Amanda Lear sème la panique !

L’ex-muse de Dali et star des années des années 70 a décidé pour la première fois de sa carrière de tenter la comédie. Pari réussi puisqu’elle triomphe depuis plus d’un an sur les planches parisiennes dans la pièce «Panique au ministère». Elle y joue le rôle d’une grand-mère délurée qui bouscule sa fille trop guindée et un ministre de l’Education Nationale en pleine crise. Amanda Lear sera sur la scène du Casino Barrière aux côtés des autres membres de la troupe le 14 novembre prochain, dans le cadre de la 4ème saison des Théâtrales. Entretien.

 
Amanda Lear, pouvez-vous faire le pitch de la pièce “Panique au ministère”, dans laquelle vous jouez le rôle de Cécile ?
Cette pièce de boulevard se déroule au ministère de l’Education. Ma fille, jouée par l’excellente Marie Parouty, est chef de cabinet du ministre. Elle est très coincée, dans son tailleur très strict à la Michèle Alliot-Marie, et reste très déçue par les hommes dont elle ne veut plus entendre parler. Mais un beau matin arrive un charmant petit jardinier, à croquer, dont elle tombe raide dingue. Pour couronner le tout, sa mère, que j’interprète, débarque et met la pagaille. Elle fait partie de cette génération qui ne pense qu’à s’éclater, à fumer des joints et draguer les jeunes. De plus, elle veut ouvrir un bar gay à côté du ministère ! Donc c’est la panique, d’autant plus que le ministre est en pleine crise familiale. Ce dernier est joué par Raymond Acquaviva, 30 ans de Comédie Française, qui est aussi le metteur en scène de la pièce.

C’est la première fois que vous montez sur les planches. Vous attendiez-vous à un tel succès ?

Non je ne m’y attendais pas du tout et le producteur Jean-Claude Camus, qui m’a choisie, non plus ! D’ailleurs, il avait économisé sur les moyens en pensant que cette pièce aurait un petit succès. Il faut dire que les gens sont partis avec des a priori : la reine du disco has-been au théâtre, ça ne marchera jamais ! De plus, le milieu du théâtre est très fermé et les vrais comédiens ont ri quand ils ont su que j’intégrais le casting. Mais j’avais anticipé et mis un point d’honneur à être professionnelle à mort ! Donc, au premier jour des répétitions, j’étais la seule à connaître le texte par cœur. Je n’étais jamais en retard, j’écoutais le metteur en scène… une vraie lèche-c… ! Moralité : je les ai conquis. Et c’est très important que vos collègues vous respectent. On entre dans une nouvelle famille qui n’a rien à voir avec le cinéma et la télévision. Au théâtre, on ne peut pas tricher.
«Les politiques ont le sens de l’humour»

On a l’impression que ce rôle de sexagénaire déjantée a été écrit pour vous…
Je pense que le texte a été écrit pour quelqu’un de beaucoup plus âgé que moi, genre Danielle Evenou ou Maria Pacôme ! (Rires) J’ai dû m’adapter au rôle. Par contre, à la fin de la pièce, tout le monde se marie sauf moi. Donc, j’ai dit aux auteurs que je ne voulais pas rester en carafe et ils m’ont inventé un fiancé, que l’on ne voit jamais d’ailleurs. Et puis j’ai rajouté quelques petites choses, toujours avec l’accord des auteurs. Je comprends tout à fait mon personnage. Elle est complètement fofolle, elle n’écoute pas ce qu’on lui dit, elle est très bling-bling et a toujours un œil sur les petits jeunes qui passent. Elle fume, elle picole, elle va aux concerts de rock… Bref, elle ne veut pas vieillir. Mais ce qui la chiffonne le plus, c’est qua sa fille de 40 ans ne profite pas de la vie. Il y a une nouvelle génération de femmes aujourd’hui qui ne pensent qu’à leur carrière et leurs enfants. Alors que les troisièmes générations s’éclatent !

La pièce écorne également le monde politique, toujours avec humour…

Cette pièce se déroule au ministère de l’Education Nationale. Les Français aiment beaucoup se moquer de leurs politiciens. Les deux jeunes qui ont écrit la pièce, Jean Franco et Guillaume Mélanie, ont un langage très actuel et ont compris qu’il fallait renouveler le boulevard qui jusque-là se résumait au mari cocu, à l’amant dans le placard et aux quiproquos. Effectivement, il y a beaucoup de références au gouvernement actuel. On évoque souvent Nicolas Sarkozy, Carla Bruni, Roselyne Bachelot et ça fait beaucoup rire le public… Mais aussi les hommes politiques ! Xavier Bertrand, Luc Châtel, Christine Lagarde… ont assisté au spectacle et sont venus nous féliciter dans les loges. C’est rassurant de voir que nos politiciens ont le sens de l’humour !

Quel est le profil de votre public ?
Ce qui me désole, c’est le manque de jeunes. Ils vont voir les one-man shows mais ils n’ont pas compris que le théâtre est fabuleux. Le soir à 20h, ils sont devant les Guignols et le dimanche après-midi ils sont au foot ! Pourtant, dans le monde du théâtre, il y a une évolution plus moderne de l’écriture à l’image des pièces à succès “Boire, fumer et conduire vite” ou “Le clan des divorcés”. “Panique au ministère” n’est pas du comique visuel mais ce qui fait rire, ce sont les très bonnes répliques. Et tout le monde peut s’y retrouver car les gens ne rient pas forcément au même moment. Le dimanche après-midi, par exemple, ce sont des mamies qui viennent nous voir : quand je dis «je vais me fumer un splif, si j’tire pas deux tafs sur un bedo, je vais pas pioncer une demi-heure !», on sent que les petites vieilles n’ont pas compris un seul mot !

 

«Je suis devenue bancable»

Le théâtre fait-il aujourd’hui partie de votre vie, de façon incontournable ?
Maintenant, oui. Au départ, j’avais très peur et aujourd’hui je ne peux plus m’en passer. Nous avons fait plus de 300 représentations à Paris avant de nous interrompre cet été pour préparer la tournée. Et je peux vous dire que la scène nous manquait terriblement. Quand nous nous sommes retrouvés à la rentrée, que nous avons sorti nos costumes des malles, nous nous sommes rendu compte que nous ne vivions que pour le théâtre. Je comprends tout à fait un homme comme Robert Hirsch qui ne rêve encore que de scène, même à son âge. C’est un besoin physique.

Quels sont donc vos projets à l’issue de la tournée en province de “Panique au ministère” ?

Apparemment, je suis devenue “bancable”, un terme que je n’aime pas du tout. En clair, on pense qu’on peut monter une pièce sur mon nom et que le public suivra. Or, je crois qu’on ne peut pas faire tout et n’importe quoi. Il faut privilégier les bonnes pièces et je suis plutôt pour la création. Les deux auteurs m’ont d’ailleurs écrit une autre pièce. Certains directeurs de théâtre me demandent également ; ce qui est réconfortant. Outre le théâtre, je vais bientôt tourner une série pour TF1 mais le problème de cette chaîne est cette obsession, à la “Joséphine ange gardien”, où le politiquement correct et le bien doivent triompher du mal. Personnellement, je suis plus attirée par des rôles de méchantes à la Desperate Housewives ou Absolutely Fabulous. Donc nous sommes en train de réécrire la série. Et si rien ne marche, je prendrai ma retraite !

Propos recueillis par Sophie Orus


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