Arnaud-Bernard : Un quartier sous haute-surveillance

Depuis les heurts policiers-habitants du mercredi 17 juillet dernier, la question de la sécurité à Arnaud-Bernard est une nouvelle fois posée. La polémique se centre sur le local de l’association culturelle des musulmans d’Arnaud Bernard (rue de l’hirondelle) d’où est partie la rixe. Lieu de prière clandestin pour les uns, légitime pour les autres. Il est en tout cas dans le viseur des forces de l’ordre… Explications.

 

Il est environ 21h30 lorsque les policiers de la BAC passent dans la rue de l’Hirondelle. « Nous avons été alertés pas des plaintes de la population qu’il s’y passait des rassemblements bruyants », explique Franck Bonici, secrétaire départemental adjoint du syndicat Alliance Police Nationale. Dans ce local, qui abrite l’association culturelle des musulmans du quartier, les membres se réunissent notamment pour prier. « Les policiers qui effectuaient la patrouille avaient pour consigne de repérer le terrain, mais sans rentrer, ni intervenir », précise Franck Bonici. Selon lui, il s’agit d’un lieu de prière « clandestin », et « la seule présence des forces de l’ordre » dans la rue aurait déclenché les hostilités. Mais Afsaruddin Bepari, responsable de l’association dément : « Ils ont essayé de rentrer en bloquant la porte avec leur pied, un fidèle, handicapé qui plus est, a voulu s’interposer pour leur demander d’enlever leurs chaussures. Ils l’ont tabassé », rapporte-t-il. Devant ce spectacle, des personnes extérieures à l’association, « qui étaient au coin de la rue, sont venues pour s’opposer aux policiers », ajoute un autre fidèle du lieu. Les trois policiers de la BAC toulousaine ont dû appeler des renforts. « Au total il y avait une trentaine d’hommes sur place », précise le représentant d’Alliance, alors qu’ils étaient « pris à partie par une douzaine de personnes, qui lançaient tout ce qui leur tombait sous la main, cailloux, canettes et même une cafetière ! » Ils ont répliqué aux grenades lacrymogènes et  anti-encerclement. Deux policiers ont été légèrement blessés et quatre personnes interpellées.

Versions divergentes

« Cela faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu une altercation de ce genre avec les policiers », témoigne Samir, présent mercredi rue de l’Hirondelle. Selon Didier Martinez, secrétaire régional de la SGP Police, il n’y a même jamais eu « d’incident de ce style » dans le quartier, pourtant considéré comme le plus difficile du centre-ville de Toulouse. Alors lorsqu’il s’agit de décrypter les faits, les interprétations sont divergentes. Pour Didier Martinez, « les policiers ont été pris à partie par des délinquants. Notre présence gêne les trafics en tout genre, ça veut dire qu’on fait mouche. » Ce que Samir confirme aisément : « le problème à la mosquée était un prétexte pour s’opposer aux policiers. Après il y a eu un amalgame entre eux et les fidèles qui n’ont même pas osé sortir. » Les patrouilles policières sont très régulières dans le quartier afin de « contrôler les trafics de cigarettes, d’alcool et de stupéfiants », mais également pour intervenir sur les problèmes de nuisances sonores dues aux nombreux bars. Ainsi, il n’est pas rare de voir leur fourgon stationné toute la journée sur la place Arnaud-Bernard. « Ils savent bien qu’ils ne peuvent rien faire contre les petits trafiquants. Ils vont les interpeller, il n’y aura pas de poursuites et ils devront les relâcher. C’est frustrant pour eux, alors des fois ils s’énervent », remarque le gérant de La Boucherie de la place. Comme tous les commerçants du quartier, il a entendu parler de l’altercation devant le lieu de prière : « Je n’y étais pas mais depuis dix ans que je vis ici, je n’ai jamais vu des jeunes attaquer des policiers, c’est plutôt l’inverse », soutient-il. L’incident serait alors une altercation entre policiers et petits trafiquants et non un problème avec les fidèles.

