Bayrou, « L’Hyper opposant »

Dans une actualité
marquée par l’angoisse latente et l’effroi prospectif
d’une pandémie de grippe porcine – devenue grippe
nord-américaine – à la une des informations (des
chiffres mexicains et mondiaux à la peur sur Lourdes où
300 pèlerins nord-américains sont déjà
désignés comme les porteurs du virus en métropole),
par l’acquittement du Professeur Viguier dans un procès
ultra-médiatisé où l’accusation et la
culpabilité presque unanimes de la première semaine ont
fait place, dans la seconde, au doute, à la compassion donc à
l’acquittement ; par les manifestations du 1er mai où
la mobilisation, conséquente à défaut d’être
massive, a illustré la différence qu’il y avait entre
l’effervescence locale des salariés victimes de
licenciements massifs et la contestation institutionnelle et rituelle
de syndicats dont la faiblesse reste une des constantes du paysage
social français ; dans cette actualité, c’est
l’agitation autour du Président de la République
(sortie de l’ouvrage de François Bayrou “Abus de pouvoir”,
véritable philippique contre Nicolas Sarkozy dont le patron du
MoDem se rêve le “Mitterrand” des années de Gaulle),
l’interrogation sur le risque révolutionnaire,
l’insurrection “à la Française”, le climat
pré-révolutionnaire qui tissent la treille presque
idéologique de l’espalier de la deuxième moitié
du quinquennat, comme si, malgré la tentative de gestion de la
crise par nos gouvernants, nous étions déjà
entrés, à trois ans des nouvelles présidentielles,
dans une pré-campagne démontrant à l’envi les
dangers – en tout cas temporels – d’un quinquennat qui nous
plonge dans une campagne électorale permanente, laissant loin
derrière elle l’allumage poussif des premiers feux des
prochaines européennes enfoncées dans les marécages
territoriaux d’un régionalisme abscons et illisible.

 

«Le Président de la République a un plan. Il conduit la France là où elle a toujours refusé d’aller… L’abandon du modèle républicain, le culte de l’argent, le choix d’une société d’inégalités, le renoncement à ce qui faisait la force et l’originalité de la France dans le monde… L’arbitrage règne en maître… Jamais démocratie ne porta plus mal son nom. Jamais République ne fut moins publique… Le pouvoir abuse de tous les pouvoirs.» Tels sont quelques-uns des thèmes majeurs du dernier “j’accuse” de François Bayrou : à hyperprésident surmédiatisé, hypercritique d’un troisième homme qui veut devenir au moins le second pour sortir vainqueur du deuxième tour en 2012 ; à activisme, volontarisme, et occupation spatio-tempotelle tous azimuts du Chef de l’État violence dans la critique, dénonçant la fin du modèle républicain, le renoncement au vrai débat idéologique et la monarchie républicaine (dont Nicolas Sarkozy n’est pas le premier à personnaliser le pouvoir) ; tentative d’apparaître, au moment où le PS n’a pas encore désigné son candidat, comme l’opposant majeur au futur candidat Sarkozy, en se faisant plus républicain que démocrate-chrétien, plus “citoyen contre les pouvoirs” (en disciple d’Alain) que centriste historique, plus “VIème République ou nouvelle Vème République” que croyant en la Constitution Sarkozy. Le tout dans une France en pleine effervescence, où le “petit” cherche à lutter contre le “gros”, où le désarroi saisit la nation en même temps que la violence (notamment des séquestrations légitimées par les médias qui en nationalisant le local en effervescence semblent faire renaître une contestation autogérée qui s’alimente de la diffusion d’autres images). Peut-être le vœu secret (et non dit) de François Bayrou est-il de devenir, en ces temps tourmentés, “le sage de Bordères” qui en s’instituant “opposant républicain n° 1”, veut faire basculer son destin du côté de l’Élysée en mettant dans son moteur de hussard républicain du Chevènement, du Barre, du VGE, du Lecanuet et… beaucoup de Mitterrand !

Stéphane Baumont


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