AZF : Ouverture du procès en appel

2 700 parties civiles, 700 000 euros pour les frais de  fonctionnement, la venue attendue du juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière… Le procès en appel de l’explosion de l’usine AZF s’ouvre aujourd’hui à la salle Jean Mermoz de Toulouse. Comme en première instance, il va durer quatre mois.

C’est aujourd’hui à 14h que tout recommence. Comme en 2009, la salle Jean Mermoz de Toulouse va à nouveau être le théâtre d’un procès fleuve et hors norme. Il y a deux ans le 19 novembre, le Tribunal Correctionnel de Toulouse prononce la relaxe “au bénéfice du doute” de Serge Biechlin, directeur de l’usine AZF au moment de l’explosion et de Grande Paroisse. Le groupe Total et son PDG de l’époque Thierry Desmarest ont également été mis hors de cause. Une décision qui va d’un côté provoquer le soulagement des anciens salariés de l’usine et de l’autre, l’indignation. Des sanglots dans la voix, Gérard Ratier, Président de l’association des Familles endeuillées et dont le fils Alain est décédé dans l’explosion, fera part de son énorme déception : «Il est inconcevable que le Tribunal n’ait pas eu le courage de condamner au moins la personne morale de Grande Paroisse.» Ce jugement, le Tribunal le justifiera par le lien non établi entre les fautes imputées à Grande Paroisse et les dommages causés. Dès le lendemain, le ministère public fera appel, au nom des 31 victimes et des milliers de blessés du 21 septembre 2001 : «Un nouvel examen du dossier et un nouveau jugement de cette affaire s’impose pour que s’accomplisse l’œuvre de justice et de vérité» déclarera alors Michel Valet, Procureur de la République, «C’est un devoir absolu à l’égard de toutes les personnes qui ont perdu la vie, de leurs familles et de toutes celles et ceux dont l’existence a été profondément et durablement marquée par la catastrophe.» Une décision motivée par la «conviction très forte de l’existence à l’origine de la catastrophe du 21 septembre, de fautes et de négligences multiples et caractérisées engageant la responsabilité pénale de la Société Grande Paroisse et de son Directeur.»

«On repart de zéro»

Selon les spécialistes, la procédure qui s’ouvre ce 3 novembre, est quasi identique «à quelques spécificités près à celle de première instance.» Mais on «repart de zéro» précise bien Christophe Straudo, référent presse pour le procès. Ainsi ce sont 2700 personnes qui se sont constituées parties civiles cette fois-ci, a indiqué la Cour d’Appel de Toulouse. Elles étaient 3 100 en 2009. La défense opposera une cinquantaine de témoins-experts aux 31 experts judiciaires appelés à témoigner tout au long de ces quatre mois. Par ailleurs la Cour doit décider vraisemblablement entre aujourd’hui et demain, la citation ou non du groupe Total et de Thierry Desmarest. Mais elle aura surtout pour objectif de réexaminer la thèse de l’accident chimique (qui serait survenu en raison du mélange de Nitrate d’Ammonium et de DCCNa) défendue entre autres par le Parquet et l’association des familles endeuillées, et celle de la piste intentionnelle que le Tribunal Correctionnel de Toulouse n’avait pas retenue, sans toutefois l’écarter totalement.

Le juge Bruguière à la barre

Justement. Le calendrier prévisionnel du procès annonce entre le 18 et le 22 décembre prochains, la venue à la barre de Jean-Louis Bruguière. Cité comme témoin par la veuve d’une victime proche de l’association Mémoire et Solidarité (composée d’anciens salariés de l’usine), l’ex juge anti-terroriste a dénoncé dans un rapport «les lacunes de l’enquête.» En octobre 2010, il déclarait dans nos colonnes : «Je ne connais par fondamentalement le dossier mais je constate que le Tribunal lui-même est obligé de considérer qu’aucune preuve n’a été rapportée concernant l’accident industriel. Je crois qu’il y a eu une erreur grave de la part de la police judiciaire de Toulouse, du Parquet, d’avoir voulu à tout prix, à toute force, privilégier une piste, en en négligeant corrélativement une autre. Je ne serais pas surpris si aujourd’hui l’on con-sidérait que c’est le résultat d’un fait qui n’est pas accidentel. Je ne parle pas d’un attentat terroriste mais d’une action criminelle malveillante (…) Il semble que beaucoup de choses auraient été négligées en termes d’enquête.»
Hors experts, le coût de ce nouveau procès qui sera filmé comme le premier dans l’intérêt des archives judiciaires, se monte en seuls frais de fonctionnement à 700 000 euros. Reste à savoir s’il permettra dix ans après les faits, de connaître la vérité sur le pourquoi de l’explosion du 21 septembre 2001.



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