L’audience de la semaine: Viol sur sa propre fille « Je suis un prédateur »

Lundi 16 décembre, au tribunal de Grande Instance de Toulouse, a été jugé Gérard* pour une affaire de viol commis durant six ans sur sa propre fille âgée de 4 ans lors des premiers faits. L’audience est ouverte.

 

Une ambiance pesante règne au sein de cette audience. Le président appelle à la barre Gérard, envoyé devant cette juridiction pour des faits produits entre le 1er janvier 2003 et le 31 décembre 2009. Pour « des violences, contraintes d’abus et menaces sexuelles » sur sa fille en procédant à des attouchements et des caresses d’ordre sexuel. « Il comparait pour ces faits qui lui sont reprochés alors qu’il est en état de récidive » précise-t-il. Marjorie* est présente, entourée de sa mère et de ses grands-parents. Gérard quant à lui, est soutenu par sa nouvelle compagne.

C’est à la suite d’une plainte déposée par Marjorie – le 29 juin 2010- que l’enquête démarre. Le Président énonce quelques déclarations, en débutant par celle du légiste : « Le médecin confirme des traces de cicatrices qui sont évocatrices d’une défloration partielle qui demeure incomplète. Les agressions sont restituées à plusieurs reprises en fonction des séjours chez son père. Il l’obligeait à venir dans sa chambre, à se mettre sous la couette pour lui infliger des caresses jusqu’à pénétration digitale qualifiée de partielle et des « bisous » sur son sexe. Il n’y a pas de pénétration buccale. » Il poursuit avec la déclaration de Marjorie : « Lorsque nous étions tous les deux, il me demandait de se frotter à lui, de toucher son sexe… Je criais « non ». « La jeune fille est prise en charge par une psychologue et un médecin », explique le Président soulignant « la cohérence des termes d’une déclaration à l’autre. » Puis, vient celle d’Emilie*, fille d’une précédente union : « J’ai parlé à la mère de Marjorie pour qu’elle soit vigilante car mon père a un comportement malsain. Il me disait qu’il ne voulait pas que je sois frigide comme ma mère. Il voulait m’apprendre des choses d’ordre sexuel. » Quant au petit frère d’Emilie, il n’est pas concerné par ces faits mais insiste tout de même sur son côté « impudique » : « il se masturbait à côté de moi. Il faisait l’amour alors que je me trouvais dans la même pièce. Tout ce qu’il a fait est impardonnable, il est indéfendable. J’ai la haine envers lui. J’espère qu’il va payer. »

Gérard, qui a « globalement reconnu les faits » tient à s’expliquer : « Marjorie n’est coupable en rien, je l’aime. Je me fais soigner. Je veux me faire pardonner par mes enfants. Je me suis battu contre moi pour ne jamais leur faire du mal. Je me suis toujours arrêté avant la pénétration. C’est moi qui aie un dysfonctionnement. » Suite aux aveux du père, le Président appelle alors la jeune adolescente à la barre accompagnée de sa mère afin qu’elles puissent s’exprimer. La jeune fille intimidée prend alors la parole : « Je n’ai rien à rajouter, tout a été dit. Je veux seulement faire reconnaître que toute sa vie, il s’en est sorti en faisant du mal aux gens. » La mère de Marjorie, elle, est rongée par les remords : « Je porterai cette culpabilité toute ma vie. J’ai dû me séparer pour des violences conjugales. Je me suis voilée la face lors des déclarations d’Emilie. L’inceste ce n’est pas banal, c’est dévastateur pour ma fille. Elle aura des séquelles toute sa vie. » C’est très affectées que les deux femmes retournent s’asseoir main dans la main alors que le père revient à la barre en pleurs : « Je suis un père pourri, un prédateur. Je ne suis pas attiré par les enfants. Nous étions tout le temps ensemble. Elle jouait le rôle de la petite maman à la maison. C’est une prédation par défaut. » Le Président demande au grand-père de Marjorie de venir à la barre pour s’exprimer. Il s’avance attristé : « On se sent tous coupables de ne pas avoir su protéger notre petite-fille » déclare-t-il. Pris de sanglots, il retourne aussitôt s’asseoir.

L’avocat de la victime débute alors sa plaidoirie : « N’ayons pas peur des mots, c’est un pédophile qu’on affable. Il faut mesurer l’enjeu de cette audience. Après de tels actes, il faut pouvoir se reconstruire. Je suis tout de même heureux d’entendre un début de culpabilité. Marjorie a entendu beaucoup de mensonges venant de la bouche de son père. Vous lui avez volé son enfance et son propre père. Reste à savoir si ces remords sont sincères ? Je m’en remets à la sagesse de votre tribunal. »

Le Procureur, consterné, prend la parole à son tour : « C’est la trajectoire d’un enfant brisé qui rencontre celle d’un adulte qui était censé l’aider à se construire et non à la détruire. Quoiqu’il advienne, la justice est imparfaite car la douleur de Marjorie est irréparable. Il tient des propos rassurant : il a dit et affirmé qu’il était « responsable » et que Marjorie n’y était « pour rien ». Je pourrais me rassurer de ces déclarations si je n’étais pas lucide et si j’étais convaincu de sa sincérité. Il a une attitude théâtrale, on peut s’interroger sur les larmes qu’il a versées. Pleure-t-il sur lui ? Pour réparer les dommages incommensurables qu’il a faits ? Ou pour obtenir un jugement plus clément ? C’est ma fonction de dire combien son comportement est inacceptable. Je demande donc une condamnation à une peine de 4 ans d’emprisonnement avec un suivi socio-judiciaire. »

Pour la Défense, « Le débat tourne autour de la détention » : « Je ne demande pas une peine clémente, je souhaite qu’elle soit juste et cohérente par rapport à la souffrance de cette jeune fille. Le mettre en détention va alléger les souffrances ? Aider sa fille à se reconstruire ? Je n’y crois pas. Nous n’avons pas évoqué le sursis et la mise à l’épreuve. Cette procédure oblige des soins précis qui permettraient de suivre mon client qui est à présent suivi par un psychiatre. L’interdire de rentrer en contact avec sa fille si c’est ce qu’elle souhaite est une bonne obligation. L’indemniser l’est également. Quiconque est allé en prison sait comment ça se passe. Il n’y a pas un détenu qui voit le psychiatre plus d’une fois tous les 15 jours. Où est l’intérêt ? Je vous demande de réduire la peine d’emprisonnement qui n’est pas la solution la plus opportune. Je souhaite que cette dernière ne soit pas une peine qui réponde à un désir logique de vengeance mais simplement à une peine où chacun puisse se reconstruire, surtout pour cette petite fille. »

 

 

Décision : Coupable en répression. 4 ans de prison, suivi socio-judiciaire, injonction de soin de 5 ans. 12.500€ d’amende pour la partie civile. Puis inscription au fichier des délinquants sexuels. « C’est la gravité des faits réitérés, de la récidive qui pèse sur cette affaire » précise le président.

 

*les prénoms utilisés dans l’article sont des prénoms d’emprunt



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