Arrêté préfectoral; Les débits de boissons trinquent

L’arrêté préfectoral fixant les horaires de fermeture des établissements de nuit est entré en vigueur le 20 janvier à Toulouse. La polémique enfle, les patrons se rebiffent.

 
Jusqu’à présent, l’arrêté municipal de 1970 laissait une grande liberté d’horaires aux bars et discothèques de Toulouse. La préfecture de la Haute-Garonne a voulu que la Ville rose se plie aux mêmes règles que les autres communes. Ainsi, les bars devront tirer le rideau à 3h et les discothèques à 6h le week-end. Cet arrêté est jugé mal venu en pleine crise économique et peu de temps après la loi anti-tabac. Le secteur souffre et la plupart des responsables d’établissement estime cette nouvelle règle trop rigide et injustifiée, compte tenu des constantes améliorations en matière de prévention routière. Jean Mesnard, patron de la Bodega, a décidé de saisir le Tribunal Administratif et souligne que «depuis 12 ans, le nombre de tués sur la route ne cesse de diminuer. Le département est plutôt un bon élève.»
Le but de cet arrêté est de lutter contre les nuisances et les violences aux abords des établissements, mais aussi de combattre l’alcoolisme chez les jeunes. Pourtant, nombreux sont les propriétaires d’établissements qui estiment que cet arrêté aura l’effet inverse : «Je pense que les violences vont augmenter. En fermant tous les bars à 3h, vous mettez entre 10 et 12 000 noctambules dehors. Inévitablement, il y aura plus de débordements, de petite délinquance, voire des actes plus graves», pense Jean Mesnard. De même, pour Hervy Gilberton, patron du Trader : «Si je mets dehors mes 300 clients à 3h, bien sûr que les problèmes seront pires qu’aujourd’hui. Il y aura plus de bagarres et plus de débordements».

Une décision « arbitraire et injustifiée »

C’est bien connu, Toulouse, deuxième ville étudiante de France, vit à l’heure espagnole. «Je suis déçu car Toulouse a un vrai potentiel que l’on est en train de tuer», nous confie Jean Mesnard, ce Bordelais attiré par les possibilités qu’offre la Ville rose. «Ici, les gens sortent tard, c’est dans leur culture, or cette règle me demande de fermer à l’heure de mon pic de vente». Ce patron, qui emploie 23 salariés, évalue une perte d’environ 20 % sur son chiffre d’affaires et menace de «licencier» voire de «fermer à long terme». Pour Hervy Gilberton, le manque à gagner serait de 10 %, et il ajoute que «cet arrêté favorise les discothèques, qui récupéreront les clients plus tôt.» Jean Mesnard, lui, constate que le prix des consommations en boîte est exorbitant : «Beaucoup de nos clients sont des jeunes qui ont un petit budget. Ils ne vont sûrement pas dépenser près de 100 € pour une bouteille alors qu’ils devront partir deux heures plus tard. Ils iront en acheter dans les épiceries de nuit.»
Les gérants vivent cette décision comme une sanction disciplinaire, purement arbitraire. Ils sont dans l’incompréhension : «Nous n’avons pas eu de délai pour appliquer cet arrêté et nous n’avons pas été concertés», informe Jean Mesnard. En réaction à cet arrêté, une manifestation s’est déroulée samedi soir dernier à 3h du matin place St-Etienne. Patrons et habitués y ont clamé leur opposition. Une manifestation que déplore le Préfet. En effet, à la fin de la manifestation, il y aurait eu «des jets de pierre et de cannettes à l’encontre des forces de l’ordre». Le Préfet estime «qu’il convient d’attendre la décision du juge, concernant la procédure de référé engagée le 4 février dernier, auprès du Tribunal Administratif, par plusieurs gérants d’établissement» et rappelle que «l’arrêté a fait l’objet depuis le printemps 2008 d’une très large concertation, associant les représentants des cafés et discothèques à travers la fédération départementale de l’UMIH 31, la ville de Toulouse, l’association départementale des maires de Haute-Garonne et les services de police et de gendarmerie.»

Eva Larand
et Laure Basterreix


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