Violences conjugales : « Ca ne regarde ni la justice, ni les voisins ! »

Lundi dernier, les petits délits et infractions du week-end étaient jugés en comparution immédiate au TGI de Toulouse. Conduite sans permis, altercation à Arnaud-Bernard, détention de cannabis, outrage aux forces de l’ordre… Les affaires passent et ne se ressemblent pas. L’histoire de Saïd et Amandine, un jeune couple toulousain, retient particulièrement notre attention.

Violences conjugales, violences sur un voisin n’entraînant pas d’ITT (Incapacité totale de travail), et menace de mort sur sa compagne. Tels sont les chefs d’accusation qui pèsent sur Saïd. La dispute est encore fraîche, mais tout semble oublié, lundi, devant les juges. Les faits remontent à vendredi dernier. Une dispute éclate et des cris se font entendre dans la résidence où vit le couple. Amandine s’enfuit de son appartement pour se refugier chez une voisine (qui aurait appelé la police mais la provenance de l’appel est restée floue dans les déclarations du couple). Selon le rapport de police, le prévenu détenait « une arme de catégorie D », soit un couteau. Amandine nie : « Ce n’est pas vrai ! Ce couteau, je m’en servais pour faire à manger, il n’a pas bougé de la table de la cuisine », affirme-t-elle, d’une voie tremblotante qui tente malgré tout d’avoir un aplomb. Les larmes au bord des yeux, la jeune femme ne comprend pas ce qu’elle fait là : « C’était juste une dispute, ça ne regarde ni la justice, ni les voisins. » Vendredi soir après l’altercation, les policiers l’ont amenée au poste « pour que je fasse ma déposition. Ils m’ont dit que c’était juste pour raconter ce qui s’est passé. J’ai signé un papier que je n’ai pas lu. Dès le lendemain matin, je suis allée au commissariat le plus proche pour retirer la plainte. » Elle pensait alors que l’affaire en resterait là. La présidente de l’audience, la juge Rivière, rétorque en lui expliquant la différence entre « être une victime et se constituer partie civile. » Bref, qu’elle le veuille ou non, les poursuites sont engagées à l’encontre de Saïd.

« Si tu me quittes, je te plante et après je me plante ! »

Difficile de disculper son compagnon, sans contredire ses déclarations de vendredi soir : «C’était violent, mais il ne m’a pas touchée… » Selon le rapport de police, Saïd aurait suivi Amandine sur le parking de la résidence, l’aurait saisie par le tee-shirt en le déchirant, pris son portable et crié : « Si tu me quittes, je te plante et après je me plante ! » Un voisin, alerté par le bruit a tenté de s’interposer, mais Saïd  « l’a attrapé par la gorge au niveau du cou », relate la Procureur de la République. Le prévenu était en état d’ébriété, « je revenais de chez mon cousin, j’avais un peu bu… » reconnaît-il, « puis je suis rentré chez moi (l’appartement est en réalité à Amandine, le couple prévoit d’aménager ensemble prochainement, ndlr) pour manger un kebab avec ma copine. » Amandine affirmait quelques minutes auparavant préparer à manger, pour justifier la présence du couteau… Incohérence non relevée par les juges. La soirée s’envenime lorsque Saïd reçoit un SMS, « d’une fille avec qui je suis sorti pendant qu’on était séparé. Là, elle s’est énervée et m’a dit que j’avais qu’à retourner avec elle… Elle avait la rage ! »

Le prévenu est en état de récidive

Le couple a une histoire un peu chaotique. En 2012, Saïd a déjà été condamné pour violences conjugales à l’encontre d’Amandine. Il est d’ailleurs encore sous le coup d’une mise à l’épreuve. En mai dernier, ils se séparent, « puis vous lui pardonnez, vous vous remettez ensemble, et vous apprenez qu’il y a eu une autre femme, enceinte de lui », raconte la juge Rivière. « Moralement, je craque, je suis déprimée. Et j’ai une petite fille », réplique Amandine, en guise de justification. « L’enfant a trois ans et demi, et le couple est ensemble depuis trois ans. Saïd est considéré comme le père », avance l’avocat de la défense. Elle, n’a pas d’emploi. Lui, travaille depuis trois mois en tant qu’agent de quai : « C’est lui qui s’occupe de la famille », poursuit l’avocat. Malgré ces circonstances, la Procureur estime que la situation du couple engendre « un risque de réitération des faits », notamment à cause « du problème d’alcoolisme du prévenu. » Elle requiert à ce titre deux mois de prison et la révocation partielle de la mise à l’épreuve (de deux mois également), avec un maintien en détention. Les juges suivront en partie ces réquisitions : Saïd écope en tout de quatre mois de prison, mais repart libre. La suite appartient au juge d’application des peines.

 

La peine : Relaxe pour les menaces de mort. Deux mois de prison pour les faits de violence, et deux mois de révocation de sa mise à l’épreuve (prononcée le 29 novembre 2012) pour le non respect de ses obligations de soin, censées traiter son alcoolisme.

 

Coralie Bombail



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