La place de bébé dans la ville

Les 5 et 6 décembre derniers, Monsieur Bébé a posé ses valises au Théâtre National de Toulouse pour les Journées Spirale. Durant 48 heures, de nombreux intervenants ont contribué à améliorer et partager avec le public les connaissances sur le thème du « bébé et sa famille dans la ville ». A l’heure de la Métropole, l’enjeu est non négligeable et un point interdisciplinaire sur la question est de grand intérêt. Voyage au cœur de l’univers urbain de bébé et rencontres avec les spécialistes.

 

Bébés des villes et bébés des champs, bébés au vert dans des parcs et des jardins publics, écueils de la balade en poussette, quelle place pour les bébés en ville, ici ou ailleurs ? Les villes font-elles souffrir bébé ? Est-il possible aujourd’hui de naître ailleurs qu’en ville ? Les thématiques et les questions n’ont pas manqué lors des Journées Spirale les 5 et 6 décembre derniers au Théâtre National de Toulouse. Spirale, est avant tout une revue spécialisée sur « la grande aventure de Monsieur bébé » à laquelle contribuent de nombreux spécialistes pluridisciplinaires de la petite enfance. C’est aussi l’association basée à Toulouse qui organise ces Journées. Le thème choisi pour cette cinquième édition est « Bébé et sa famille dans la ville », l’occasion d’aborder, en période pré-électorale la question de la place donnée aux enfants, aux familles dans les villes d’aujourd’hui. Les organisateurs ont planifié les rencontres autour de quatre grands axes pour cerner au mieux les problématiques de la petite enfance : La ville dont le Prince est un bébé, la vie en ville, des villes d’ailleurs et des villes d’ici. Parmi les nombreuses interventions proposées au public, celle de Philippe Bouteloup, musicien, directeur de Musique et Santé cible la question du bruit dans la vie d’un enfant « Bruit des villes et bruits des champs ».

 

 

« L’écologie sonore »

 

Philippe Bouteloup investit le champ de l’écologie sonore qui est l’étude de la relation entre les organismes vivants et leurs environnements sonores. Le musicien introduit son propos par une citation de Michel Chion, compositeur de musique concrète, enseignant de cinéma, et critique : « Nous vivons tous avec les sons. Ils nous accueillent dans la nuit utérine. Ils nous dérangent, mais aussi nous alertent. Nous agressent et parfois aussi nous mènent au ciel. Ils nous orientent et nous désorientent. Et voilà ce que nous faisons avec eux : nous les négligeons, les contournons… » Pour Philippe Bouteloup, « l’absence de bruit n’existe pas. Même dans une chambre sourde on entend le bruit de son cœur. Le silence n’existe pas. » Le bruit est partout, nous évoluons dans un paysage sonore. Les travaux scientifiques sur sa présence, son influence sur les êtres humains commence à se multiplier, en milieu hospitalier notamment. Si, dans ce milieu il peut déranger – certaines expériences ont été menées au CHU de Toulouse pour faire prendre conscience au personnel de l’impact d’une porte claquée pour un malade par exemple – il est aussi parfois rassurant. « L’enfant hospitalisé perd ses repères » explique le spécialiste, « La symphonie domestique en est un. » A l’évocation du bruit dans les crèches, un murmure évocateur parcourt la salle. « Le bruit de repas d’enfants à la cantine peut atteindre 85 décibels. Et selon les médecins, il faut une heure pour récupérer nerveusement de ce type d’exposition. Le bruit amène le bruit. Écouter cela s’apprend » conclut Philippe Bouteloup.

 

 

Les plans de périnatalité en question

 

Plus tard dans l’après-midi, Michel Briex, gynécologue-obstétricien au centre hospitalier de Libourne, propose une intervention nommée : « Il est bien difficile de naître ailleurs qu’en ville », au constat que 50% des Français vivent sur 10% du territoire, et suite aux différents plans de périnatalité et une de leurs conséquences : la disparition des petites maternités. « Mais être une grande ville ne signifie pas que l’on a un taux de natalité important. Les bébés y naissent mais n’y habitent pas forcément » explique Michel Briex et de poursuivre « les populations rurales se sentent abandonnées. Ces plans ont été lancés car la France n’avait pas de bons scores sur la mortalité, or malgré tout, elle n’est toujours pas au top, notamment en matière de mortalité maternelle : 70 à 80 femmes décèdent chaque année. En Pologne, l’éloignement moyen des maternités est plus grand qu’en France mais leurs chiffres sont meilleurs.» La question de l’évaluation de l’efficacité des plans de périnatalité se pose. Pour conclure, Michel Briex explique que « 80% des naissances sont normales, les plans ont assuré un renforcement de la sécurité plus qu’un meilleur suivi de la maternité et des naissances. »

D’autres interventions ont permis au public de voyager, au Mexique, à Casablanca, certaines ont aidé à des prises de conscience sur la souffrance que les villes pouvaient causer aux enfants.

La revue Spirale n°68 regroupe toutes ces contributions. Elle est disponible aux éditions Erès.

 

Plus d’infos : editions-eres.com

 

 

Le chiffre

520

C’est le nombre de maternités en France.

