Banque alimentaire : halte au gaspillage !

En pleine période de rush pour la Banque Alimentaire, c’est l’heure pour certains de pointer les dysfonctionnements propres à ce système d’aide aux plus démunis. En cause ? Un gaspillage inacceptable qui va contre le principe même de l’organisation. Enquête. 

Depuis 30 ans et la création de la première Banque Alimentaire en France, l’organisme fait en sorte de sauver des denrées destinées à la destruction mais encore consommables, afin de les mettre à la disposition des plus démunis. Pour ceci un glanage triple : « la ramasse » auprès de certaines grandes et moyennes surfaces (sous condition de la signature d’un partenariat, ndlr) qui fournissent chaque jour les produits proches de la date de péremption sortis des rayons ; « les collectes » auprès des consommateurs à la sortie des supermarchés et la contribution des fonds européens. Concrètement, la Banque Alimentaire de Toulouse, ce sont des locaux à Lalande comme autant de gigantesques frigos remplis au quotidien par les bénévoles. « Toutes les denrées y sont triées et répertoriées par informatique afin notamment de faire un premier tri, car tout n’est pas exploitable », avance Anne-Marie Looses, présidente de la Banque Alimentaire de Toulouse. Les denrées sont alors redistribuées aux associations partenaires proportionnellement au nombre de bénéficiaires et selon les spécificités des associations. Un système au demeurant bien rodé. Pourtant au sein d’une association toulousaine, une éducatrice spécialisée partage sa colère : « c’est terrible la quantité de denrées que nous jetons. »

Un gaspillage inacceptable

Un pavé est jeté dans la mare : « on est une petite association. On se bat pour avoir des crédits pour survivre et on se sert à la Banque Alimentaire tous les vendredis matin. Cela a un coût financier, ce n’est pas gratuit même si cela revient évidemment moins cher que si nous faisions nos courses au supermarché. » Elle évalue le coût à 300 euros par mois pour 20 personnes. « Pourtant chez nous certains aliments sont utilisés et d’autres non, que nous jetons. Parfois on a des placards plein à craquer de la même denrée. » Elle se souvient notamment d’une fois où l’association a trouvé sa propre solution : « En juillet on a effectué un gros tri et donné au moins 50 kg de riz et une quarantaine de litres d’huile à une autre association qui en avait besoin. Mais nous n’avons pas forcément le temps de faire ça à chaque fois…» Elle ajoute prendre régulièrement des produits pour elle et son entourage, afin « d’éviter de jeter ». Pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé d’alerter la Banque Alimentaire à ce sujet : «« Pour moi cela n’a pas de sens de nous imposer des produits dont nous n’avons pas besoin, j’ai voulu en discuter avec eux et leur demander de ne plus nous donner tel produit temporairement : on nous a répondu du tac-au-tac que c’était tout ou rien. » D’après notre témoin, le problème concerne en particulier les produits issus des fonds européens, « on les reçoit en quantités démesurées et on n’arrive jamais à les écouler, mais on nous répond que cela correspond au nombre de bénéficiaires que nous avons déclarés… » Son hypothèse ? Des stocks à gérer de leur côté aussi, tout un circuit calibré au kilogramme près. Autre problème : « des produits souvent périmés ou peu ragoûtants, que notre public a parfois du mal à accepter, il faut aussi temporiser tout ça, ils n’ont peut-être pas assez faim pour manger n’importe quoi… » termine-t-elle.

Le problème : les produits des fonds européens

Mickaël travaille dans un centre d’hébergement pour démunis et rapporte lui aussi quelques incompréhensions. Le problème selon lui, se situe au niveau des produits dits « Union Européenne » : « qui sont parfois de qualité très moyenne et donc difficiles à distribuer. Dans notre cas, ce sont des conserves ou des surgelés. Personne ne les prend et nous ne pouvons pas forcer les gens à le faire, d’une part parce qu’ils ne les mangeront pas plus et donc les jetteront. D’autre part parce que, du coup, nous préférons leur trouver une autre utilité. » Le centre a alors trouvé une parade et approvisionne des squats dans Toulouse et donne aux personnes de la rue qui ont la possibilité d’accéder à un moyen de cuisson. « Mais nous ne le faisons que s’il y a du surplus d’autre chose (légumes ou fruits frais par exemple), on y rajoute ces produits pour faire une sorte de colis. La Banque Alimentaire ne le sait pas et ne doit pas le savoir sinon on nous supprime toute distribution. » D’après Mickaël, qui confirme les dires de notre premier témoin, « toute les associations qui bénéficient de la Banque Alimentaire sont obligés de prendre les produits issus des fonds européens, au risque de ne plus être  approvisionnées du tout. » Un système de poupées russes qui prend suffisamment d’ampleur à l’extrémité de la chaîne pour forcer les associations à étudier le circuit complexe des denrées : « On suppose que si la Banque Alimentaire de Toulouse n’arrive pas à écouler les produits, elle en aura moins l’année suivante… Dans ce système, je crois que tout le monde essaie de lutter contre le gaspillage et la Banque Alimentaire fait ce qu’elle peut avec les moyens du bord et, à Toulouse, elle s’en sort bien, tant en termes de quantité que de qualité. Sauf pour certains produits où elle n’a pas vraiment la main. Et puis quand on est en position de demandeur, comme elle l’est face à l’UE, dur de faire le difficile. C’est pareil pour nous face à la Banque Alimentaire», poursuit Mickaël, « Il faudrait que les grandes enseignes voient l’intérêt d’accoler leur nom à ce genre d’initiatives et donnent plus à la Banque Alimentaire qu’à la poubelle de derrière… Ca rendrait cette dernière plus indépendante face à l’UE, je crois… »

Aurélie Renne

La Banque Alimentaire c’est :
70 bénévoles
106 structures partenaires (associations, épiceries solidaires, etc.)



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