Amélie Nothomb; La princesse du roman

Toujours aussi productive, Amélie Nothomb marque une nouvelle fois la rentrée littéraire avec «Le fait du prince» qui caracole en tête des ventes.  Rencontre avec une romancière atypique lors de son passage à Toulouse.

 
Amélie Nothomb, vous venez de publier votre 17ème roman en 16 ans. Comment faites-vous pour être aussi prolifique ?
La vérité est bien pire que cela puisque je suis en train d’écrire mon 64ème roman ! J’ai 41 ans donc on peut se demander où j’en serai dans 20 ans ! J’écris de 4h à 8h du matin tous les jours sans exception et l’inspiration vient d’elle-même, on ne peut pas la susciter. Je me mets en disponibilité intérieure et je laisse venir les idées. J’en suis à 3,7 livres par an et à la fin de l’hiver je relis tout pour savoir lequel je vais publier. Je n’ai pas d’autres critères que le désir et l’instinct pour mes choix et jusqu’à présent ça marche !

Comment se passe le processus d’écriture ?

L’écriture est du premier jet mais si vous regardez mes cahiers d’écriture, vous ne trouverez aucune rature donc le travail mental que je fais est déjà très travaillé. Je dis souvent que mon écriture est comme une grossesse : c’est du premier jet ! Je passe mon temps à être enceinte !Dans votre dernier roman, vous abordez le thème de l’usurpation d’identité. Auriez-vous aimé être quelqu’un d’autre ?
En étant romancière, je suis une usurpatrice d’identité : il y a les serial killers, je suis une serial usurpatrice. Pensez au nombre de personnages auxquels j’ai donné naissance et dans lesquels je me suis incarnée ! De plus, ce genre de comportement n’est pas autorisé dans la réalité, c’est un délit répertorié. Dans le roman, rien ne l’interdit. D’autre part, tout le monde a envie d’être quelqu’un d’autre à un moment donné, y compris moi. J’aimerais devenir une personne dont je ne connais rien.

 

Je ne sais pas qui je suis

Dans chaque livre, vous nous faites partager un élément de votre vie. Ici, c’est votre amour pour le champagne ?
Le champagne est la partie la plus autobiographique du livre. Mais il y a aussi d’autres dimensions très personnelles dans l’ouvrage comme l’apprentissage du secret ou des musées car mon personnage déteste les expositions au début du livre et, grâce à une initiatrice, apprend à aimer l’art. Toutes les expositions dont je parle dans le roman sont réelles et m’ont touchée.

La couverture du «Fait du prince» est une véritable œuvre d’art. Comment s’est déroulée son élaboration ?
Cette couverture est mon fait du prince à moi ! Mon rêve était d’être photographiée par Pierre et Gilles car je suis tombée à la renverse lors d’une de leurs expos à Paris. Leur univers est tellement magique ! Le hasard a voulu qu’on se rencontre et je leur ai demandé de faire mon portrait. Tout ce que je risquais était qu’ils éclatent de rire… et ils ont pris cette demande très au sérieux ! La moindre des choses quand Pierre et Gilles acceptent de vous photographier est de se prêter au jeu et de devenir leur créature. Ils ont décidé du costume, du décor et du maquillage. La couverture de mon roman représente la façon dont ces artistes me voient, ma personnalité. Je ne sais pas si cela me correspond car je ne sais pas très bien qui je suis mais je veux bien être cette curieuse sainte qui prie avec des doigts plein de sang.

Une obsession pour la mort

Une image un peu gothique…

Je ne suis pas une pure gothique en ce sens que les mouvements gothiques me regardent avec sympathie sans pour autant me considérer comme l’une des leurs. Les vrais gothiques sont beaucoup plus lookés que moi ! Mais il y a certainement une communauté thématique et de culture entre nous : une obsession pour la mort qui existe dans mon œuvre sans être morbide et des références littéraires. J’accepte avec joie d’être apparentée à une communauté qui a Baudelaire comme saint-patron. Je trouve que les idéaux des gothiques sont très beaux, j’aime leur non-violence.

Vous venez de recevoir le Prix Jean Giono qui récompense «un auteur ayant défendu ou illustré la cause du roman». Vous considérez-vous comme une porte-parole de la cause littéraire ?
Je suis folle de joie d’avoir reçu ce prix ! Si j’écris des livres, ce n’est pas a priori dans le but d’être la représentante de la cause littéraire mais pourquoi pas ! Je pense que la meilleure façon de défendre le roman est d’écrire des livres qui donnent envie de lire. Vu que j’ai publié 17 romans qui ont bien marché, je pense contribuer à cela.

Le fait du prince

«Existe-t-il vacances plus profondes que de prendre congé de soi-même ?»
Baptiste Bordave voit mourir sur le seuil de sa porte un inconnu dont il décide de prendre l’identité. Même âge, même aspect physique, mais le mort est riche, possède Jaguar, villa de luxe, épouse blonde et superbe… Devenu Olaf Sildur sans état d’âme, Baptiste espère couler des jours heureux à boire du champagne avec la veuve qui admet sa présence avec un naturel confondant.
Un conte moral (ou amoral, selon la lecture que l’on en fait) qu’il faut appréhender comme une sorte de fantasme universel, un conte de fées pour grandes personnes puisque le héros, de banal et commun, devient une sorte de maître du monde, de maître de son monde (richesse, ivresse, beauté…). Maniant paradoxes, assertions et semi-vérités, Amélie Nothomb nous livre sa vision de l’utopie à deux où la liberté, le non faire et l’imprévisible sont rois, et le champagne, le meilleur remède pour vivre heureux !

Propos recueillis par Sophie Orus


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