Le casse-tête des monnaies parallèles


Monnaies locales, monnaies parallèles, monnaies complémentaires, autant de qualificatifs pour désigner ces nouvelles formes d’échanges qui émergent un peu partout en France depuis le début du 21ème siècle. Enquête sur ces pratiques.

Depuis maintenant plusieurs années en France de nouvelles formes de monnaies voient le jour. Au nombre de 8 dans la grande région Midi-Pyrénées, elles sont souvent appelées monnaies « locales », « parallèles » ou « complémentaires » voire « sectorielles ». Bien que tous ces termes semblent être très différents les uns des autres, ils sont pourtant bel et bien synonymes.  En effet, cette nouvelle forme d’argent se situe très loin de l’idée de magouilles en tout genre et d’économie souterraine. Formées sur une base associative, ces monnaies locales commencent à prendre de plus en plus d’importance. À Toulouse, la plus connue, Sol Violette, est en circulation depuis Mai 2011 sous forme de coupons billets. Mais voilà qu’en ce début d’année 2014 une hypothétique monnaie, bien que différente de Sol Violette, commence à s’affirmer : Mipys. Cette association à but non lucratif a été fondée depuis début 2013 par Gérard Poujade. Et elle a pour but de s’appliquer dans toute la région Midi-Pyrénées. « L’association a pour vocation de disparaître lorsqu’elle deviendra Société Coopérative d’Intérêt Collectif» explique Gérard Poujade, le président de l’association. Elle atteindra donc ce statut lorsqu’elle comptera 1000 entreprises, associations ou collectivités en tant que partenaires. De plus, la caractéristique principale, de cette monnaie, est qu’elle sera numérique : « les usagers pourront effectuer leurs paiements par internet, grâce à leurs smartphones ou par carte bancaire en Mipys sur un terminal de paiement» termine-t-il.

Un antibiotique anti-crise

En ligne de mire ? Relancer la consommation. Car la spéculation monétaire est l’ennemi numéro 1 des monnaies parallèles : « Notre principal but est de favoriser l’économie réelle pour éviter que la monnaie parte dans le circuit de la spéculation » explique Andrea Caro, coordinatrice de l’association Sol Violette. Et cela se définit grâce à la particularité de ces monnaies d’être non capitalisable. C’est-à-dire, qu’elles ne peuvent être valorisées par aucun moyen.  « On ne peut pas voir l’économie juste économiquement […] on doit faire de la croissance. Mais la terre n’a pas de ressources infinies et on doit en tenir compte », reprend-elle. Développer l’économie locale dans le cadre du développement durable, encourager les secteurs qui permettront d’aller vers un monde plus solidaire et éviter les déchets en tout genre, voilà les principaux objectifs que ces associations s’accordent à vouloir remplir. Ce nouveau mode de paiement pourrait être une sorte d’antibiotique anti-crise. Grâce à sa spécificité de passer rapidement d’un propriétaire à un autre : « On a vocation à faire une monnaie qui tournera le plus vite possible. Les Mipys auront pour but de générer du Produit intérieur brut, et la rotation de la monnaie créera des emplois » explique Gérard Poujade. Ces monnaies parallèles ont, par ailleurs, une fonction complémentaire vis-à-vis de l’euro : « elles servent à combler les manques de l’euro » souligne Andrea Caron, tout en précisant : « On n’est pas anti-euros ». En somme, ces monnaies se veulent substituables au cas où l’euro rencontrerait un problème. Elles deviendraient donc plus sécurisantes pour les consommateurs : particuliers ou entreprises. À en croire ces associations, les monnaies parallèles sont la solution à tous nos problèmes.

«Certain ont l’impression qu’on veut bouffer les autres »

« On ne fait pas de publicité, parce qu’on pense que ce n’est pas une bonne chose. On n’essaie  de convaincre personne, on veut que les gens viennent parce qu’ils le souhaitent » explique Andrea Caro. Pour adhérer à une telle association sur une durée d’un an, les clients doivent débourser 20€ (pour Mipys par exemple). Et cela dans le but de pouvoir utiliser ces monnaies, délivrées par les banques partenaires, sans que ces dernières puissent toucher des intérêts. Pour les entreprises c’est presque la même affaire. Elles déboursent entre 25 et 100€, pour appartenir au réseau de Sol Violette. L’idée étant que le tarif de l’adhésion s’adapte en fonction de la taille de l’entreprise. Si Sol Violette s’applique exclusivement sur Toulouse autour de trois zones essentielles : Grand Mirail, Rangueil & Centre-ville. Elle voue tout de même une volonté de créer un partenariat avec les autres associations de « Sol » de Midi-Pyrénées. Alors que Mipys cherche réellement à s’implanter dans la région. «On trouve ça dommage qu’ils ne soient pas venus nous rencontrer » déplore Andrea Caro concernant les dirigeants de l’association Mipys. Mais pour Gérard Poujade, il n’est pas question de créer de partenariats avec les autres. « Les projets intégrateurs sont toujours mal perçus, parce qu’on a l’impression qu’on veut bouffer les autres » reprend-il. De fait, avec la future mise en place de Mipys, une rude concurrence risque d’apparaître avec toutes les autres monnaies parallèles existant déjà dans la région. De plus, chacune d’elles repose sur une même base. À savoir que lorsqu’on veut échanger 100€ avec une monnaie locale, il est déboursé 110 de la monnaie parallèle. De fait, il y a un gain de 10% sur les euros déposés. Ces 10% naissent tout simplement du retour de la monnaie locale sur l’euro. A l’inverse, si les adhérents veulent rendre leur 100 de la monnaie parallèle, il ne leur est rendu que 90€. Cette perte de 10 s’explique par le bon vouloir de garder une équité.

À ce jour, Sol Violette offre une distribution sous forme de Coupons Billets protégés par des bulles d’airs enfermées de manière aléatoire afin d’éviter la copie, et la fausse monnaie. Si le mode de distribution de Mipys est numérique, Gérard Poujade espère pouvoir lancer les premières formes d’échanges Mipys à l’automne 2014. « Notre projet est très souvent soutenu par les conseils municipaux de la ville » termine Andrea Caro.  En bref, il ne nous reste plus qu’à en observer et constater leur évolution …

Gilles Vidotto

Sol Violette :

-          Date de création : 2009

-          Date de mise en circulation : 6 Mai 2011

-          Moyens de distributions : les Coupons Billets/Numérique

-          Zone de distribution : Toulouse

-          Nombre de partenaires : 140

-          Nombre d’adhérents citoyens : 2000



UN COMMENTAIRE SUR Le casse-tête des monnaies parallèles

  1. Patrick AUBIN dit :

    Réglons le sort de ces monnaies dites “parallèles” :

    - Tout d’abord, ces monnaies parallèles reposent sur l’euro en contrepartie, donc aucun intérêt à les utiliser. Si l’euro se casse la figure, la monnaie parallèle n’a pas plus, ni moins de valeur, elle se casse la figure de la même manière.
    - Comme l’euro, ce sont des monnaies-papiers : le jour où les individus prennent conscience que la monnaie qu’on leur demande d’utiliser n’a aucune valeur, alors tout le système s’effondre.

    Ne pas éduquer les gens à ce qu’est une vraie “monnaie”, c’est les manipuler et les voler !

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