AZF; La thèse de l’attentat toujours présente

Marc Mennessier est journaliste au Figaro. Après des années d’investigation sur le terrain, il vient de publier “AZF, un silence d’Etat” où il dénonce «les lacunes béantes de l’enquête et l’incompétence des experts judiciaires». Il ne croit pas à la thèse de l’accident chimique et ouvre la piste d’un attentat terroriste.
 


Pourquoi vous êtes-vous lancé dans une enquête sur le drame d’AZF ?

Je ne pensais pas au départ écrire un livre. Juste après l’explosion, des doutes sont très vite apparus concernant les causes de l’accident. Je travaille au service scientifique du Figaro et je connais très bien, de par mon expérience, le nitrate d’ammonium. Ma direction m’a demandé d’enquêter sur place car le Procureur de l’époque était sûr de son fait lorsqu’il parlait d’accident chimique. Très vite, j’ai interviewé les responsables de l’enquête et les scientifiques et je me suis rendu compte qu’ils ne disposaient d’aucun élément, aucun argument. Finalement, mon travail a duré des années !

Vous êtes-vous heurté à des murs ou des pressions ?
J’ai soulevé des lièvres qui auraient dû rester dans leurs terriers avec la possibilité d’un acte de malveillance ou d’un attentat. Cette thèse a suscité un tôlé et je me suis retrouvé dans la fosse aux lions. Le Procureur de Toulouse a porté plainte contre moi pour «diffusion de fausses nouvelles de nature à troubler l’ordre et la paix publics» et pour «diffamation» envers Hassan Jandoubli (ouvrier intérimaire dont le corps a été retrouvé vêtu de plusieurs couches de sous-vêtements, ndlr). Ce furent des moments difficiles.

Quelle est votre position à l’issue de cette enquête ?
Je n’ai aucune preuve mais les éléments que je développe dans le livre me laissent penser qu’il s’agit d’un acte de malveillance, d’inspiration vraisemblablement islamiste, qui a dégénéré. La sœur d’Hassan J. a déclaré que son frère fréquentait les Islamistes avant de se rétracter. Cet ouvrier se disputait depuis plusieurs jours avec ses collègues de l’usine et les menaçait de tout faire sauter. Je pense qu’il a voulu faire un coup qui a mal tourné. Le milieu islamiste n’est pas surentraîné et hyper-structuré, au contraire. De plus, on peut très bien bricoler des bombes artisanales avec des produits achetés sur Internet.

 

Dans tous les cas, Total est responsable

Pensez-vous qu’on a étouffé l’affaire pour protéger certaines personnes ?
Je ne sais pas. Je constate juste que les policiers amenés à enquêter sur les circonstances de la mort d’Hassan J. n’ont pas pu faire de procédure judiciaire et interroger les témoins, les proches, se rendre dans les temps à son domicile… La faute à la hiérarchie. Mais je ne veux pas soulever d’hypothèse.

Vous ne devez pas faire l’unanimité auprès des Toulousains avec la thèse de l’attentat…
J’ai rencontré des victimes de la catastrophe qui n’aimaient pas mon travail. Elles estimaient que Total était coupable et que je faisais le jeu de cette entreprise en exprimant des thèses différentes. Mais les associations n’ont pas compris que, quelque soit la cause, accident ou attentat, Grande Paroisse, filiale de Total, est responsable ! Dans la mesure où l’explosion a eu lieu dans un site privé, mal surveillé, la thèse de l’attentat ne fait pas le jeu de Total.

Qu’attendez-vous du procès en février prochain ?

Tout dépend de la façon de mener les débats. Mais j’espère que tout sera mis sur la table car le procès ne se passera pas à huis clos. Pendant l’affaire Outreau, l’instruction a permis de démontrer les failles de la justice. Je voudrais qu’il en soit de même avec AZF.

Selon vous, saura-t-on un jour la vérité ?

Les gens ont cette idée fausse qu’avec le temps la vérité finit toujours à triompher. Je pense au contraire qu’avec le temps les mémoires s’émoussent, les indices et les témoins disparaissent. On arrive à des hypothèses qui se contredisent même si je garde espoir qu’un rebondissement apparaisse. C’est pourquoi je fais un appel à témoin dans mon livre car je suis persuadé que certaines personnes détiennent encore des éléments importants. Mais au jour d’aujourd’hui, nous sommes face à un accident impossible tel qu’il est démontré par les experts et à un attentat improuvable. J’ai l’impression qu’on se retrouve au point mort, sept ans en arrière.

Propos recueillis par Sophie Orus




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