Angéla Merket et Nicolas Sarkozy Conférence de Presse conjointe

Conscients des véritables enjeux d’avenir en ce qui concerne l’Union Européenne comme du couple franco-allemand, il n’est pas surprenant au vu de l’actualité comme des positions de François Hollande que la chancelière Allemande et le Président de la République aient décidé de monter au créneau pour défendre leur politique commune. Le Conseil franco-allemand prévu par le Traité de l’Élysée était tout trouvé pour fixer une date, une harmonie qui pourrait demain peser dans les futures élections dans chacun des pays.

Ainsi, Nicolas Sarkozy rappellera l’importance que la France attache à son entente et à sa collaboration avec l’Allemagne. «A un moment où le monde connaît tant de bouleversements, tant de difficultés, tant de changements, ou l’Europe s’est trouvée confrontée à tant de crises financières et économiques il était louable et judicieux de montrer cette alliance stratégique et sans faille proposée par les deux pays. Rappelons que ces derniers mois, elle aura permis d’éviter que l’Europe en général, et l’euro en particulier, tombe dans le gouffre de la crise financière».

 

Monsieur le Président, pouvons-dire que nous sommes sortis de la crise?

Non et nous en sommes parfaitement conscients, mais pendant ces longs mois, pendant ces trois années de crise, c’est l’alliance entre l’Allemagne et la France qui a permis à l’Europe de surmonter les défis immenses qui se présentaient à elle. Avec la chancelière et à ce propos, nous disons d’ailleurs que la situation de la Grèce doit être réglée une bonne fois pour toute. Les paramètres du règlement sont sur la table et nos amis grecs doivent prendre leurs responsabilités en votant les réformes sur lesquelles ils se sont engagés.

 

Vous dites que les responsables politiques grecs de la majorité et de l’opposition doivent assumer leurs responsabilités. Qu’allez-vous faire s’ils ne le font pas ? Êtes-vous prêt à envisager une sortie de la Grèce de la zone euro ?

Tout d’abord, Mme Merkel et moi-même, considérons que les éléments de l’accord n’ont jamais été aussi proches. Que ce soit aussi bien pour les créanciers privés que pour les créanciers publics. Mais, la chancelière a raison, il faut conclure. Nous voulons cet accord et nous disons avec la même force que des moyens considérables ont été engagés pour sortir la Grèce, grand pays d’Europe, de la situation où elle se trouve. Mais nous rappelons aussi que les dirigeants grecs ont pris des engagements et qu’ils doivent les respecter scrupuleusement. Il n’y a pas d’autre choix.

 

Suivre l’exemple italien ?

Oui, vous avez raison de le souligner, s’il y avait un exemple à suivre, c’est l’exemple montré par le président du Conseil italien, M. Mario Monti, qui fait un travail remarquable. Et on voit, dans le domaine, les progrès spectaculaires réalisés par nos amis italiens. Donc, c’est le chemin à suivre. Il n’y a pas d’autre chemin. Je vous rappelle que la discussion avec les créanciers privés avait fait l’objet d’une nuit entière de travail et de tractations où Mme Merkel et moi-même nous nous étions engagés personnellement pour obtenir la solution. C’est maintenant aux deux parties, la nouvelle démocratie et le parti socialiste grec, de prendre leurs responsabilités.

 

Monsieur le Président comment avez-vous vécu votre prestation commune à la télévision devant les français ?

