Bayrou en route pour 2012

En recherche d’un nouveau souffle, le MoDem de François Bayrou, privé ces derniers mois de surface médiatique après des régionales calamiteuses, faisait de son université de rentrée : «le grand départ vers 2012». C’est devant plus de 1 000 participants que le leader orange, debout dos à la mer sur une tribune balayée par les rafales d’un Mistral glacial, a donné le top départ pour la course vers 2012, objectif Elysée.

 
Des journées riches

Pendant trois jours, dans le décor de rêve de la presqu’île de Giens, ateliers thématiques et plénières se sont succédé. On peut mesurer la richesse des débats à la qualité des intervenants. Excusez du peu, J.P Delevoye, médiateur de la république, J.F Mattéi, président de la Croix-Rouge Française, Jean Arthuis, président de la commission des finances du Sénat, E.de Montgolfier, procureur de la République, Luc Ferry, ancien ministre, et D.Karnewitcz, présidente de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse… et une dizaine d’autres invités aussi prestigieux. Seul absent, retenu au dernier moment, Francesco Rutelli, ancien maire de Rome et président de l’Alliance pour l’Italie.

Un parti en devenir

Après une lente cicatrisation interne et une difficile intégration des courants issus de la dynamique présidentielle de 2007 ayant conduit au travers des derniers déboires électoraux à une hémorragie d’adhérents, le MoDem peu à peu sous la houlette de nouveaux cadres se restructure. La création d’un “Shadow cabinet” de 22 responsables politiques est le premier acte de la mise en route de la posture présidentielle du MoDem. Chargés de suivre les dossiers d’actualité, leur vocation est d’apporter une réponse concrète aux préoccupations des Français, sorte de gouvernement virtuel.

Les trois révolutions de F. Bayrou

Pour changer la conception et la perception de la vie politique française, le leader centriste propose trois révolutions : «celle de la vérité, de la simplicité et de la démocratie». «Il faut de la vérité. Ce n’est pas seulement une vertu morale, c’est une philosophie de l’action», a-t-il expliqué posant les bases idéologiques de l’action qu’il entend mener. «Nous sommes du côté de ceux qui ont choisi de considérer les citoyens comme des égaux et non pas comme des benêts qu’on entraîne par le bout du nez en leur racontant des histoires», a-t-il lancé, citant l’exigence d’être clair sur «la dette» ou «les retraites». «Il faut (aussi) de la simplicité», a poursuivi François Bayrou car «les grandes entreprises sont toujours simples, compréhensibles» pour que «les peuples les entendent et y adhérent», a-t-il fait valoir. A ses yeux, deux chantiers sont prioritaires : «éduquer les enfants» et «reconquérir la production et la relocaliser si possible en France». Pour l’ancien ministre de l’éducation nationale, l’éducation est : «un impératif moral, humain, économique et émancipateur…» Et de citer l’exemple de la Corée du Sud qui en 30 ans au travers d’une priorité absolue sur la formation, du primaire à l’université, est devenue l’un des leaders mondiaux en terme de dépôts de brevets. S’agissant de la production, il s’agit de reconquérir le savoir-faire de base au travers des PME en repérant les compétences, les talents et en les aidant. «Nous fabriquons satellites, fusées, avions et sommes incapables de produire une machine à laver française…». Enfin, a-t-il dit, il faut «réconcilier la République avec la démocratie». Il a plaidé pour une «séparation des pouvoirs législatifs et exécutifs», promettant de reconstruire la fonction présidentielle pour que «l’Elysée soit la maison de tous les Français» et non celle d’un parti comme l’UMP.

 

Nicolas Sarkozy encore et toujours…

Malgré une introduction expliquant qu’il y avait un temps pour la contestation et un autre pour les propositions, le président du MoDem n’a pu s’empêcher de fustiger le Président de la république : «On a le droit à un gouvernement équitable qui considère que les riches doivent assurer leur part de la solidarité, qui croit à autre chose qu’à la puissance des plus gros, au culte de l’arrogance et de l’argent», a-t-il martelé. «Les Français ont droit à un gouvernement qui les représente avec honneur dans le concert des Nations, qui ne multiplie pas les jugements méprisants et agressifs», qui soit «équilibré» où «le déblocomètre ne marche pas à plein tube», a-t-il ajouté, évoquant un «été meurtrier» avec la séquence sécuritaire, des Roms et l’affaire Bettencourt. Avec un zoom particulier sur les médias, le Béarnais a dénoncé la confiscation par le pouvoir de l’audiovisuel public au travers de la nomination de leurs responsables par l’Elysée et de l’obligation de retour en arrière lors d’un retour à la démocratie.

La feuille de route

Avec l’annonce d’un prochain congrès en décembre prochain, la création du Shadow cabinet et la nomination du Vosgien Yann Wehrling, ancien secrétaire national des verts comme porte-parole, F.Bayrou a clairement annoncé une volonté de renouvellement des instances et son attachement à la problématique écologique après le départ de Corinne Lepage vers d’autres “verts” herbages. Si la cible est claire, le chemin est encore long et si l’idée du centre comme troisième voie fait son chemin en Europe, et en Italie notamment, le MoDem devra encore faire face à une réalité électorale dont le type d’élection est clairement destinée à favoriser le bipartisme…

Gérard Arnaudé


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