Bataille en sous-sol

Une récente perquisition menée à la Mairie de Toulouse a relancé l’affaire délicate de la concession du parking du Capitole avant que le Conseil d’Etat n’annule la procédure. Le point sur un imbroglio qui durait depuis 2003 et explications des protagonistes.

 

Les nouveaux élus du Capitole ont dû être surpris en voyant débarquer la semaine dernière les enquêteurs de la police judiciaire au Capitole, pour une perquisition en bonne et due forme. Trois mois après le passage de pouvoir entre Jean-Luc Moudenc et Pierre Cohen, le dossier sensible de la concession du parking du Capitole ressurgissait enfin. Mais cette affaire, de par sa complexité, mérite un petit rappel des faits.
En effet, la Ville était sensée récupérer le parking du Capitole rénové et en parfait état en 2006, au terme d’une concession de 34 ans signée avec Vinci Park. Or en 2003, devant la vétusté du site, Philippe Douste-Blazy, alors maire de Toulouse, décide de rompre le contrat et de lancer un nouvel appel d’offres pour la mise en œuvre des travaux. Après avoir indemnisé Vinci Park à hauteur de 3,6 millions d’euros, la municipalité lance donc une nouvelle délégation de service public… remportée par le même Vinci Park !

3,6 millions d’euros

Alors y a-t-il eu favoritisme voire collusion entre la Ville et le gestionnaire de parkings ? C’est ce que prétendait l’avocat et président de l’association Action Citoyennes à Toulouse Christophe Léguevaques, militant socialiste qui avait brigué la candidature de son parti aux dernières municipales. Aux côtés de Stéphane Coppey, actuel président de Tisséo, il décide en 2004 de se porter partie civile et de déposer plainte contre X pour délit de favoritisme. Car Christophe Léguevaques considère qu’avec la résiliation du contrat et les indemnités versées, les contribuables toulousains ont payé de leur poche les travaux du parking du Capitole : «Les faits sont excessivement graves. Il s’agit d’une utilisation abusive de l’argent public. La Ville aurait pu attendre le terme du contrat et demander à Vinci des dommages et intérêts pour l’état du parking. Au lieu de cela, les élus ont décidé de résilier la concession, de verser des indemnités et de reprendre Vinci !»
Surnommé «le maître Collard de Toulouse» par Jean-Michel Lattes, ancien adjoint aux transports, Christophe Léguevaques ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique, à commencer par Jean-Luc Moudenc, appelé à répondre des décisions de l’ancienne municipalité : «Il s’agit d’un coup médiatique de plus. Il suffit de constater que le Parti Socialiste l’a mis à l’écart de sa campagne et de sa liste aux municipales. Il manque cruellement de crédibilité.»

 

Pas d’inquiétude pour Moudenc

Autre point de discorde, le montant de l’indemnité versée à Vinci Park, trop proche selon l’avocat toulousain du montant envisagé pour les travaux de rénovation : «La Chambre Régionale des comptes a jugé la somme dix fois trop élevée. La mairie, de son côté, s’appuie sur le fait qu’elle a mandaté des experts comptables pour fixer les dédommagements. Or, si on observe de plus près, on se rend compte que les experts en question étaient des amis des élus et donc pas du tout indépendants.» Faux, rétorque Jean-Luc Moudenc : «Nous nous sommes adressés directement à l’Ordre des Experts Comptables qui se sont chargés de désigner trois de leurs représentants. Deux d’entre eux ont estimé que le montant des dédommagements était correct et le troisième a préconisé une somme beaucoup plus élevée ! Personne ne va donc dans le sens de Monsieur Léguevaques qui est complètement désavoué dans cette affaire.»
Désavoué sur toute la ligne lundi dernier car, seulement quelques jours après la perquisition, le Conseil d’Etat a annulé la décision du Tribunal Administratif de Toulouse autorisant Maître Léguevaques à attaquer la municipalité dans ce dossier. Pire, dans le même jugement, le montant de l’indemnité versée par la Ville est jugée justifié. Jean-Luc Moudenc, qui se disait “serein” la semaine dernière s’est félicité de cette décision : «Les choses sont donc claires, malgré les multiples accusations ultramédiatisées […] : la rénovation du parking du Capitole a été faite dans le total respect de la loi, et dans l’intérêt des Toulousains.» Mais Christophe Léguevaques ne s’avoue pas vaincu : «Avec la double perquisition au Capitole et au siège de Vinci, le Parquet a montré qu’il y avait matière à une enquête préliminaire approfondie. Cette enquête policière n’est pas remise en cause par la décision du Conseil d’Etat. De plus, aujourd’hui, rien n’empêche Pierre Cohen de demander à son conseil municipal l’autorisation de se constituer partie civile pour savoir où en est l’enquête.» Cette triste mélodie en sous-sol n’a donc pas fini de faire grand bruit à Toulouse.

Sophie Orus


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