Roms : Le grand malaise

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Depuis les propos polémiques tenus par Manuel Valls sur les Roms qui auraient « vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie », le sujet a suscité un emballement médiaco-politique épineux. A quelques mois des élections municipales, la problématique de l’intégration des Roms est-elle manipulée à des fins politiques ? Le point sur la situation toulousaine.

A Toulouse, les hommes politiques se sont, pour l’instant, bien gardés de tout commentaire sur les Roms. Il n’empêche, la dernière opération policière en date du 8 octobre (qui a abouti à la mise en garde à vue de quinze Roms dans une affaire de vol de cuivres), a largement été relayée dans la presse. Certains ont dénoncé « les fuites » dans les médias locaux et nationaux, prévenus la veille de cette opération. « Quand on est arrivé sur place, il y avait déjà BFM TV ! », confirme une source policière. France 3 région, dans un édito web, va jusqu’à se demander à qui profite l’information… Serait-ce une « opération spectacle », destinée à montrer la volonté politique de Manuel Valls en la matière ? « Ce qui est dit politiquement n’a pas de répercussion au niveau administratif. Nous n’avons aucune instruction sur les Roms », assure David Portes, secrétaire de la zone Sud-Ouest du syndicat FPIP. L’enquête, débutée en août dernier, est partie d’un vol de cuivres en quantité importante (entre 3 et 5 tonnes selon la police) dans une entreprise toulousaine. « Au début on ne savait pas que ça nous mènerait à un réseau rom », témoigne ce policier. Il s’avère que le cuivre est un trafic très lucratif : « A 4,4 euros le gramme, ça monte vite surtout quand les quantités volées se comptent en tonne. » L’enquête n’est pas encore terminée, mais les sommes récoltées dans ce trafic sont estimées à ce jour à 500 000 euros. La tête du réseau, « qui récupère l’argent pour l’envoyer en grande partie en Roumanie », a été arrêtée.

« Urgence sanitaire et sociale »

La population rom vit dans la plus grande précarité, « et n’a souvent pas d’autres choix que la mendicité, le vol ou la prostitution pour trouver des ressources », explique David Portes. Et si leur présence s’est accrue depuis l’ouverture des frontières en 2008, « on ne peut pas en déduire qu’ils participent de manière générale à l’augmentation de la délinquance.» Pour rappel, la communauté rom représente 20 000 personnes en France et environ 800 à Toulouse. « C’est une minorité et les propos qu’on entend en ce moment sont dignes de ceux que l’on entendait avant la seconde guerre mondiale », s’indigne Emmanuelle Stitou, bénévole pour le collectif  Solidarité Roms Toulouse. Créé en 2009, il regroupe diverses associations, dont la Ligue des droits de l’homme, Médecins du monde, le Secours catholique et le CCPS (Comité de Coordination pour la Promotion et en Solidarité des communautés en difficulté). Toutes, ont voulu alerter sur « l’urgence sanitaire et sociale » dans laquelle se trouve cette population. A Toulouse, seulement deux terrains sont gérés par la municipalité, la Flambère (près de Purpan) et le terrain du Rupé (près de l’avenue des Etats-Unis), ce qui permet « d’avoir au minimum l’eau et l’électricité », explique la bénévole. Mais pour les autres, « ils se sont construits de petits bidonvilles avec ce qu’ils récupèrent ou avec l’aide des associations. » Emmanuelle Stitou souligne qu’il y a un « dialogue entre la municipalité et les acteurs associatifs, on se connaît, mais la prudence reste de mise. » En effet, dans cette période tendue de crise économique, doublée de campagne électorale, « ces migrants sont pointés du doigt. Pour l’instant le problème est surtout national, avec les propos de Manuel Valls, mais nous serons très vigilants à ce qui sera relayé localement », prévient la bénévole du collectif. Pourtant, il y a déjà eu un incident remarqué dans la ville rose… Le juge Hervé Barrié, qui présidait l’audience des comparutions immédiates, le 23 septembre dernier, a clamé face à des prévenus roms : « Pensez-vous que nous allons vous laisser piller la France ainsi ? » Phrase largement critiquée par le syndicat de la magistrature mais qui n’a pas été suivie de sanctions.

Intégration par l’emploi et l’école

La question centrale aujourd’hui reste l’intégration des Roms. Cette communauté d’origine roumaine et bulgare a le droit de circuler librement dans l’Union européenne, mais « leur statut est particulier en matière d’accès à l’emploi car il existe une liste restrictive de secteurs dans lesquels ils peuvent postuler », explique Emmanuelle Stitou. Les associations réclament que les Roms bénéficient du statut de résident étranger afin de lever cette restriction en matière d’emploi. « Il faut souligner également que contrairement aux idées reçues, ils n’ont pas droit aux aides sociales », précise-t-elle. Reste un domaine accessible à cette communauté : l’éducation. « A Toulouse, on remarque que les gens installés sont des familles, des clans qui viennent de la même région en Roumanie. Dès leur arrivée, une des premières démarches est de scolariser les enfants. Il y a une volonté d’intégration », conclut la bénévole.

Coralie Bombail

 



UN COMMENTAIRE SUR Roms : Le grand malaise

  1. L'autre son de cloche toulousain dit :

    Continuons à nous complaire dans la compassion bien française…Et faisons ainsi le lit du FN. Le ministre de l’Intérieur démontre à cette occasion qu’il est bien le seul qui dans cet attelage gouvernemental qui va à hue et à dia, tient la route ..et la République!

    Le régime spécique fait aux Roms (l’Europe a admis la Roumanie en Europe à cette condition honteuse au XXIème siècle!) va prendre fin au 31 décembre 2013 et tout le monde semble faire l’impasse sur cette échéance!

    Nous écrivions déjà sous le quinquennat précédent que c’est à chaque pays européens d’intégrer ses minorités…Des ministres s’étaient déplacés en Roumanie et au Kosovo…Pour quel effet? Que fout le ministre des affaires étrangères et européennes???

    Je considère que ceux qui sommes de vrais Européens nous devons faire prendre les choses par le bon bout!!! La Roumanie ne peut plus fabriquer les tracteurs italiens New Holland à des prix de main d’oeuvre qui sont le tiers des notres sans règler ses problèmes de minorités internes…

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