Toulouse : vivier de l’innovation numérique ?

Au second rang derrière la région Ile-de-France dans le secteur des Technologies de l’information et de la communication (TIC), Midi Pyrénées s’affiche comme une pépinière d’entreprises motivant à la création et à l’exportation de son savoir-faire. Toulouse en tête, concentre près de 90% de ces starts-up. Enquête sur un marché de niche qui monte… qui monte et s’épanouit hors des murs roses.

Alors que la crise balaie tout sur son passage, le secteur des TIC a le moral au beau fixe : croissance constante, embauches et perspectives nombreuses. En somme l’avenir sourit à ceux qui se frottent au numérique… La région Midi pyrénées s’affiche en seconde place en nombre d’entreprises, de laboratoires, d’écoles et de centre de recherche dans cette filière. « Une étude menée par la région montre que plus de 36000 personnes vivent de cette filière dans 3600 entreprises, dont 450 sont répertoriées comme innovantes», indique Jean Pierre Bayol directeur de DigitalPlace (Cluster d’entreprises numériques de la région Midi-Pyrénées). Il ajoute : « l’écosystème local est clairement favorable à ce développement : l’université, la recherche et en particulier les deux laboratoires que sont l’IRIT et le LAAS ont un rôle prépondérant. De plus, le secteur est largement tiré vers le haut par l’aéronautique et le spatial, qui sont très consommateurs de ces technologies et ont clairement propulsé l’innovation numérique locale en haut de l’affiche. » Il n’y a qu’à voir la croissance de DigitalPlace lancé il y a seulement deux ans, qui compte aujourd’hui près de 140 adhérents.

Ils exportent le Made in Toulouse à l’étranger

Bernard Raynaud

Plusieurs entreprises tirent largement leur épingle du jeu, larguant un peu de la ville rose aux quatre coins du monde. C’est notamment le cas de Camineo, qui se concentre sur le développement d’applications dans le secteur du tourisme et déploie actuellement ses compétences au Canada. Mais le cas de cette TPE n’est pas isolé : « On a 4 ou 5 entreprises très bien positionnées sur le e-business, qui ont développé des expertises de niveau mondial (géo localisation, systèmes embarqués, applications e-santé etc) » poursuit Jean Pierre Bayol, « et ces innovations peuvent être déployées à tout un tas de secteurs dans des domaines d’application diversifiés. » Et le directeur de Digital Place de citer Fitting box, créé en 2006. Les fondateurs, deux cousins myopes avaient chacun fait le constat que lorsqu’ils enlèvent leurs lunettes pour en essayer de nouvelles, ils ne se voient plus : ils ont alors développé un moyen d’essayer des lunettes virtuellement. Raflant tous les prix et concours liés à l’innovation et aux nouvelles technologies, Fitting box est rapidement devenu leader du marché dans son domaine et travaille depuis avec les plus grands : Vogue, Krys, Lacoste, Ray Ban… L’une des premières entreprises à s’être faite remarquer localement pour son projet innovant, Fitting box a été suivie de bien d’autres. « La liste est longue », murmure Jean Pierre Bayol, « Toulouse est clairement innovante, son écosystème est très riche ! »

« Il faut braquer tous  les projecteurs sur cette filière ! »

« Ce développement est assez logique », explique Bernard Raynaud, vice président du Conseil régional en charge du développement économique, de l’innovation et de l’emploi, « l’histoire de Toulouse, les savoir-faire et les compétences qui existent dans ce domaine dans la région expliquent cet écosystème favorable : avant même que les TIC ne s’appellent les NTIC nous étions la région la plus impliquée dans le spatial. Midi-Pyrénées est la région d’Europe la plus importante dans ce domaine, nos infrastructures ont offert les outils et technologies nécessaires au développement de l’innovation numérique. Toulouse était naturellement prête à l’accueillir et la voir se développer. » Jean-Pierre Bayol ajoute en parlant de cette industrie d’avenir qu’elle « permet aux autres d’être plus efficaces sur le plan industriel, opérationnel, commercial ou encore logistique : c’est au cœur de la stratégie de tous les industriels que d’investir dans l’innovation numérique ». Et ces compétences deviennent un nouvel atout anti-crise pour la région qui met tout en œuvre pour les soutenir : « Les TIC font partie des priorités actuelles et à venir de la stratégie régionale de l’innovation autour de Toulouse bien entendu mais aussi de deux autres pôles en région : Castres-Mazamet (e-santé) et Tarbes (technologies et applications). L’important étant que les projets de recherche et développement aboutissent à de l’emploi. Ces filières continueront à nous éviter un certain nombre de catastrophes économiques. Il faut mettre le paquet en termes de soutien ! » Un constat que confirment nombre d’entreprises, dont Phonitive, une start-up lancée en 2009. Morgan Camilleri, chargé de communication explique : « la Région investit beaucoup et plusieurs structures servent également l’innovation, le développement et la rencontre comme la Mêlée Numérique ou encore DigitalPlace et on a aussi beaucoup de grandes écoles qui fournissent de bons éléments. Il fait clairement bon vivre ici dans ce secteur ! » Phonitive a fait le buzz il y a quelques Semaines avec sa technologie « Touchalize » made in Labège, qui entend bouleverser l’usage de la vidéo, qui devient tactile et permet une multitude de possibilités : toucher la robe de telle actrice afin d’en découvrir la marque, le prix ou encore de pouvoir directement l’acheter…  Autre option : incruster son propre visage et devenir carrément le héro de la vidéo… Une innovation dite « de rupture » qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

L’innovation sous toutes ses coutures

Si Toulouse a bien compris que la mine d’or de l’innovation numérique pouvait lui rapporter gros et multiplie les soutiens en sa faveur, certains ne l’entendent pas de la sorte. C’est notamment le cas de la start-up Itolosa qui reste actuellement l’un des modèles de l’exportation numérique toulousaine à l’étranger. Nicolas Merlet, président de l’entreprise explique : « nous avons démarré en 2005 avec 1 euro. Aujourd’hui notre CA est de 250 000 euros, avec une croissance de 100% en 2012, pourtant personne ne nous a aidés ! Nous nous sommes construits seuls. Aujourd’hui 90% de nos clients ne sont pas sur Toulouse, mais c’est vrai que localement nous pourrons trouver les atouts pour assurer notre développement sur le long terme. » Et pour faire leur petit bonhomme de chemin, les cinq esprits agités de Itolosa s’accrochent à une philosophie bien à eux qui semblent leur réussir : « nous avons pour but de rendre possible l’inexistant et l’inabordable en se détachant de tous nos a priori ». L’idée, somme toute enfantine : tout casser pour toute reconstruire. Aujourd’hui Itolosa a notamment signé un contrat avec Disney et a imaginé pour leur parc d’Orlando une file d’attente où les clients ne seront plus passifs : en attendant leur tour les visiteurs pourront se distraire en observant et manipulant divers objets animés en 3D et en temps réel : en les pointant du doigt, ces objets ou animaux feront certaines choses… «Il faut être un peu jeune et fou pour arriver sans idées préconçues et tout repenser différemment, j’espère que l’on gardera ça en grandissant ». Un joli lapsus, pour ces jeunes trentenaires, qui augure de l’avenir et fait écho à l’adage de Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait ».

 

Aurélie Renne



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