Anne-France Badaoui-Yacoub ; Etre conscient des forces de chaque mot

Professeur de Lettres Modernes, Anne-France Badoui publie son premier ouvrage “Lettres & Symboles” aux Editions Ixcéa, dans lequel elle développe une approche didactique des mots et des dessins inspirés du mandala. Ses origines françaises et libanaises lui ont permis d’assouvir un besoin constant de créativité dont “Lettres & Symboles” donne un aperçu.

 
Anne-France Badoui, on commJustifierence toujours par regarder la couverture d’un livre et sur le vôtre, vous avez décidé d’utiliser le pseudonyme “Anne-France Badaoui-Yacoub” alors que votre nom civil est “Anne-France Badoui”. Pourquoi l’avoir changé ?
Yacoub est un nom d’origine araméenne et hébraïque; Badaoui est un nom d’origine arabe. Ce sont les noms qui apparaissaient successivement sur les papiers de mon père, selon l’époque. Avec un pseudonyme littéraire, on peut “changer” de nom tout simplement ; avec mon premier livre, “Lettres & Symboles”, j’en ai profité pour reprendre symboliquement mes noms d’origines.  

Puis l’on ouvre l’ouvrage pour le feuilleter et l’on découvre qu’il s’agit d’un abécédaire de lettres hébraïques. Pourquoi ce choix de publication singulière ?
Pour moi, suivre l’alphabet hébraïque, c’est rendre hommage à cette langue qui est celle de La Bible, à l’origine de nos civilisations, de l’écrit, tant en Occident qu’au Moyen-Orient. En alliant dessins et textes, j’ai tenté de restituer aux lettres tous leurs sens, toutes leurs forces aussi, à travers un ouvrage simple et accessible, ouvert à l’interprétation personnelle de chacun. Dans nos sociétés modernes, on considère trop souvent les lettres comme des signes arbitraires et vides de sens, ce qui est dommage, car l’enfant qui apprend à lire et écrire gagnerait à savoir d’où vient son alphabet, pour devenir un adulte conscient des forces de chaque lettre et mot qu’il utilise.  

Faire simple est un art difficile

On découvre, à travers votre livre, la force des images, toujours associées aux lettres de l’alphabet…
Dessins et textes devaient être les plus simples possibles. Le dessin centré du mandala (telle la rosace) et la simplicité des lignes et des formes marquent les esprits. Puis il m’a fallu vulgariser des connaissances universitaires et symboliques pour rédiger les textes. Faire simple est un art difficile ; j’espère y être parvenue. J’ai voulu faire comprendre que tout a un sens et une histoire, même une simple lettre de l’alphabet, que tout ce que l’on dit et écrit a une force car, derrière chaque lettre et chaque mot, il y a toujours tout un monde de symboles…

Vous expliquez les lettres et les symboles, pourtant vous laissez une place à l’interprétation personnelle du lecteur. Pourquoi un tel choix ?
En fait, j’ai essayé d’expliquer le moins de choses possible – mais ne le dites pas ! (Rires) –  pour obliger le lecteur à aller plus loin tout seul, s’il en a vraiment le désir… Mon livre s’adresse aux esprits curieux; la quête de sens est une quête personnelle, intérieure ; je veux seulement être une incitatrice, pour que chacun se mette en chemin…

Par là-même, vous éveillez la curiosité du lecteur qui forcément voudra en savoir plus. Pensez-vous un jour éditer un livre qui irait plus loin dans la réflexion ?
Je pense que j’écrirai encore sur les lettres de l’alphabet : elles sont des compagnes de chaque instant ! J’ai bien sûr envie d’aller plus loin dans la réflexion, mais celle-ci ne sera sûrement pas académique : de nombreux universitaires et chercheurs font déjà un excellent travail d’étude philologique et linguistique. Mon approche sera forcément plus intuitive, artistique et créative.

 

Des origines pour inspiration

Vous dites être «issue de familles d’Occident et d’Orient». Quelles sont alors vos origines ? Et quelles influences celles-ci ont-elles eues sur votre vie et sur votre ouvrage ?
Ma famille maternelle est de France, de Champagne. Ma famille paternelle est du Liban, tout au Nord, là où se trouvent les grands cèdres du Liban. J’y ai passé mon enfance mais nous avons dû quitter le pays à cause de la guerre. A la maison, nous parlions très souvent langues, littératures, traductions, Histoire; entre une mère professeur de littérature française et un père passionné d’anglais, d’Histoire du Moyen-Orient et d’archéologie, j’étais à bonne école !

Personnellement, qu’est-ce que ce travail vous a apporté?
Mettre mes idées au clair sur ce qui est vraiment important pour moi : dessiner et écrire ! Il était temps, à mon âge ! (Rires) Je suis heureuse aussi, d’avoir pu apporter ma pierre à l’édifice pour la construction d’un savoir plus global, symbolique et responsable où chacun décide sciemment de se mettre en route vers plus de connaissance. Et enfin, j’ai vécu l’aventure d’une première publication grâce à Fabien-Meyer Arous et André-Gérôme Gallego, des Editions Ixcéa ; cela est un présent inestimable. Et j’espère que cette aventure va nous mener plus loin encore sur les chemins que nous avons choisis de suivre…  

Si vous deviez résumer votre livre, comment le feriez-vous ?
“Lettres & Symboles, images et textes” : un abécédaire unique au monde pour tous les âges de la vie afin de ré-enchanter ce que vous dites, ce que vous écrivez, ce que vous lisez…

Propos recueillis
 par Séverine Sarrat



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