AZF La fin du marathon judiciaire ?

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Vendredi dernier, plus de dix ans après l’explosion qui a fait 31 morts, des centaines de blessés et des millions d’euros de dégâts, le rideau est tombé sur le procès en appel de la catastrophe d’AZF. Retour sur l’affaire avec les différents acteurs.

Il aura fallu quatre mois de procès en 2009 et autant en appel pour clore les suites judiciaires portées à l’explosion de l’usine chimique. Au cœur de la discorde il y a ceux qui s’échinent à chercher des réponses et ceux qui travaillent à trouver le coupable. D’un côté des victimes qui ne parviennent pas à retrouver le cours de leur vie, de l’autre un industriel mis en cause. Pourtant le dossier AZF est loin de se borner à une simple expression manichéenne de la justice. Au centre une Cour que la défense a souvent qualifiée d’«impartiale», une enquête bafouée et certains principes judiciaires malmenés…

«Cette affaire n’était pourtant pas si compliquée»

Une chose est sûre : le procès fut tout sauf expédié. Le Parquet général a requis l’amende maximale de 225 000 euros contre Grande Paroisse et dix6huit mois de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende contre l’ex-directeur Serge Biechlin, poursuivit pour homicide involontaire.      En première instance, le procès s’était soldé par une relaxe générale faute de preuve matérielle. Maître Stella Bisseuil, avocate de la partie civile estime pourtant qu’il «arrive fréquemment qu’un élément manque dans une enquête, ça n’a jamais empêché un magistrat de trancher.» Côté défense, on argumente à coup de «sans preuve, on ne condamne pas.» Et voilà qui résume près de huit mois de procès en deux actes. D’aucuns diront aussi que Total a su faire trainer le débat : «Ce dossier n’était pourtant pas si compliqué, Total est un adversaire de poids et les avocats de la défense -contre la pénalisation des affaires industrielles- ont tenté de noyer le poisson avec une farandole de contre-expertises», termine Maître Bisseuil.

La blessure toulousaine

Cette saga judiciaire n’est pas sans laisser de traces. Jacques Mignard président de l’association Mémoire et solidarité déplore «une volonté de désigner un coupable à tout prix, au détriment de l’enquête.» D’après lui les investigations ont été bâclées dès le départ et «la conclusion affichée avant même de mener l’instruction à terme. L’ombre de Total était en mesure de satisfaire tout le monde, ça évitait de chercher une autre raison.» lâche-t-il. Bien que revendiquant des positions différentes, les victimes sont unanimes : après des années de cauchemars et des mois d’attente, «impossible de tourner la page, ça devient une obsession.» La plupart des 2500 parties civiles craignent aujourd’hui que le délibéré ne les prive à jamais d’une explication sur la pire des catastrophes industrielles françaises depuis 1945. Au-delà des considérations écologiques, sociétales et sanitaires du choc AZF, le procès a pris la dimension d’un enjeu quasi idéologique avec pour cible la cicatrice toulousaine. Un ancien salarié de lancer : «L’affaire AZF est un scandale parmi d’autres, je suis tout simplement déçu de voir que les institutions de mon pays s’accommodent de l’injustice et de distorsions à la vérité. On est clairement dans un théâtre où chacun joue son rôle de manière peu reluisante.» Aujourd’hui les dés sont jetés : le tribunal rendra son arrêt le 24 septembre à 14 heures. Il n’est pas exclu que le procès soit porté en cassation.


Aurélie Renne



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