Au Château de Larra où le temps est suspendu

Chateau de Lara

Et puis mes pas m’ont mené jusqu’au château de Larra après que j’ai vogué dans la ville, tenté de revenir aux siècles passés allant du duc Montmorency et à son martyr, au fameux temps  du pastel à Toulouse, me calant dans la carlingue de Saint- Exupéry et de Mermoz. Le château de Larra étant l’un des plus secrets des châteaux du midi Toulousain, moins imposant que celui de Merville ou de Pompignan mais proche de l’écrin où tout est précieux, autant par sa mémoire presque immobile depuis si longtemps que par ses beautés qui témoignent des siècles. 

Le parc aux paons

J’y allais, pour l’avoir fréquenté quelque temps et vu son intérieur mais avant comme je faisais toujours, je passais par le parc très à la française, ponctué aux angles de terres cuites aux bords chamarrés, vasques ou femmes et j’allais entre les parterres où fleurissent les roses en mai, ce qui fait qu’on le visite beaucoup à l’occasion des portes ouvertes. J’y trouvais, au fond, une brèche entre deux haies et me perdais en suivant les chemins d’ombres dressés de buis en palissades ; allant jusqu’à un étang embroussaillé.

J’y découvrais ce qu’on aimait au temps de Louis XVI : les hauts buis en labyrinthe même si à Larra, il s’agit de passages ouverts au bord des taillis. J’y aimais un silence tel, que la mouche y vibre, oubliant la bâtisse derrière moi, et les impressions qui vous prennent dans ces lieux chargés de temps et confits de mémoire. J’y croisais, un peu avant, la volière de paons qui en réalité occupe tout le parc, les volatiles étant aussi bien sur les parterres que dans les arbres, déchirant quand ils crient à la tombée du jour ou en pleine canicule, l’espace clos qui est le leur. Je revenais sur mes pas, vers les murs en bas bleus d’iris et vers les lauriers arrosés de frais, que parfois un léger vent faisait bouger comme dans de longs cheveux. Puis je m’arrêtais, m’asseyant, attendant que la dame des lieux, d’un grand âge mais très alerte ; après avoir promené le jet d’eau sur les lauriers, s’installe un moment et raconte.

A Larra le temps est suspendu, presque palpable aussi bien aux alentours du château que dans le parc, ou dans l’angle des murs où, en été, le soleil se fige, où le silence traversé par le cri des paons, lui aussi s’installe.

Un air de Villa Borghese

C’est Jean-François Tournier en la moitié du siècle XVIIIe qui a posé la première pierre après que l’édifice à l’allure carrée s’est assis là où il est, avec de part et d’autre de l’entrée, de hautes fenêtres qui mangent la façade aussi bien en bas qu’à l’étage. Et quant aux architectes qui y ont mis hautement la main Cammas et Maduron, ils ont donné à l’assemble de la bâtisse cet air de Villa Borghese, qu’on voit un peu partout dans la campagne romaine. Pour classique qu’il soit dans sa disposition, le château de Larra est tout de l’intérieur, je veux dire que la modestie de son apparence qui le fait ressembler à une grosse maison, trompe de ce qu’il est dedans où là, visiblement, et d’un seul regard ; il devient un château.

Chateau de Lara

C’est ce qui en impose tout d’abord quand on entre un vaste vestibule à l’espace si haut qu’il inaugure superbement les salons latéraux aussi bien celui de gauche où sont scellées en plein mur des fontaines de marbres rouges de Loubeau, étant jadis la salle à manger, où d’ailleurs des couverts en vieux chine sur une tablée ovale, attendent les convives ; que le salon de droite, orné, lui, du bas jusqu’en haut de peintures à fresques àla Watteauou Lancret, où les femmes s’égaillent entre elles, orné au-dessus des portes de médaillons aux scènes galantes. Les fauteuils richement damassés et disposés en cercle attendent, eux aussi, une assemblée d’un autre temps.

Le temps retrouvé

Ce qui est si précieux à Larra, c’est bien précisément que le mauvais vent de la Révolution semble l’avoir survolé même si un inventaire a été fait par les sbires-citoyens qui recensaient impitoyablement le moindre objet ; jusqu’aux chemises. Comme je disais, dans les salons tout est comme avant, tel que Jean-François Tournier de Vaillac, l’a laissé après lui, ainsi que le siècle suivant, forgé par d’autres générations. Le buste de marbre blanc de Marie-Antoinette lui aussi témoigne d’un haut fait quand quelqu’un de la maisonnée, a tenté de sauver la reine ; au passage de la charrette.

Mais ce qui donne souffle à l’entrée où se perdent les pas et  où erre le regard, c’est un bel escalier signé B. Ortet, à la rampe où se jouent l’arrondi et la volute, qui développe les marches et tourne avec majesté, donnant à la volée des murs constellés de visages d’hommes et de femmes chargés d’histoire, les uns en médaillons, d’autres en pieds, une hauteur de vue sur ce qu’ils ont été, tous autant qu’ils sont, en robe de soie ou en veste serrée, àla Musset.D’ailleurs, ils vous regardent pour peu qu’on s’y attarde, du fond du temps ; comme s’ils vous interrogeaient.

A l’étage, c’est aussi comme en bas un vestibule de grande dimension, dont les fenêtres regardent vers l’entrée des lieux, aux meubles patinés par la mémoire, où on peut se poser dans de vastes bergères, avec ça et là, des guéridons de bois précieux, et aux murs dans de petits cadres ; des dessins aquarellés au charme évident. Et, en poussant la porte juste après l’escalier, on pénètre non pas dans un troisième salon à compter de celui du bas mais dans la bibliothèque qui va du bas jusqu’au plafond, dont les dos frappés de fers dorés se serrent les uns les autres en in-16 ou en in-quarto, d’autres en folio et, tout au fond, les archives sont pliées en feuillets denses, où consignés en rouleaux.

«La Dame des lieux»

Mais le château de Larra n’est pas fait que de mémoire. Il se perpétue, il reçoit l’art entre ses murs qu’il s’agisse de peintures de photos ou bien des terres cuites de femmes. Il s’ouvre aux musiques du temps à la baroque ou à celle de cour et à la danse. Il reçoit aussi celui qui veut y séjourner et toute manifestation qui convient à son style, je veux dire à son noble passé. «La Dame des lieux» y veille mais, avec discernement et l’élégance d’esprit qui la caractérise. Et, pour qui sait voir en contrebas de l’escalier, il y a au mur un portrait de femme en robe de soie bleue, perlée au cou, un portrait faste des années cinquante. C’est elle «La Dame des lieux» et on est sous le charme, elle qui garde le château de Larra depuis si longtemps et qui le fait vivre.

J.R.G.

Photos Marta Jackiewicz



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