Mercredi dernier, les forces de l’ordre sont passées devant la mosquée, «dans le cadre de notre mission normale sur ce quartier, cela n’avait rien à voir avec la mosquée ou le Ramadan » indique Didier Martinez (SGP). De son côté, Franck Bonici (Alliance) avance clairement une autre raison : « le voisinage s’est plaint à plusieurs reprises du bruit engendré par la mosquée. » Pour ce dernier, l’intervention était également l’occasion de « repérer le terrain car si jamais on doit y mener une grosse intervention, il faut savoir comment sont les lieux. » Visiblement, les consignes divergent selon les syndicats de police… Le local est donc considéré comme suspect, indépendamment du bruit supposé et des problèmes récurrents de trafics illicites dans le quartier. Parmi les interpellés, deux sont des membres de l’association : la première personne à s’être interposée aux policiers et une autre « qui a tenté de raisonner les autres jeunes » aux dires de Samir.

Mosquée clandestine ou indésirable ?

L’association culturelle des musulmans d’Arnaud Bernard existe depuis six mois. Mais les riverains ne voient pas d’un très bon œil son arrivée dans leur rue paisible. En cette période de Ramadan où la fréquentation du lieu a augmenté, la tension est à son comble. « Nous avons fait isoler le plafond, on a accepté de fermer la porte alors qu’il fait très chaud et ils se plaignent toujours », regrette Afsaruddin Bepari. Il révèle également que le locataire du dessus aurait « coupé l’eau de notre local et aujourd’hui il nous a envoyé une lettre recommandée pour nous signaler qu’on n’avait pas le droit d’installer la climatisation ! C’est du racisme contre nous, il veut simplement nous faire partir. » L’association a porté plainte pour harcèlement. Autre problème soulevé à leur encontre : la régularité de leur activité. Franck Bonici désigne ce lieu comme une « mosquée clandestine ». Pourtant, les statuts ont bien été déposés à la préfecture de Haute-Garonne le 11 janvier dernier. Selon l’objet spécifié, il s’agit d’un « local culturel musulman », dédié principalement à  l’apprentissage de la religion musulmane. « On donne également des cours d’arabe et de français, on aide aussi les gens dans leurs formalités administratives », précise le président de l’association. Mais en discutant un peu avec lui, on comprend que le lieu s’ouvre cinq fois par jour au moment des prières. A l’intérieur, ni table, ni chaise, ni bureau. Juste des tapis qui recouvrent le sol, des livres religieux et une grande étagère à l’entrée pour y déposer les chaussures. Au mur une pancarte : « Vos dons pour la mosquée ». Pas de doute possible sur l’endroit. « Mosquée signifie lieu de prière, et la prière fait partie de la culture musulmane. Nous sommes dans notre droit », assure Afsaruddin Bepari. La préfecture, contactée sur le sujet, ne souhaite pas commenter l’affaire, ni même préciser si l’activité de l’association est légale ou non. « A mon avis, il faudrait mener une enquête plus approfondie sur ce qui se passe dans ce local. Les lieux de ce genre sont logiquement déjà connus des services de renseignement », estime Franck Bonici. La mairie de Toulouse a quant à elle interpellé les services de l’Etat « afin de vérifier que l’activité de l’association est bien conforme aux statuts déposés. Le fait que ce soit une mosquée n’est pas avéré. Les lieux de culte doivent faire l’objet d’une autorisation spécifique auprès de la préfecture. L’enquête, menée par la police des cultes, est en cours », nous révèle un informateur.

 

Coralie Bombail



UN COMMENTAIRE SUR Arnaud-Bernard : Un quartier sous haute-surveillance

  1. astico dit :

    « Mosquée signifie lieu de prière, et la prière fait partie de la culture musulmane. Nous sommes dans notre droit ».
    Tout le problème de l’islam résumé dans une phrase : ses fidèles placent cette religion au dessus de nos lois. Et l’affirment de plus en plus fort sans que les médias ou les politiques ne haussent le sourcil. Il faut réagir ! Les médias doivent cesser de minimiser tous ces actes et paroles qui sapent les fondements de notre société !
    Pour les sceptiques, notamment les femmes, allez vous promener seule un soir dans le quartier. Ou bien messieurs, envoyez votre femme y faire une course. Accompagnez-la même tiens, ça pourrait être une expérience… dépaysante. Vous hésitez ? Pourquoi donc ? Allez, allez, vous verrez ainsi toute la tolérance et la bienveillance de cette religion, et aurez un aperçu de la France de demain si nos politiques continuent à brader notre société pour un gisement d’électeur et une paix sociale temporaire…
    Quand à la BAC ou au service général, bon courage messieurs, ne baissez pas les bras !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.