Au revoir Philippe Seguin !

Au moment où la neige et le froid saisissent toute la France en lui donnant à la campagne l’image des steppes sibériennes et en ville celle d’un espace urbain du Québec ou de l’Europe centrale et générant des problèmes de communication ne suscitant pas pour le moment, de dramatisation, la mort brutale de Philippe Seguin en suscitant la stupeur du monde politique et l’émotion de l’opinion publique constitue l’événement majeur et à sa manière absolu de la semaine passée comme de celle à venir même si le “seguinisme” dilué dans nombre de partis politiques ne peut compter que sur d’ardentes plumes (Henri Guaino) ou des républicains de gouvernement (François Fillon) pour faire valoir l’originalité du gaullisme social et du républicanisme (de plus en plus occulté par la démocratie sondagique et médiacratique) l’inspiration gaulliste mise sous le boisseau de l’immédiateté (notamment en matière sociale), la rigueur éthique et politique, la récusation des accommodements et des compromis peu glorieux.

 
Plus que l’homme (ambitieux, hanté par l’échec, manœuvrier sans cynisme ayant la faiblesse des colériques et la chaleur d’un introverti qui se libère, pied-noir sanguin amateur des émotions collectives et sportives, “champion” de l’image d’Épinal dont il fut le député-maire), plus encore que cet «écho lointain et assourdi de la mort du général de Gaulle» (J.L. Bourlanges) la question est maintenant de savoir si «c’est le dernier représentant d’un monde ancien ou la persistance de quelque chose qui n’est pas prêt de mourir, d’une exception française qui n’est pas près de disparaître», si le sillon politique tracé compte toujours ou à nouveau des semeurs s’il n’a pas «préfiguré un désenchantement qui s’est exprimé jusqu’en 2005, l’échec des élites françaises à faire de l’européisme une conviction moteur de la politique française».

 


Reste à s’interroger sur le formidable charisme de Philippe Seguin alors qu’il s’était retiré de la vie politique, il y a cinq ans, en 2004. À celles et ceux qui sont toujours en quête de l’homme providentiel, véritable quête du Graal dans le jeu politique française – au-delà même des constitutions et des régimes politiques – la mort de Philippe Seguin donne la plus pathétique des réponses : pas d’espace politique de son vivant, tout l’espace de l’émotion publique avec l’hommage national aux Invalides comme si soudain, en cette période de crise, il y avait l’expression d’un regret, d’un effroi devant la brutalité de la disparition d’un homme d’État qui justement incarnait l’État – revenu en odeur de “sainteté” en ces temps difficiles –. Peu d’hommes politique ont aujourd’hui l’étoffe d’un Président : il l’avait ; il ne le fut pas ; conseiller et inspirateur du vainqueur. Il avait l’étoffe d’un Clemenceau ou d’un Churchill ; il ne les incarna point ; les circonstances ne le servant pas. Il avait la passion de la France et de la République : il tenta de les transmettre ; il ne put rendre ce bel “intégrisme” contagieux.
Reste un espoir : que le “séguinisme” ne soit pas enterré avec Philippe Seguin ; que l’hommage national ne soit pas la pompe funèbre de ce qui fut un état d’esprit à défaut d’une idéologie ; que le droit politique continue longtemps avec l’histoire à tenir en lui l’un des symboles et l’un des repères-référents de la République telle qu’elle devrait respirer sous la Ve République.

Stéphane Baumont


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