Je suis heureux et fier, après tout ce qui s’est passé entre l’Allemagne et la France, que la chancelière d’Allemagne et le président français, et peu importe nos couleurs politiques, puissent aller à la télévision allemande et à la télévision française pour dire : «nous sommes amis, nous sommes alliés, nous nous comprenons de mieux en mieux et nous bâtissons un avenir de paix et de prospérité pour nos enfants». Et souhaitons que tous les pays qui ont connu tant d’opposition dans l’histoire du monde puissent donner, quelques décennies après, le spectacle de deux chefs d’États, deux chefs de gouvernement, parlant d’une même voix. Vous savez, l’amitié entre la France et l’Allemagne, ça n’est pas un choix c’est un devoir. Et il ne faut pas jouer avec des sentiments qui nous ramèneraient à une époque que nous ne voulons plus connaître. Il est très facile de se monter les uns contre les autres. J’ai de l’admiration pour Mme Merkel qui est une femme qui dirige un pays de 80 millions d’habitants et qui le dirige bien. Je revendique cette amitié et cette confiance. Il a fallu apprendre à travailler ensemble, que l’on surmonte bien des problèmes, bien des difficultés. L’Allemagne a connu d’immenses réussites et nous voulons nous en inspirer. Tant mieux que nos amis allemands gagnent, progressent ou voient leur chômage diminuer. Le devoir des Français et du dirigeant français que je suis, c’est de nous inspirer de ce qui marche dans le monde et non pas de ce qui ne marche pas. Je peux dire au journaliste que vous êtes que le débat en Allemagne n’a pas toujours été simple. En Allemagne, on trouvait qu’elle écoutait trop le président français et, en France, on trouvait que j’écoutais trop la chancelière allemande. C’est sans doute que l’on a trouvé un bon équilibre. Enfin, permettez-moi une remarque sous forme de clin d’œil : M. Schröder, quand il est venu en France, a manifesté son soutien pour qui ? Cela prouve que même en Allemagne, il m’arrive de parler aussi à la gauche de l’Allemagne.

 

 

Justement, à propos de la convergence fiscale franco-allemande, où en est-on ?

Comme de logique, nous avons également fait le point et Wolfgang Schauble et François Baroin ont beaucoup travaillé, sur le sujet et ils nous ont présenté les conclusions du Livre Vert. Vous savez, le premier objectif que nous nous sommes fixés, c’est que l’Allemagne et la France convergent vers un impôt sur les sociétés qui permettrait d’organiser une zone fiscale pour nos entreprises. On le sait, l’Allemagne a un taux de l’impôt sur les sociétés plus bas, mais une assiette plus large, donc notre idée, c’est d’élargir l’assiette de l’impôt sur les sociétés françaises et ainsi de pouvoir baisser les taux. Notre conviction, profonde c’est que le rapprochement de l’Allemagne et de la France, créera une zone de stabilité qui renforcera toute l’Europe et toute la zone euro. Et c’est une direction stratégique à laquelle nous attachons une grande importance.

 

Après le positionnement à l’ONU de la Russie et de la Chine, avez-vous abordé, avec Madame Merkel le dossier Syrien ?

Tout d’abord, je tiens à vous préciser que j’aurai le président Medvedev cet après-midi au téléphone et qu’avec l’autorisation de la chancelière, sur la question syrienne, je lui parlerai en notre nom à tous les deux. De son côté, François Fillon appellera le Premier ministre Wladimir Poutine sur le même sujet. Le tout en respect, d’un point d’accord entre Alain Juppé et Guido Westerwelle. Vraiment, l’Allemagne et la France, sur la question syrienne, ne laissent pas tomber le peuple syrien. Ce qui se passe dans ce pays est un scandale et nous ne sommes pas décidés à accepter l’indécision ou le blocage d’une communauté internationale.

 

Monsieur le Président, on parle aussi de la formation d’un groupe de contact sur le peuple syrien. Est-ce que, par exemple, vous allez organiser un sommet sur la Syrie, comme vous avez fait, en son temps, avec la Libye ?

C’est notre Ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, qui est à la source de cette initiative. Très clairement, pour essayer de lever des éléments du blocage, nous souhaitons mettre en place un groupe des «amis du peuple syrien», qui montrerait au peuple syrien qu’il n’est pas seul. Nous voulons le faire avec nos amis arabes, notamment avec la Ligue arabe qui a pris une position extrêmement courageuse. A ce propos, comme l’a souligné Mme Merkel, c’est très étonnant que les Russes, qui dans l’histoire ont toujours été proches des positions de la Ligue arabe, aujourd’hui, semblent s’en distancier. Je vous rappelle aussi qu’il y a eu encore 200 morts le week-end dernier. Combien de temps va-t-on accepter cela ? Donc oui, c’est une initiative que nous allons prendre, très prochainement…

 

André Gérôme Gallego



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