Prostitution : « Les Minimes deviennent le bordel de la ville »

Depuis quelques semaines les riverains des Minimes et alentours voient la prostitution s’étendre dans leur quartier à l’ambiance plutôt familiale. Une cohabitation qui s’avère difficile et qui en inquiète certains. Enquête sur un phénomène aux multiples causes.

« C’est très compliqué » explique Jean-Pierre Havrin, adjoint au maire chargé de la sécurité, « en France la législation est très hypocrite : la prostitution y est autorisée et seul le proxénétisme est poursuivi. Quant au racolage, c’est une infraction mais ici à Toulouse le parquet ne la poursuit pas. Les moyens de régler le problème sont donc restreints, il s’agit de s’attaquer au comportement afin de limiter les nuisances. » Aujourd’hui un important dispositif est mis en place afin de tenter de donner réponse aux plaintes de riverains : « La mairie, la police et les associations ont décidé de travailler ensemble et se réunissent chaque mois pour parler du sujet et tenter de trouver des solutions », explique Serge Baggi, président du Comité des Minimes/Barrière de Paris. Les 500 adhérents à ce comité se sont rapprochés il y a deux ans du Comité des Ponts jumeaux, déjà concerné par le sujet. Les habitants des boulevards alentours semblaient coutumiers de certaines nuisances : bruits, tapage nocturne, activités sexuelles visibles de tous et parfois très tôt… « Cette prostitution est très particulière », ajoute Viguian Autofage, un adhérent du Comité des Minimes, « elle se passe à 90% dans les voitures et parfois dès 21h le soir. » Au Capitole, on tente d’expliquer le ras-le-bol des riverains de manière pragmatique : « Aux Minimes ça commence tout juste mais il ne faut pas laisser le phénomène s’implanter. Il faut dire que c’est un quartier qui se construit et qui bouge beaucoup. Le problème c’est quand la prostitution s’installe dans de nouveaux lieux : les gens n’y sont tout simplement pas habitués… »

« La place du marché aux cochons devient une zone de prostitution »

« Quand il y a un point de fixation, on fait des contrôles et on déplace la prostitution vers une zone froide qui devient tiède puis brûlante… » ajoute Viguian Autofage. Et aux Minimes, il est clair que la température grimpe : « C’est très mauvais pour l’image du quartier » entend-on, d’autres craignent déjà de voir leur bien dévalué… « Les filles se sont déplacées », ajoute Serge Baggi, « jusqu’alors on en comptait beaucoup sur les boulevards de Suisse et Silvio Trentin, aujourd’hui l’artère Pierre et Marie Curie est investie par la prostitution jusqu’à l’avenue des Minimes au niveau de la place du marché aux cochons. Bien sûr, la présence policière est dissuasive, mais dès qu’ils partent, les filles arrivent. » Chacun le précise bien : « Le débat n’est pas de savoir si la prostitution est utile ou non, mais c’est un quartier familial, d’habitation, qui ne peut pas composer avec ce genre de pratiques. » Et les habitants de faire remonter leurs craintes au quotidien aux commerçants souvent, qui deviennent les confidents de tracas un peu particuliers, comme cette femme qui raconte s’être faite accostée par un automobiliste alors qu’elle rentrait chez elle : « on m’a demandé le prix de la passe… » Le Comité de Quartier a demandé à rencontrer le préfet ce 23 octobre, mais à ce jour, la demande est restée lettre morte.

Bulgares contre Roumaines

« Le sujet aura au moins le mérite de remettre chacun à sa place : la police municipale s’occupe de la tranquillité jusqu’à minuit et incite les filles à ne pas sortir trop tôt et surtout à diminuer le « spectacle ». Puis à minuit la police nationale arrive et fait un peu de répression», ajoute Jean Pierre Havrin. Concrètement sur le terrain, la police note une très légère augmentation, ajoutant néanmoins que « en période de crise on voit la prostitution se multiplier ». Le Nid, association de terrain, parle de 25 filles sur les Minimes. « Mais en 2012 sur Toulouse nous sommes rentrés en contact avec plus de 500 filles » explique Jean Luc Arnaud. Depuis deux ans, l’association parle d’une stagnation côté chiffres, hormis « un pic en juillet qui a affolé tout le monde. » Outre le nombre de filles, le contexte semble sensible à plusieurs choses très différentes : « La plupart vient de Bulgarie, où le système est plutôt clanique voire familial. En gros, quatre femmes sur les trottoirs français font vivre huit hommes là-bas, mais elles disent que c’est « la famille »… Elles n’ont pas une conduite agressive et ne pratique pas le racolage trop ostentatoire. A contrario, les filles originaires de Roumanie également très présentes font partie de réseaux importants qui les font tourner dans plusieurs villes. Ainsi insécurisées, elles ont tendance à consommer de l’alcool et à se regrouper, ce qui cause beaucoup de désagréments et une activité plus ébouriffée… » Cette semaine Viguian Autofage, du Comité des Minimes rencontre un hôtelier du cœur de quartier : « il dit avoir été agressé par une prostituée. Il lui aurait demandé de quitter les lieux. Elle aurait répondu avec une bombe lacrymogène. Je vais prendre ses dires avec précautions, bien que la police ait constaté que la bombe n’était pas anodine, car c’est normal que les filles puissent se défendre. Elle profitait simplement de l’enseigne lumineuse de l’hôtel… »

« Politiquement, il faudrait beaucoup de courage pour régler ce problème définitivement »

Une nuisance parmi tant d’autres, autour d’une cohabitation plus que difficile. « Les gens qui se plaignent se retrouvent au petit matin avec des préservatifs sur les poignées de porte », déclare Viguian Autofage, « c’est vrai que depuis le mois de juin on a eu beaucoup de mails, les habitants sont alertés. » A l’association Le Nid, si on s’accorde à dire que « la municipalité a mis en place une approche très adaptée concernant l’espace public », il reste beaucoup de travail « avec la police municipale pour faire connaître ces filles, l’idée étant de mieux les identifier car ce sont avant tout les victimes de réseaux de traite de l’être humain. » Celles qui parviennent à se confier à l’association racontent avoir « du mal à faire de l’argent » et multiplient les horaires et le temps passé dans la rue. « Il s’agit de gagner de quoi survivre, il ne faut pas l’oublier », indique Jean Luc Arnaud, « elles ne sont pas là de leur plein gré. Notre rôle est d’aider la mairie à prendre des décisions qui ne se retournent pas contre les prostituées. » La mairie s’est en tout cas engagée sur plusieurs aspects : ne pas sanctionner le racolage passif et réorganiser les voies de circulation et l’accès aux impasses, nombreuses dans le quartier des Minimes et qui deviennent des lieux de prostitution. « Le citoyen doit comprendre que l’espace public est face à de puissantes organisations nationales », ajoute Jean-Luc Arnaud, « ce sont des victimes, il ne s’agit pas de leur rajouter des difficultés, mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire. »

Aurélie Renne



UN COMMENTAIRE SUR Prostitution : « Les Minimes deviennent le bordel de la ville »

  1. L'autre son de cloche toulousain dit :

    Mais qui ose au Capitole faire cette analyse honteuse? « Aux Minimes ça commence tout juste mais il ne faut pas laisser le phénomène s’implanter. Il faut dire que c’est un quartier qui se construit et qui bouge beaucoup. Le problème c’est quand la prostitution s’installe dans de nouveaux lieux : les gens n’y sont tout simplement pas habitués… »
    Franchement ça vole bas, très bas, dans l’entourage de M. Cohen!

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