Aux armes Citoyens Consommateurs !

Voilà déjà plusieurs années que ce journal dénonce le racket pratiqué à l’égard des consommateurs et l’absence des associations consuméristes dans le combat contre la vie chère. Voilà que l’UFC-Que Choisir s’attaque enfin à «l’opacité» de la formation des prix alimentaires et l’absence de lien entre les prix agricoles, qui ont fortement baissé, et les prix en rayon, qui ont à l’inverse augmenté. Explications.

 
Le constat

102 associations locales UFC-Que Choisir ont procédé à des relevés de prix dans 1.250 magasins en France (hors Corse et Dom-Tom) entre le 26 septembre et le 10 octobre sur trois produits alimentaires «peu transformés», à savoir la côte de porc de marque de distributeur (MDD), l’escalope de poulet de marque Le Gaulois et MDD (par deux) et le lait demi écrémé (1 litre) MDD et Candia. Il en ressort que pour un prix moyen payé au producteur de 2,11 euros, le prix en kilo de la barquette de deux escalopes de poulet se retrouve en rayon entre 11,78 et 11,99 euros, hors promotion. Le prix moyen en kilo des côtes de porc d’échine au prix agricole de 1,34 euro, est proposé au consommateur à 6,54 euros. Enfin, les briques d’un litre de lait, payées au producteur 0,29 centimes, sont vendues entre 0,81 et 0,71 centimes d’euro.

Trafic sur le lait

Le précieux liquide blanc, produit phare du panier de la ménagère, est le révélateur d’un secteur en pleine crise. Manifestations parfois violentes en France et à Bruxelles, images choc de millions de litres déversés dans les champs ont permis de dénoncer la “mafia” de la grande distribution. Le prix payé à l’éleveur a baissé de 7 % entre septembre 2007 et septembre 2009. Mais pour le consommateur, le prix de la brique de lait Candia a augmenté de 5 % et la marge du distributeur de 11 %. Pendant ce temps, le beurre lui augmente de 30 %. Cherchez l’erreur ! Entre 1992 et 2009, tandis que le prix agricole du lait a baissé de 5 %, il a bondi de 22 % en rayon. Pour le porc, le prix au producteur a chuté de 26 % tandis qu’en rayon il grimpait de 25 %. Enfin, pour la volaille, le prix agricole a progressé de 2 % mais de 41 % pour le consommateur.

 

Prix à la tête du client

Comment expliquer ces écarts, que l’on pourrait qualifier d’indécents ? Ont-ils une justification, une logique ? Comment sont calculées les marges ? L’association a tenté de répondre à cette question en demandant aux distributeurs des explications sur la formation de ces prix. Sur les 1.120 lettres envoyées, seulement 226 réponses sont revenues sans vraiment justifier d’une quelconque réalité économique. Ceci montre bien l’omerta qui règne sur un secteur au sein duquel contrairement aux discours officiels la concurrence n’a aucun effet de régulation.

 

On ne vous dit pas tout

Comment vous expliquer sans vous choquer que le prix final est un calcul savant bien loin de la réalité du coût de revient ! Comment vous expliquer que l’aspirateur de marque Bosch vendu à Leclerc Blagnac 202 € ne coûte que 135 € chez “Excédent” Plaisance. Pire, comment justifier que la même plaque de placostyl (matériau isolant pour hottes de cheminées) vendue plus de 20 € à Leroy Merlin Blagnac, coûte moins de moitié prix chez son homologue de Roques. Que dire enfin du prix du “Clamp”, pétrole pour poêles qui oscille chez les Leclerc de Toulouse entre 1,1 € et 0,9 € le litre. Vous l’aviez sûrement noté, si dans la confection, les enseignes peaufinent les étiquettes, c’est en passant en caisse que le vendeur un peu gêné vous glisse au creux de l’oreille : «vous savez, maintenant les retouches sont payantes…» soit 10 à 15 % d’augmentation en coulisse. Enfin, il ne vous aura pas échappé que le pain est devenu un luxe. Souvenez-vous, la farine en 2007/2008 avait augmenté de 30 % et le pain avait suivi… mais depuis le cours du blé est redevenu au prix de 2007 mais le pain lui, a oublié de baisser. Nous pourrions multiplier les exemples et les nombreux courriers que vous nous adressez sont autant de cris de colère contre un système qui s’est emballé et qui dans certains pays a généré des émeutes de la faim.

 

Avis de citoyens consommateurs

Le libéralisme économique basé sur la liberté des prix a choisi comme outil de régulation le principe de concurrence. On multiplie les hyper surfaces (nouveau projet pharaonique à venir sur Colomiers la Menude), et on dit, les prix vont baisser naturellement. Tout cela en théorie fonctionne sauf que la réalité, entre ententes tacites ou illicites, montre exactement le contraire. Si vous comparez, de plus en plus souvent, le petit commerçant local est moins cher avec le sourire et le service en plus. Dans un contexte de morosité ambiant, chacun a traduit “liberté des prix” par : «j’ai le droit d’augmenter toujours plus ma marge et mon compte en banque ou ailleurs pour faire face à un avenir incertain». Chacun ou presque car M. tout le monde lui, pris en tenaille entre un salaire qui stagne et des prix à la consommation qui dérapent, a de plus en plus de mal à boucler ses fins de mois. Alors, quelles solutions ? Remettre du pouvoir régalien en limitant les marges, en priorité sur les produits alimentaires, et en imposant un coefficient multiplicateur maximum en lien avec le seul prix de revient réel, ce que nous proposons dans ce journal de- puis 2005. Redonner du sens à la notion de comportement citoyen. A titre d’exemple, puisque les restaurateurs n’ont pas respecté leurs engagements, traduisant la baisse de la TVA par le seul, j’augmente mes marges, alors remettons la TVA à 19,6 %. Plus de14 % de personnes en plus dans les restau du cœur, un endettement des ménages exponentiel, de plus en plus de sans abris, un chômage croissant, une fracture sociale qui s’accroît sont autant de signes d’un malaise social sans précédent. Si nous continuons à fermer les yeux, alors parodiant un certain A. Peyrefitte «un jour la rue de réveillera»… car ventre qui a faim ne craint rien…



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