 

Crédit Photo: DR

Patrick Ben Soussan

« Nous sommes responsables de notre planète mais aussi de nos enfants. »

Patrick Ben Soussan est pédopsychiatre, responsable du département clinique, à l’institut Paoli-Calmette de Marseille. Il est directeur du Collège de la revue Spirale et de la collection « 1001 BB » aux éditions Erès.

Patrick Ben Soussan, vous présidez le Collège de la revue Spirale, comment est née cette revue, cette association ?

L’association Spirale est une émanation de la revue du même nom qui existe depuis maintenant 17 ans, dans le cadre d’une collaboration avec les éditions Erès. C’est une revue de périnatalité dont le projet était d’ailleurs de proposer une vision très interdisciplinaire autour du tout petit et de sa famille.

Plusieurs approches sont donc utilisées pour aborder la périnatalité ?

Oui, il s’agit d’un trépied qui concerne l’accueil dans la petite enfance, les liens avec la périnatalité c’est-à-dire l’aspect gynécologique obstétrical, la grossesse, la naissance, mais aussi le côté du développement très précoce de l’enfant avec la pédiatrie, la réanimation néo-natale, la néonatalogie, puis tout le côté psychologique du développement.

Comment avez-vous eu l’idée de lancer les journées Spirale ?

Nous sommes partis de la revue. Au bout d’un certain temps, nous avons eu de plus en plus d’échanges avec les lecteurs. Nous avions un besoin réel d’avoir un contact plus proche avec eux. Ces rencontres créent une autre dynamique.

Qui sont les personnes qui assistent aux Journées ?

Les Journées Spirales sont ouvertes à tout le monde, le public qui est ici est toutefois majoritairement composé de professionnels de la petite enfance, de l’accueil, du soin, de la culture qui tous, à un moment donné sont sensibilisés par leurs pratiques ou leur culture à la petite enfance et aux familles.

Comment avez-vous choisi le thème « Le bébé et sa famille dans la ville » ?

C’est une thématique qui revient souvent dans ce que nous renvoient les lecteurs, les intervenants et à ce que l’on entend globalement autour de nous. La question de l’urbanité revient de plus en plus, il y a davantage de villes et de grandes villes. Nous voulions aborder en quoi ce fait impacte le devenir des familles sur le développement des enfants. Qu’est-ce que naître et grandir dans une grande ville ? Est-ce la même chose qu’à la campagne…

Quel message souhaitez-vous transmettre à l’occasion de ces Journées ?

L’idée qui est revenue dans les interventions est qu’il faut être attentif aux tout-petits que l’on vive à la ville comme à la campagne. Etre attentifs à leur développement, faire attention à ce que l’on mange, ce que l’on fait, à ce que l’on pratique ensemble et à ce que l’on essaye de construire dans une vision de l’humanité au long cours.

 

C’est la cinquième édition des rencontres Spirale, rendez-vous est pris l’an prochain ?

Oui, le rendez-vous des Journées Spirale est pérenne. Toutefois nous sommes plutôt sur un rythme de 18 mois. Donc nous pouvons envisager les prochaines rencontres début 2015.

 

©Marie-Agnes Espa

Marcel Rufo

« On rêve toujours son enfance » 

Marcel Rufo est pédopsychiatre, auteur de plusieurs ouvrages sur la petite enfance et Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à Aix-Marseille Université. Il intervient lors des Journées Spirale sur le thème « J’ai rêvé d’une ville ». Rencontre.

Marcel Rufo, votre intervention lors des Journées Spirale s’intitulait « J’ai rêvé d’une ville ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

On rêve sa ville d’abord. Plutôt que de rêver d’une ville qui serait idéale, un port de pêche, une splendide capitale ou encore une grande ville avec des gratte-ciel, on finit par rêver sa ville parce que l’on y évolue enfant et que petit à petit, on se l’approprie. En fait, on rêve de la ville que l’on regarde, dans laquelle on circule et on déambule. On rêve les villes de notre enfance car on rêve toujours son enfance.

Sur quels points, selon vous, les adultes doivent-ils être vigilants avec les enfants dans leur rapport avec la ville ?

Il ne faut pas qu’ils leur proposent une ville toute mâchée, ne leur faire découvrir que les squares et ce genre de lieux. Les parents doivent surveiller l’inventivité de l’enfant. Comment ce dernier s’approprie-t-il, s’invente-t-il un lieu, un petit espace, un recoin… Les adultes doivent comprendre que l’enfant invente la ville et n’est pas sujet à utiliser la ville faite par les adultes. Il faut, dans les villes, des choses de petite hauteur (du mobilier urbain par exemple, ndlr) pour que les enfants puissent se cacher, disparaître et réapparaître. En fait, la ville doit être un peu à hauteur de l’enfant, un peu magique.

Que retenez-vous des Journées Spirale ?

Ces journées étaient très intéressantes car elles ont fait ressortir la part infantile de chacun. On reste toujours l’enfant de la ville ou du village dont on a été.

*Dédicace Marcel Rufo

Un Journal de Toulouse, la capitale du rugby. L’équipe que j’admire et redoute en rêvant de la vaincre mais en applaudissant son talent. Toulouse, avec sa belle mixité sociale et son charme en partie toscan.

 

 

 

Spirale_JT592.pdf by Journal Toulousain


 



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