Alain Arquier écrit à Manuel Valls

Lettre à_Alain Arquier

Alain Arquier est salarié des transports routiers et représentant CGT 31 pour sa branche professionnelle. À l’heure où les transporteurs routiers bloquent les raffineries du pays, il s’adresse au Premier ministre pour le mettre en garde.

 

Monsieur le ministre,

Depuis plus de deux mois les Français crient leur opposition au projet de loi travail qui va modifier en profondeur la relation de travail dans les entreprises du privé, mais aussi dans le public, en devenant le modèle commun pour tous les salariés du pays.

Ce sera au final moins de droits pour tous et l’introduction d’une concurrence entre les entreprises pour abaisser le cadre social qui protège les salariés.

La précarité de l’emploi qui a déjà beaucoup progressé va devenir la norme pour tous suite aux assouplissements consentis sur les licenciements : aux facilités déjà existantes pour licencier sans raison va venir s’ajouter une sécurisation des employeurs devant les tribunaux. Impunité totale pour se débarrasser d’un salarié sans motif réel !

Aucun acquis social, même contenu dans le contrat de travail, ne sera garanti.

Demain, il faut s’attendre, entreprise par entreprise, à des régressions sur les majorations des heures supplémentaires, sur le temps de travail, sur les prises de congés payés, sur les délais de prévenance de l’employeur, sur le temps de travail effectif, etc.

« Il n’y aura pas de trêve sociale pour l’Euro de foot »

Mme Parisot l’avait déjà dit, tout est précaire et cette précarité va s’étendre à tous les aspects de notre contrat de travail, rien ne sera plus garanti.

Une telle attaque, un tel retour en arrière ne mérite-t-il pas une mobilisation sans précédent ? Les salariés agressés par ce projet ne sont-ils pas légitimes à utiliser tous les moyens pour se défendre ? Et chacun d’entre nous, salariés, citoyens, ne devons-nous pas faire de l’échec de ce projet de loi notre priorité absolue ? Pour construire un cadre protecteur, des salariés et des syndicalistes sont morts. Pour ne pas le perdre, que sommes-nous prêts à faire ?

C’est pourquoi nous, salariés des transports routiers avons décidé de mettre tout notre poids dans cette bataille et nous sommes rejoints par des salariés des autres secteurs.

À un état d’urgence sociale, nous devons répondre par une mobilisation à la hauteur de l’attaque. Ceux qui sont prêts à nous faire renoncer à nos libertés au nom de notre sécurité, nous contestent le droit d’agir pour sauver un fondement même de notre société, le droit de travailler dans un cadre protecteur. C’est ce cadre qui permet aux salariés et à leur famille d’envisager un avenir, la forme que le projet de loi dessine nous condamne à une vie au jour le jour, sans futur.

Pour nous et nos enfants, nous n’en voulons pas, les jeunes de ce pays qui rentreraient dans le monde du travail sous le joug de la loi El Khomri l’ont bien compris !

Sous l’effet de la mobilisation, votre gouvernement, Mr Valls, promet un décret pour les transports routiers, pour maintenir la majoration des heures supplémentaires. C’est sur tous les sujets et pour tous les salariés que le Code du travail doit rester la norme.

Tant que le retrait ne sera pas obtenu et la négociation entamée pour de nouveaux droits, notre combat continuera.

Nos usines, nos administrations nous appartiennent car nous y travaillons et les faisons vivre depuis bien plus longtemps que tous les PDG et autres actionnaires qui n’y sont que pour s’y enrichir. Ce n’est pas de gaieté de cœur que nous arrêtons nos usines et nos administrations mais leur survie dépend d’un cadre qui permette que l’emploi et la sécurité perdurent, et c’est cela que nous défendons face aux fossoyeurs des droits et de l’emploi.

Rien n’est plus sacré que le droit à un travail et en vivre décemment, il n’y aura pas de trêve sociale pour l’Euro de foot, que le gouvernement le sache : il devra choisir entre l’Euro ou la loi travail !

 

 

 



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