AZF; Sur la piste EDF

Guillaume d’Alessandro est journaliste indépendant. Dans son livre, “AZF, une vérité foudroyante, Une affaire d’Etat”, il défend la thèse selon laquelle l’explosion de l’usine AZF serait due à la vétusté des installations d’EDF.

 
Guillaume d’Alessandro, qu’est-ce qui vous a donné envie d’enquêter plus profondément sur l’explosion de l’usine AZF ?
Je suis spécialiste de ce genre d’affaires. Au moment de la catastrophe d’AZF, je sortais d’une grosse enquête sur l’uranium appauvri que j’avais réalisée pour le magazine de FR3 “Pièces à conviction” et je savais que la première chose à faire quand il y a un désastre industriel de cette ampleur, était de prélever des échantillons à droite à gauche pour essayer de faire une sorte de contre expertise indépendante. Sinon, on peut s’attendre à toute sorte de mensonges et de manipulations.

Vous défendez la thèse selon laquelle il y aurait eu un incident électrique sur le réseau EDF dû à la vétusté de ses installations. Pourquoi détiendriez-vous la vérité ?
Je ne prétends pas la détenir. Je dis que ce qui a été scandaleux dans l’enquête officielle telle qu’elle a été menée, c’est que des centaines de témoignages et de relevés techniques ont été totalement laissés pour compte. Les experts officiels se sont contentés d’une explosion unique, sur un lieu unique et ont mis de côté tous les gens qui ont entendu une première explosion et vu des phénomènes électriques, prétextant que c’étaient des hallucinations. Or ces phénomènes ont existé, c’est certain. Ils ont sauvé la vie à ceux qui les ont subis. Je le raconte au début de ce livre : René Maillot, le directeur adjoint d’AZF et d’autres ouvriers de l’usine se sont mis en sécurité parce que la première explosion et les phénomènes électriques les ont alertés que quelque chose de majeur était en train de se passer, à savoir la deuxième explosion et le déclenchement de la catastrophe.

Quel intérêt à ne pas dire d’entrée de jeu qu’EDF est responsable ?
(Pause) C’est compliqué… J’ai une réponse que je n’ai pas mise dans le livre… Fondamentalement la vraie question qu’il faut se poser est la suivante : qui paye ? Total a les poches pleines : douze milliards d’euros de bénéfices net l’année dernière. La catastrophe a coûté autour de trois milliards d’euros.

 

Total avait tous les moyens d’expertise

Comment expliquer cette espèce de monopole du silence qui semble entourer EDF et que vous illustrez avec le fameux hélicoptère fantôme que des caméras ont filmé mais qui n’a laissé aucune trace ?
Il a au moins laissé cette trace sonore et visuelle. C’est pour cela que là non plus, on ne peut pas parler d’hallucination. Ce qui est clair c’est que Total, société d’ingénieurs à la base, avait tous les moyens d’expertises, sismiques, électriques… le savoir, la connaissance, pour réorienter l’instruction dans le sens d’une vraie recherche des causes et qu’elle ne les a pas utilisés. Elle avait les moyens d’empêcher que prévale cette thèse de l’explosion unique liée à une contamination de deux produits chimiques incompatibles. Pourquoi ne s’en est-elle pas servie ? J’avoue ne pas avoir de réponse.

Vous traitez certains qui se sont essayés comme vous à la vérité d’«agités du bocal». Ce n’est pas un peu dur ?

Les “agités du bocal” sont les mythomanes qui sont omniprésents sur les sites internet dédiés à la catastrophe. Si vous allez sur le site Forum AZF, vous vous apercevrez que depuis pratiquement deux ans, seules trois personnes interviennent régulièrement et défendent des thèses délirantes. Certains prétendent qu’il y a une base militaire secrète souterraine sous Pech David. Un autre, qu’on a tiré une bombe électromagnétique sur le site du pôle chimique depuis l’hélicoptère. Ces gens s’amusent avec la catastrophe pour développer des théories du complot qu’ils vont chercher dans des magazines d’ufologie ou je ne sais quoi encore… Je trouve qu’il y a là quelque chose d’obscène et des journalistes, avec lesquels je ne suis pas d’accord mais qui ont fait leur travail, ont été paralysés par ces dingues. Voilà pourquoi j’ai utilisé cette expression un peu brutale.

