est l’école de Caylus qui prépare les têtes blondes à cet apprentissage High Tech. Pour l’instant privilégié dans les écoles numériques rurales, il tend à se démocratiser, tout comme l’investissement dans les tablettes et autres Ipad. Mais l’importance des coûts reste le frein majeur.

« Les effets pervers de ces nouveaux outils correspondent aux dangers d’internet : comment en limiter l’accès ? »

Motivants, gratifiants, captant l’attention plus facilement, ludiques et participatifs, les TICE deviennent l’objet de toutes les convoitises. Mais tout n’est pas si rose dans le cartable numérique des écoliers… « On est face à des enfants/adolescents qui sont nés dans un monde d’écrans et pour qui la technologie tactile a déjà une signification. Bien sûr on les intéresse plus facilement, mais attention à ce que l’élève ne dépasse pas le maître ! Beaucoup d’entre eux savent déjà s’en servir, moi mon téléphone ne me sert qu’à téléphoner, je suis loin d’être un geek… je m’y mets en même temps qu’eux mais pour rester un bon professeur, il est important de ne pas décrocher», explique Laurent Vilda. Christiane, 43 ans, voit d’un œil douteux le nouveau cartable numérique de ses enfants : « Les effets pervers de ces nouveaux outils correspondent aux dangers internet : comment limiter les accès ? Comment être sûr que mes enfants travaillent sur leur tablette et ne sont pas en train de jouer ou de surfer sur des sites ? » A l’école, tout est évidement prévu : « les tablettes sont connectées mais l’accès est très limité, certains sites ont été sélectionnés par les responsables informatiques et les élèves n’ont accès qu’à ceux-là. C’est un travail de longue haleine, il faut au fur et à mesure choisir des sites par âge, par classe et par niveau, un travail titanesque ! » ajoute Laurent Vilda. Il termine : « il nous faut prendre du recul pour optimiser l’arrivée de ces outils sans nous tromper. Ils sont complémentaires aux manuels mais ne les remplacent pas. Attention car les écrans sont aussi un moyen de se scléroser… » L’école dit « Oui » au numérique, mais avec un suivi, un cadre, et des limites. D’ailleurs si certaines matières se prêtent au numérique, ce n’est pas le cas de toutes. Et là n’est pas la seule condition car « si la tendance est plutôt positive, certains professeurs sont évidement réfractaires, il y en a toujours ! » sourit Christophe Piombo.

Aurélie Renne



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