Alarmistes et manipulés

De longue date, les grands déballages judiciaires exaltent, les foules et les médias. De l’affaire “Calas” au “j’accuse” de Zola, les témoins jalonnent l’histoire des pamphlétaires et des journaux. Mais c’est depuis l’affaire de Bruay en Artois et la révélation des méandres de l’instruction du juge Pascal, que les gazetiers s’en donnent à cœur joie. Ils retiennent en haleine un public de plus en plus demandeur de détails, d’élucubrations ou de prédictions journalistiques.

 
Certaines affaires s’étiolent dans le temps et les plus friands des aficionados en perdent le fil. Il en fut ainsi dans l’affaire Elf par exemple. Plus tard, Papon a redonné un grand coup de brillantine aux thèmes vengeurs, historiques et à rebondissements. Récemment l’affaire dite “d’Outreau” a également revitalisé la matière. A noter que, par principe, le sujet ne doit pas être trop technique. Par ailleurs il est impératif que parallèlement un suspens malsain participe à la fête. Les récents procès de Toulouse viennent d’apporter la preuve de ces exigences. Tandis que le procès AZF s’est enlisé dans des batailles d’experts qui n’intéressent plus grand monde, la mise en accusation de Jacques Viguier a rameuté la foule des grands jours. Du pain béni pour les chroniqueurs que de pouvoir gloser sur un professeur de droit accusé sans preuve du meurtre de son épouse, Tout cela sans préjudice du malheur des victimes d’AZF, de la pudeur et de la douleur d’un père de famille ou de la souffrance d’enfants qui prendront fait et cause pour celui qui en définitive, sera acquitté. Heureusement que pour répondre aux nécessités du spectacle de nouveaux procès se profilent en appel. Cela étant, le fait judiciaire a ses limites et ne peut  intéresser au mieux que ceux que l’on peut, par des écritures partisanes, rendre intentionnellement méchants, avides de vengeance ou de sang selon les circonstances ou des prises de positions nébuleuses. Finalement, pour la grande presse, le thème reste local.

A grands coups de peurs mondiales

Or les “grands reporters” souhaitent toucher affectivement le plus grand nombre d’entre nous : Un gros lot est attribué aux champions “des nouvelles” qui déchaîneront le monde entier. Les sports, apportent de l’eau au moulin des compétiteurs. Cela étant, mis à part quelques incidents majeurs, une fraude cycliste, un mort de temps en temps, un peu de cocaïne par-ci par-là, les sports ne passionnent que les passionnés. Finalement les disciplines du sport apparaissent bien insuffisantes aux broyeurs de dépêches.
En dehors de quelques opportunités, tels les attentats du 11 septembre 2001 ou le tsunami de décembre 2005, il est nécessaire de trouver, entre temps, les solutions les mieux adaptées au marché quotidien des “bulletins d’informations”. Le sang contaminé par exemple avait, à l’époque, fait l’affaire. Mais cela ne dure qu’un temps. Certes on avait eu de quoi faire pleurer dans les chaumières – plaindre les victimes, aujourd’hui en pleine désuétude – mais cela n’est rien en comparaison de l’émotion que peuvent faire naître des dossiers à résonance mondiale. La vache folle, la tremblante du mouton, la grippe aviaire, voilà de l’info et utile au bon peuple qui a besoin de savoir. Tant pis pour les milliers de petits éleveurs qui à l’occasion de cette grande flambée médiatique perdent tout leur capital sur l’autel des gros tirages ou de l’audimat. Tous ces événements sont régulièrement entrecoupés de mini cataclysmes ou de constats désastreux. Très à la mode actuellement les patrons voyous (pourquoi parler des bons puisque seuls les pourris sont intéressants). La disparition prochaine des abeilles ou l’introduction des OGM sont des sujets directement liés à l’écologie qui, comme tout le monde le sait, est un thème porteur. Du solaire à l’éolienne en passant par le tri sélectif des déchets, tout ce qui est vert, nourrit les oiseaux de mauvais augure qui ne manquent pas de nous rappeler que la Planète est en danger. Finalement, et c’est là l’essentiel, leurs contraintes et mises en garde sont proférées à grands coups de peurs mondiales.

Chevaliers de l’Apocalypse

Il semble que certains journalistes ne se contentent plus de leur statut et se croient obligés de se transformer en “alarmistes professionnels”. Et comme les pouvoirs publics de la plupart des pays ne veulent pas être en reste et craignent de ne pas être suffisamment prévoyants, bonne suite est donnée à un certain nombre de prophéties vaseuses : Une pandémie nous guette, c’est demain, vous verrez… Dès lors, des machines de guerre démesurées sont mises en place pour le plus grand profit de quelques grandes industries ou services qui se frottent les mains. Ceux-là, agitent assidûment des pantins craintifs qui en rajoutent une couche tous les jours sans se préoccuper de la réalité. Combien de millions de masques et de vaccins anti-grippe fabriqués et vendus depuis quelques semaines grâce aux chevaliers de l’Apocalypse ? Quel Etat envisagerait aujourd’hui de laisser des passagers prendre l’avion sans passer par les filtres anti-terroristes, qui occupent de plus en plus de salariés spécialisés ? Quel Directeur de musée prendrait le risque de laisser des visiteurs entrer dans les lieux avec des parapluies, des objets pointus ou des bouteilles ? Finalement, à quelque chose près, malheur est bon.
Cela étant, à force de crier “au loup” les pourfendeurs du catastrophisme imminent pourraient voir rapidement le piège se refermer sur eux-mêmes : le paysage médiatique est déjà en cours de mutation. Finalement, c’est – peut-être – une bonne chose.

Gérard Gorrias


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