Au faux terroriste en caleçons, vous opposez le vrai terroriste au bandeau. Avez-vous à un moment donné de votre enquête, été séduit par l’hypothèse de l’attentat ou est-ce juste un chapitre marketing de votre livre ?
La question de l’attentat se posait de toute façon. Mais ce qui m’a convaincu très tôt qu’il n’y a pas eu d’attentat à Toulouse, c’est ma rencontre avec le professeur Georges Guiochon (spécialiste mondial de la réaction explosive des engrais qui vit au Tennessee, USA, ndlr).
Dans le livre, il m’explique que pour que le nitrate d’ammonium explose, il faut qu’il soit imprégné, noyé si j’ose dire, dans des hydrocarbures et qu’il soit confiné, enfermé, tel que dans un étui d’obus ou une coque de navire. Ce n’était pas le cas dans le hangar 221. Et si vous jetez une grenade sur le nitrate, elle ne fait qu’exploser et disperser les grains de nitrate.
Par conséquent, quand bien même un terroriste aurait existé à Toulouse et aurait voulu faire péter le hangar 221, tel que le nitrate était stocké, techniquement, scientifiquement, ce n’était pas possible.

Un procès inique

En revanche, le 1er septembre 2001 à la SNPE, vous écrivez que cela aurait pu être possible, justement avec ce terroriste au bandeau ?
Oui parce qu’à la SNPE, il y a des cuves d’acide nitrique et d’ammoniaque, d’hydrazine, de perchlorate d’ammonium, de phosgène ; des gaz toxiques qui auraient créé un nuage mortel. D’ailleurs lorsque Pierre Nicolas, (journaliste de FR3 Sud, ndlr) se rend en moto sur place, il ne va pas à AZF mais à la SNPE. Et je voudrais ajouter qu’il existe ce qui s’appelle le Plan Particulier d’Intervention : ce sont les instructions de la préfecture qui, en cas de catastrophe, servent à coordonner l’action des pompiers, des forces de l’ordre, des hôpitaux, etc. Or dans le PPI d’AZF, il n’était pas prévu de risque d’explosion mais de diffusion de gaz. C’est pour cela que suite à l’explosion, la Préfecture a demandé à la population de se calfeutrer. Le risque du pôle chimique de Toulouse, toutes usines confondues, était une chute de gaz mortel.

Plus qu’une enquête, on a le sentiment que votre livre est un coup de gueule, celui d’un homme plutôt à gauche. Vous vous en prenez à l’Etat, à Total, à EDF. Cela ne nuit-il pas à l’objectivité de vos conclusions ?
Mes conclusions sont sur la table. On peut les évaluer en dehors de tout contexte idéologique. En revanche, oui, c’est un coup de gueule parce que le procès tel qu’il va se dérouler, est un procès inique dans la mesure où les expertises judiciaires reposent sur une thèse chimique fausse. Je ne prétends pas, ce serait prétentieux de ma part, avoir trouvé à moi tout seul, la vérité cachée. Je propose un scénario qui me paraît le plus probable et que je suis prêt à défendre. La thèse fallacieuse de la soupe chimique de produits incompatibles déversés dans une usine poubelle ne tient pas.

Qu’attendez-vous de ce procès ?

Qu’il soit annulé et qu’il y ait un supplément d’information avec un collège d’experts cette fois-ci incontestable.

Vous apportez des documents inédits. On vous a demandé de témoigner ?
Non pas encore.

Propos recueillis
par Claire Manaud

Guillaume d’Alessando a également réalisé de nombreux reportages pour “Compléments d’enquête” (France 2),
“Jeudi investigation” (Canal +), “Zone interdite” (M6),
“Le droit de savoir” (TF1


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